HOA
Ct*% IHiearc des dames!
Saisisi«as do -plaisir les beares passagères. Tandis que mon palais s'onvre ans danses Ugères . M. AncatOT, tiitsqut.
« Qui connaît les danses , les danses harmomeiises qui se prolongent le soir sous les voûtes
smiores de mon château de Murcie ? Venez
prendre vos places , car les danseuts n'attendent plus que le signal ! Debout , le corps droit , la tête en arrière , ils se mesurent des yeux comme deux fiers combattans dans Tarène ; c'est un combat qu'ils vont retracer dans leurs figures pas-
88 LES DANSESi
sionnées , c'est un doux combat -de plaisir et de volupté , et le sourire qui erre sur les lèvres de la danseuse , et Téclat qui brille dans ses yeux , n'annoncent point à celui qu'elle a cboisi une victoire facile et prompt^.
» Ils sont partis. Ob! qui peut décrire la danse des £Iles de l'Espagne! qui rendra la variété des pas et des mouvemens , leur précision , leur mollesse , qui expriment si bien le caractère de la musique ! Voyez leurs yeux , leur visage : ils animent cbaque attitude ; ils donnent à cette danse l'expression de tous les sentimens
qui agitent l'ame C'est le désir ; c*est la
crainte ; c'est toujours la volupté !
» IMtes-moi ^ l'aspect de ces danses magi-* qnes vous fait partager cette joie passionnée , ce délire qui s'empare de moi quand les castagnettes , de leur roidement enivrant , guident lenrs pas , et que l'ceîl enchanté , dans lenps mouvemens lents * tout & Theure , et «ainteiiast plus animés ♦♦ , a reconnu l'abandon et remportement de Famour!
* Le fandango.
*♦ Le ixi^ro.
>» Amour! délire! voluptë! belles filles, jeunes garçons ! laissez-moi me mêler à vos danses * ! que vos longs cheveux , avec leurs réseaux de pourpre , effleurent mon front en passant ! Inès , brune Inès! ta main... donne ta main qui tremblera dans la mienne ! Ne rougis pas , parce que les fleurs de Tarbuste de Grenade y en quittant ton corset , ont découvert ton sein... Rapide , tt fuis si légèrement au miKeu de tes cbmpagnes , que Tœil d'un amant ne pouira s'arrêter sur ses doux contours ! Tu souris , belle Eléonore! une boucbe connue a murmuré à ton oreille le nom de la colline où , demain ^oir , il sera doux de respirer près de toi l'odeur des amandiers !
souris , et garde dans ton cœur le souvenir du
rendez-vous ! Souris sans crainte moi seul j'ai
tout entendu : ta mère est si loin y et les castagnettes sont si bruyantes sous les doigts des danseurs transportés!
» Les castagnettes ! agitez les castagnettes ! frappez sur les tambours entourés de grelots ! et je n'entendrai peut-être pas la cloche qui me fait frissonner en sonnant l'heure qui suit minuit.^
* Seguidillas à huit
» À une hemre , je t'attendrai ! dUait-^Ue ; si tu m'oobKes , si ta m'abaiidoBiies , h&twio , c'est à «ne heure qne je prierai Tange des fidèles amours de m^ venger ; c'est à «ne heure que je Aoivrai , en t'appelant , Lerenze , seus les rideausE de soie que ta mam tremblante entr'oumii , quand à la lueur d'une lampe , trompant I'cbO des duègnes sévères ^ et appuyant à peine ton pied sur le parquet criant des longues galeries , tu disais : « Me voilà ! » et que }^ me i4veillais avec un doui^ frisson 1
• Bëatrix, pauvre Béatrix! qu'y faire? Oisons.. «.. oh I dansez tous en agitant les castagnettes , car je ne veux plus entendre sonner ici llieure qui suit minuit ! Jamais cloche ne l'annonça avec une si grande teistes$e : c'est w coup... seul... isolé... affreux dans le sil^ice des nuits , dcmt les vibrations s'étendent , croissent , meurent et renaissent pour se perdra comme le dernier adieu des agomsans ! Debout sur ma couche brAlante , je l'écoute , et souvent la noble dame qui me domia sa main et ce vieux château aux noires tourelles , éveillée à mes cdté# par mes dents qui se choquent de terreur , a dit : « Lorenzo, qu'avez-vous ? »
LES DAHSES. 91
» L'heure des morts est sonnëe , n'est-<:e pas ! ^'est-ce pas que la cloehe du beffroi, en sonnant l'heure des morts , ne s'est' point' entendue an milieu des trëpignemens des danseinrs et dn hrûit des castagnettes agitées...?
