HUE CHRISTINE, N* S
UNIVERSITY '^\ ^ OF OXFCr.D /
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MADRID
N* I". — %ik février i823.
l9o»inUtiu. ... c9lor mus.
Viac.
Si ce a*cst plus l« mime visage , c'est la mlaoe cootenr.
On fait triste figure sur la scène quand on n'a ni rouge ni mouches. Il faut de la charge dans le costume , de Texagëration -dans les gestes . du renforcement dans la voix pour attirer l'attention du parterre. La nature n'est lionne qu'à nous faire sifiBer. Il faut être original avant tout! Soyez-4e de costume ou de nom , si vous ne pouvez l'être autrement, mais soyez original.......
L'originaHtë ! tout le monde la cherche, depuis I. 1
LE VIBlJiX BEIAGO^. 3
let ! Vous regardemÉ jde toincette peau tigfëe , eeUe crimèFe que plus, d'ime fms le vent du boulet d hérissée., eecasque.qili^brillâit aufeu de la redoute de la Moskowa, et ce plumet blanc qu'on porte anssi biaTcnent qu^ celui qui montrait le sien à Ivry..... Voilà ce qui attirerait yos regards « et voilà justement l'habit sous le^
quel je me présente J'ai qnelqiie droit de le
porter : im officier est toujours soldat, et l'on peut s'honorer de oes.éf anlettes de laine qui rem*^ placent aarec homeur les épaulettes des princes. !N'ai-)e pas bien choisi mon costume? Ne vaut-il pas le froc tant soit peu usé de ce bog hermite qui disait jadis avec tant d'esprit et de raison : «Il y a dés gens qui ne quittest un bmi mot qu'après en avoir fait une sottise ! »
(Test toujours sous un nmsque, depuis Ad-^ dîson , qui le premier, en Angleterre, essaya ce genre d'ouvrage, que Ton a observé et cherché à peindre les mdesnrs d'une. ville, d'un pays. C'est UM> suite de petits, tableaux de genre ; et comme la figuiie èiti{ieintiie Ami aécessairegient garnir l'im déS'eflîns.^ Von a cherché à<)ui donner une attitude^ un extérieur qui les rende, s'il se peut, plus piquai»'. D^aittèus», le;^et lemoi, quire^ xî 1 *
viennent souvent dans un livre semblable , sont ennuyeux à prononcer à visage découvert ; avec le déguisement d'obligation, vous n'êtes pas plus embarrassé qu'un acteur qui entame son monologue long ou court , bon ou mauvais. Sous le nez postiche et sous les moustaches d'empnmt, vous /trouvez méline une aisance, des saillies , line liberté que vous n^auriez pas autrement. Votre lecteur lui-même s'amuse ou s'inquiète de ce déguisement. Il ^cherche à savoir si vous ne riez pas quand vous «tournez votre masque du côté triste ; il s'amuse à vous voir quand , de mauvaise grâce , vous essayez de le
faire sourire ' . ^
Quoi qu'il arrive , me voici en scène. J'ai la soixantaine ; la nouvelle de la guerre m*a 6té dix ans ; je ne connais de goutte que celle de la cÀntine ; des moustaches rudes et grises , avec un mouvement de mauvaise humeur , se remuent sur ma lèvre supérieure quand j'entends parler des eimemis de la France , ou s'abaissent complaisamment sur l'embouchure d'une pipe dont la fumée se mêla à la fumée du canon d'Austerlitz et de Lutzen ; une balafré sillonne ma joue et assuré TefTet que doit produire un petit
tE VIEUX DRAGON. 5
^ttt de rubdn rouge qui s'échappe de l'uBe de mes boutoniûères. J'ai à la bouche les noms de yiagt batailles que j'ai yues , et dans le cœur l'es^ pérance de cent yictoires à remporter en criant : Vwe le rai! Bref, j'ai tout prêts un refrain pour le célébrer, un sabre pour le servir^.... Je bois, je chante, je yais me battre pour la France... Je suis k vieux, dragon,
Sayezrvons que j'ai bien fait de m^engager pour dix ans de plus sur le berceau de notre enfant à tous? Pauvre petit I que n'est-41 là , dans le sac de l'im de nos vieux grenadiers.*.! il crierait déjà : En amni!
