LE BIVOUAC DEVANT MADRID
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VttiU qui 9 é)f écrit u bÎTOiMC.
C'est aujourd'hui le 23 mai. Nous sommes, au biyouac au Pardo. Demain, nous seron;» à Ma* drid.
Tandis que la marmite de l'escouade s'échauffe au coin d'un, mur en ruines., et qu'on iabse au vqnl U.som de tourner le souper des voya-geurs f on n'a liea de mieux à. faire q^ de coUr fier. k ses tabUMs cci qiie l'on^a yu:^ ce qi^l'on a éproayi.'SurlaixoiUf)^ < • i :
M Ii«us n'avons ffak que passer i Burgds. On
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suit une espèce de quai garni à droite d'habitations assez belles. Il y a un monument , au milieu , i la glaire chi Cid, son^oid>eau, je crois. La garde royale était à la porte' d'une belle maison, en face. Nos regards se tournaient vers le: b9lGon;.M. ]%^u5,Ay^ns; tous^ tetw^vf la plime blanche de ce chapeau.
La vue de l'un de- nos princes , entouré , comme en France , de l'amour et du respect d'uik peuple délivré, l'aspect d'un Bourbon suivi d'une' armée toute française , dont on ne se lasse pas d'admirer l'ardeur et la discipline , font battre le cœur d'orgueil et de plaisir. On oublie alors les fatigues et les désagrémens du bivquac.
'•' Les nuits sont fraîches : on se couvre de son manteau sur lachabraqne de sa méntnre. De la paille , on n'en a guère ; le feu s'éteint à vos
pieds , oti s'endort Un rêve vous porté au
pays de France , et vous iMd^ a»x enti^tiei» Àt vos amis,' aii^' caresses de vos^eux parens. Un t^heval'qili sW détai;)ié, on qnifiRippe la^nre «n hennissant, vous réreille. On lève les yéuz4.l Ce sont les étoiles qui brillent sur votre^ tétec; t'est rhori£on qui se t^ngil. La déam s^tmienà
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dans le lomtain ; oH' dit à vos x6tis : « Nous allons aiijoQrd'liiiî à Terqaemâda.mi à :Ség(H vie. v.LesiittunoBS de la;niiit s'^mfvîent. On est SUT la terre étrangère. Puttons bien vite , pour revenir pins tèt.
Nous voy»ageonSi ainsi, qu'en Fiance. On crie ^4m Frauda y Uispania ! su? notre passage.. Les cloches des é^^es et des convens sQuoent dans tontes les. vîUes que nous traversons.
On n'a jamais reproché, que je. sache , aux Espagnols d'oublier fadleinent le mal qu'on leur a fait. L'inactkm qu'ils aiment^ et la<tacitumité qu'ils gardent, proniient qu'Us vivent en euxmêmes». Ils; prennent le.tems de calculer leurs haines et leursi affections; et les unes et les aur très âont.'servies par un.caractire inflexible et par-un- courage inébranlable. La dernière guerre leur a adonné quelqiKS raisons de. ne pas.aimet les Français ; ilslaissent loirs maisons en mines , peut-être pour antqettnir cette )nsAB.liaine. Pourquoi donc sur ces rumesavonsrnous entendu par* tout des cris de joie à< L'aspect de nos escadrons? Pourquoi ? Parce, que le service que noiis leur rendons, en servant leur roi et en détruisant la révolution, ieurfaitoublier nos premiers torts
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Que le sacrifice de leur hakie nous fasse juger de leur amour pour leurs vieilles institutioDs !
Nous n'ayons pas été sans rencontrer plus d'une fob , sur la route , des officiers et des soldats de la foi. Ils assurent notre passage. Ce sont vraiment des héros à ta Waltar Scott. Us cheminent siir de petits chevaux faits aux montai gnes. Les pistolets et la carabine sont à leur ceinture et à l'arçon de la selle. La nuit arrive : le feu s'allume à Tabri du rocher; ib vallent en chantant l'air de la patrie.
La parure des royalistes est un ruban sur lequel est imprimée cette devise : Mourir pour le roi €t la religion est ma loi. Us entourent leur chapeau de cette parure... On en voit partout.
Nous avons déjà remarqué l'influence'qu' exercent sur ce peuple les "prêtres et les ordres religieux. Mais ce peuple veut cette influence ; ce pouvoir est l'expression de sa volonté Pourquoi lui refuseriez-vous le privilège que vous accordez libéralement aux autres?