» S*3 en était autrement , nous ne pouidoiiB manquer de l'entendre , maintenant que le si^ lence règne dans la salle dés fêtes , queies jeunes filles , près de leurs mères , ramènent sur leurs épaules les mantes semeuses , et essuient la sueur qui ôte à leurs cheyeux humides les bour cles arrondies qu'elles empruntèrent à l'art
» C'est un moment d'mïe tristesse inconceyable , car la cire est épuisée dans les antiques candélabres , et il n'en sort plus qu'une lumière pâle et douteuse qui touche à sa Qn'9 qui s*élèye, qui retombe , qui lutte aVec' effort' contre les ténèbres qui descendent des yoùtès^ silencieuses.
» Ds ne dansent plus... Muets', immobiles et couverts de leurs longs manteaux, ils se regardent ; ils attendent. La nuit n'est pas aussi aVaucée que je le croyais d'abord... Non , sans doiite^. un long frisson, comme celui qui précède la fièyre , a parcouru mes membres... O mon Dieu ! écoutez ! écottlei^! eHe ya sonner...'Unê>be&re !
j» Je «^ eroyak pas 4|u'il iAX ei^ y^nîr... jie ne $«U pas f lù cie pe^t éire... c'en e$t ui^ po^- Unt«^ Ob^ n'e^nce pas, c'e^t m masque ipé tioiÉt 4'a)ippger (la t^p»;^ fo pi^rtç epitr HHWiçrU ! je ne sais quelle clarté bk^ i^t teivkbée dam ce «onfest sur sa £gure 4'eppFuiit.— I^ iiroiici en- €«rc1..« hjmi*- c'^efit w )H^^Msre ^ësyâseiae^t p0ui une. fête , el c'^ la pr/e«>ière fois que je vois m immp de )a ewUnr et 4e la fonne 4'im UmoiiJL.. Y^esr-^FODS ji^nuMs 4«!S tcajits p}ii6 hâyi^ , pbd iMnahScjS , et,4es y^u^<..f le c^waîi presque...> B^atw... MUi, Aop^ ç^iHtttd^ Yirâes tetveiiss; <>nse4^lv}i€Â4ein||€||fidi>|i^.» et jci saurai
U a'jéVmsa i 1^ poyiiF^iîte 4e Vitt^^ figlure... les lio«gtâi ^t ji^ i»i«pe# ^t^«l j^. l^w déclare cl^ulë. li dkpajmt dsvis les ténèlHreg , et «e pejr^ sopis les aaceeaux \siIeiiQieux des g^aLeik^ yasVas , ^g^ridit^ fsmcQj» pSkT wi^umX profonde , époiiyattalde, Saos doute f«e , dans sa conrs^ ;%9otet9tt , rasceKeir d» gotbiquis wanoir se présenta soiK» se& i^ds dgapés ; U l'enta sans d<wte le long de ses marches ^ car le le^denaaki qn yoyait du sang sw la df mère*
Lé diaat. des i^lres q( U géoùasement de
ceux qui , U v^lle , agiuïenl les castagnettes brnpntes et le» tamboors des fttes , senis fnsaient gémir alors les routes iId Vieux rhltean de Murcie... Quant Ji Béatrix... elle avait appelé Lorenzo , la veille , à une heure . et pour la deriiiÈre ftns. ' '
94 l'KS FEMMES A MADRID.
N^ XI. — 3o août 1823.
Hmrtmt iajisi ftclort vultus.
Vins.
liCart Iraitii sont encore pr^smi \ ma me'noirc.