« En avant! >' les entendez-vous? En relevant sa moustache, l'anirÂPii conte au conscrit qui se coiffe de travers, ou chausse ses guêtres, le
nombre de lieues qui sépare Paris de Madrid
L'espérance et la gloire sauront le diminuer.
Voir la mer en tems calme, ce n'est rien. Il faut l'annonce d'une tempête , et la tempête elle* même, pourJui donner toute sa beauté. Poiv bien observer mie caserne, le moment qu'il &ut choiw , c'est quand la guerre s'approche , et quand te soldat se réveille et tressaille ^n croyant entendre le roulement du départ.
6 LE TIEUX. SIRÂOON.
Ventre^-saâit-gris! mts caniArades, j^» tq le portrait de Henri -lY dans bien des salons, dans bien des •cbaiiinière3]' Cette figure^ a le pouvoir d'égayer le pauvre et le 'ritfae ^ elle noua appartient à tous; elle est bien partout... à Mais qu'elle produit un bel effet au milieu de nos armes, soua nos drapeaux ^ et «ur les murs ile la caserne! Il buvait comme nous , nous aimons tomme lui ! Il se battait ausst bien qu'un grognard de la gardei C'était le brave des braves ! Il couchait sur des- drapeaux espagnols..,.. Yiye Dieul c'est un ihonneur que porter cette effigie^là sur sa poitrine! Nous l'avons ^déjà dans notre i:ceur -«^qu'elle soit aiRsi dessus! On ne peut trop la multiplier. En avant! votre croix est «sur la route de Madrid.
C'est un prince de son ^ng que vous allez délivrer et 'défendre... ..i' De son'SaniglDieu! sawe les de8cendans^ de Henri lY f et que l'eiifer reprenne les 'héritiers' dv couteau de Ravaillac !. . . . Yous àllez'fiaftiri lu^ tranquiffité des^ peuples et le salut, des rais devaient sortir de la caserne!
Et' mot aussi ,' je* vais partir! Que- de pays je vais<iWHr! César^a la jambe el le pied sftrs. J'ai, dans un petit sà> pendu- à la selle de César, un
vieil «ncrier, uae plume et quelques morceaux de papier.. Le soir, dans son logis, quand les aimes nettayées brillent auprès du foyer ; quand le compagnon de route , dans Vicme , tire à lui le foin que les fafignes de Tëtape ont bien mérité , Ton note les observatictois du jour. Aujourd'hui l'on peint la ville que le matin on a quittée. Ce matin, on mentionne la ferme et le village où le soir on a trouvé Tasile désiré. Qui peut mieux remarquer les mœurs d'un pays que le soldat qui le parcourt? Il s'assied auprès du
feu avec ses h&tes il est^de suite initié à leurs
usages. Tandis que les enfans s'efiraient de la pesanteur de vos armes , et qu'une mère file en vous regardant quelquefois , parce que son fils es( parti comme vous, et n'est pas revenu, un vieil invalide vous raconte ses anciennes campagnes , ou de jeunes filles vous demandent si les fiancées de votre patrie couronnent aussi leurs fronts avec les fleurs de l'oranger. Là , vous apprenez quelque belle histoire du pays que vous traversez ; ici, convive d'une heure, vous assistez à des noces passagères; plus loin, vous es^ sayez des mob de consolation ; car ceux qui vous reçoivent pleurent , et c'est , dans l'affliction ,
une doncenr de voir que l'on compadt i nos peines.
Je voyagerai, je verrai, j'écrirai...,. Ainsi qne Ta dit monamiYorik : Chaque jour ura une page de plus dans mon livre.... Je le ferme atiqourd'Jiiji , et je ne roovrinii qu'en (ace de Madrid.