PAEMliEB LETTRE A AIADAHE £. DE T.
Y PENSEZ -vous Y Madame? Moi, vous parler de dames , de modes et de danses! Songez donc à ce que vous exigez , et , sérieusement , n^abu-^ sez-vous pas un peu du pouvoir que vous avez sur moi , et que je ne songe pas à vous reprocher? Peindre les femmes, et les femmes de Madrid! Âi-^e, poor dignement remplir cette mission, ksandeurs de l'arc-en-ciel^ la poudre des ailes du papillon , et toutes ces belles choses
L£S r£MM£S A MADRI0. gS
que Diderot , vous le sarex, yeut voir sur la table ou dans l'encrier de qiii prétend s'occuper de votre sexe? Est^-ce à un vieux soldat à vous parler de modes , et ne savez-vous pas qu'il sied mal de danser avec des ëperons? Passe encore si vous aviez chargé de ces observations quelque jeune sous-lieutenant de hussards,... A la bonne heure , ces messieurs , usant des droits que donne la cavalerie légère ,
Pour vous servir y volant de belle en belle , Cherdiant à beaucoup voir , afin l'observer mieux ,
Eussent pu d*un compte fidèle Satisfaii'fe , en riant, votre esprit curieux. Its eussent su pour Vous, pûndhun judicieux , Pour leâ coanahre à fond déranger lès toilettes , . 8t pour étudier la danse du pays ,
Sans guitare et sans castagnettes , Faire danser )U$qû*aux maris !
Voilà qui eût été à merveille ; mais vous faites tomber votre choix siir un- mux dragon qui ne songe plus guère à tout ce que vous liû demandez. Gomme pour moi, cependant , vos prières sont des otdres , je irais chercher mes yeux de vmgt ans ; c*est avec eux qu'il faut voir les femmes y quand on veut essayer de les peipdre , et ne les a pjas qui veut.
Auprès de vous je les avais»
Ces yeux qu*à présent je désire :
Pour avoir mal vu vos attraits ,
Je sentais trop bien leur empire.
Pour moi Thiver , auprès de vpus ,
Soulevait ses voiles funèbres ;
Vous étiez ce rayon si doux
Qui vient dissiper les ténèbres
Au vieux Titon, rajeuni par I* Amour »
Dans ce iems je croyais encore ; La nuit revint qui me rendra le jour?
Loin de vous, je n*ai plus d*aurore !
Et cependant UEspagne, plus que tout autre pays , pourrait voir des prodiges de ce genre. Si Yous ëtiez pins femme que vous n'êtes , je serais vraiment très-embarrassë d'émettre devant, vous Topinion que j'ai prise des belles de Madrid Elle est toute à leur avantage ; je n'ai
que des éloges à leur donner ; et des louangeurs , Mesdames, vous n'aimez, dit -on, que ceux à qw vous pouvez dire : « Merci! »
Silence ! la voici , la fille de TEspagne !
Sous ce voile élégant , qui partout l'accompagne , ^t qu'écarte , pour vous , Téventail complaisant , Regardez , admirez , et peignez à présent !
Que de ses longs cbeveux I*ébène s'arrondisse! Pour sa bouche riante ^ il faut que Ton ravissa
Att corail son éclat, aux perles leur blancheur ! A ses jeunet attraits si vous rendez justice , Sur ce teint séduisant dans sa brune fraîcheur ,
Des rose» du matin répandes la rougeur
Sous les cils abaissés de sa longue paupière, Croyez- moi , prudemment endormez son regard î Essaya-t-on jamais de peindre la lumière ?
Kéclair nous éblouit Son éclat éphémère
Se dérobe aux efforis de Pari !
Comparées avec les hommes , les femmes semblent ici faire une nation distincte. Tous les voyageurs ont fait cette remarque ; elle est de toute justesse. Je ne connais point de. tournures plus voluptueuses, de mouvemens plus gracieux, de tailles plus séduisantes ! sous leurs longs voiles noirs , vous apercevez des bras d'une blancheur, d'une rondeur parfaites. Leurs pieds , si petits qu'à peine on les voit , les portent avec une légèreté infinie..».. Vous les voyez.»., elles ont disparu comme un rêve délicieux; mais quand la rêverie ralentit leurs pas , il y a dans leur dé* marche une nonchalance qui a bien aussi ses charmes.
Vous connaissez , Madame , cette belle statue que la Grèce nous a laissée , cette Vénus qui , la tête tournée siîr son épaule, cherche à savoir I. 5
si elle est belle de tous les cAtés; eh bkn! on assure que le statuaire ne fit ce chef-d'œuvre qu'après avoir vu les bords du Bétis ,
A rheure où , dépouillant la chaste draperici Des orangers en fleurs bénissant le rideau , D'un pied blanc et craintif, les nymphes dUbérie Du bain voluptueux venaient essayer Peau.
L'Espagne a de tout tems ëté célèbre par la beauté des femmes , et c'est là qu'Hercule , je crois , mit fin à la plus belle de ses aventures :
Près de vingt beautés , 6 merveille!
Dans une nuit il s*illustra
•— Quand cela?.... — Mais ce fut la veille Qu'il écrivit : Necpfus Ultra.
Aussi les Maures , chassés d'Espagne , faisaientils tous les vendredis cette prière au prophète :
« O Mahomet ! que ton croissant revienne Sur les remparts par nous abandonnés !
Nous t'appelons 1 notre cause est la tienne : Ramène-nous daiis ces lieux fortunés !
ils nous-donnaient les biens que Dieu destine Au vrai croyant y dans son beau paradis :
Malaga , la boisson divine ,
Toute FEspagne des houris ! »
Je ne vous paiplerai pas des qualités cachées
SOUS ces dehors séâimans. Vous sayer, Madame, la justice que je rends à votre sexe : les femmes sont bonnes partout, etf franchement, je ne les crois pas meilleures ici qu'aiUeurs.
Leurs passions sont vives , leur imagination est ardente , leur finesse , leur adresse admirables , et je ne m'étonne plus si , sur nos théâtres , la fraise et le manteau vont si bien aux tuteurs dupés et aux époux malheureux. Bien entendu que je parle des pièces qui nous retracent les mœurs du tems passé; car^ depub qu'avec ces ajustemens surannés , les verroux , les grilles et les duègnes ont généralement disparu d'Espagne , ces accidens sont devenus tout aussi rares que chez nous. Vous souriez !.... croyez -vous qu'ils fiissent moins communs quand une belle chantait derrière s» jalousie :
« En partant, il grondait encor*,
MaU à la fin il est parti
Quand reviendra -t-îl ? je Pignore;
J*ainie autant être seule ici.
Il a ferme' ma- jalousie,
Près d^elle je voudr<^ m*asseoir ;
Il le deTend J*ai grande envie
De Touvrir, car voici le soir.
lOO L£S FEMMES A MADRID.
» J'aperçois , dans son manteau sombre , L*inconnu qui^ sous mon balcon ,
Doucement vient cbanter dans Tombre
Où donc a-t -il appris mon nom ?
Ecouter sa cbanson jolie , Est-ce manquer à mon devoir?....
Il le défend J*aî grande envie
De murmurer un doux bonsoir.
» Que veut-il?. Je crois qu*il demande La fleur qui pare mes cheveux ; Cette faveur n*est pas si ^grande , Et doit , dit-il , combler ses vœux !
De cette rose épanouie ,
Je puis bien disposer , je croi
Il le défend..... J*ai grande envie "
Tiens, bel étranger, c'est pour toi ! »
Et yoilà , Madame , Teffet que produit la défense! Réflëchissez-y, en attendant ma seconde lettre , et ne vous fâchez plus quand je cherche à yous peindre ce que j'ëprouve au souvenir de vos grâces et de votre esprit.
Défendez-moi de l'exprimer , Demain Je le dirai bien' plus souvent encore ; Vous m'aves défendu , je crois, de vous aimer, 41 le faut bien ; je^yous adore !
PAU. lOI
N** XII. — 5 septembre 1828.