Vous allez crier à l'industrie, au commerce , à l'agriculture , à la population! Mais , dans vos plans de réforme, avez-^ous étudié l'influence du climat et des lieux? ayez-vous ressenti cette
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chaleur accablante qui rend les travaux de la campagne imposables? Comment et pourquoi travaillerait-il, ce peuple? Connaissez-vous sa sobriété étonnante? D'ailleurs, il avait de l'or , autrefois, sans être forcé de renoncer à cette paresse' de nécessité. Il a perdu les possessions qui le lui fournissaient , et je sais qu'il faudra attendre , pour tenter des réformes , qu'il plaise à l'Europe d'embrasser et de défendre le parti 4e la légitimité dans toutes ses consé^ quences, et partout où l'on chercherait à la mettre en danger. Quand ce moment viendra , et r Angleterre ne le retardera peut-être pas autant qu'elle l'espère ; quand, le pouvoir légi-* tune , libre de toute nouvelle institution, qui jamais ne serait nationale en Espagne, et sorti d'embarras par le grand secours de ses pos-> sessions d'outre- mer, qu'on ne peut lui re- , fuser, si l'on veut qu'il existé, indiquera à ce peuple infortuné et généreux une route où se développeront ses forces endormies, alors la population pourra s'accroître , sans danger de fatnine et de misère, de ces hommes qui attendent dans les cloitres , et qui en sortiront sans regret ;
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car aucmi sacrifice n'est impossible aux Espagnols , demandé par leur roi investi, pour leur bonheur , de toute la plénitude de son pouvoir.
Criez au fanatisme ! il est. indtstructible en Espagne. Il n'y a point de modération sous ce ciel de feu. A la place du fanatisme religieux, aimeriez-vous mieux la rage révolutionnaire? Le changement est éloigné , grâces au ciel l J'ai dans ma poche un morceau de pierre .de la constitution que j'ai vu briser aux cris de joie de tout un peupLe en délire; et, dans chaque village, la croix, victorieuse de l'antique croissant et du moderne bonnet , s'élève , entourée d'honmiages «t de vœux unanhnes.
Grand Dieu! et que serait cette terre sans la religion ? Enlevez-lui ses temples et ses monas-
teres où seront les souvenirs de ce; peuple?
où seront ses consolations, sts espérances? où sera le guide de son catactère sombre?, où sera le frein de ses passions exaltées? quel aliment domierez-yous à ses idées contem|datives? qui lui rendra la fraîcheur de ces sanctuaires où il aime à s'égarer, l'obscimté de ces voûtes qui favorisent son recueillement, cette pompe, cette
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musique qui le tcaospôrteiil dans im monde si di£rérent:de celui qu'il habite!
La religion et la royauté se tievneiit par la mîdai. L'Espagnol est roy^diste par cela seul qu'il est religieux , et il est relifi;ieûx et royaliste parce qu'il tient avant toutes choses à son indépendance Qui a chassé les Maures et Buona-
parte? Demandes-le! il vous répondra en montrant le trappiste et le capucin dans les rangs de ses nouveaux libérateurs.
Ce peuple , qui semble s'être endormi sur d'anciens trophées , et qui ne se réveille que quand xm touche à l'autel ou au trâne, les premiers boulevarts de sa liberté , a vu à découvert celle qu'^m lui tenait prête sous cette pourpre démocratique. Ce n'est plus à un seul qu'il eftt obéi. La révolutioU' était dans les comptoirs. Chaque viHe lui efit été pépinière de despotesw Le mofaidre grimaud, lecteur de Dupuy, de Volney ou AuCUaieur^ se >fâi cru. en droit de charger le joug oo d'embellir les entraves. C'était une belle égaKté qui les mettait tout bonnement au dessus des autres; c'était une liberté à l'instar de celle du bon tem& de France ; qui li-
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vrait tonte une nafion, pieds et poings liés, à la disposition d'une centaine d'ambitieux et de dë•^ clamateurs dëhontës.
On ne se figure point les alentours de Madrid. Quand on est sur la plus haute des montagnes de la Guadarama ; quand , au pied du lion de Ferdinand , on jette la yùe sur le vaste pays étendu sous vos pieds , on aperçoit, dans les vagues couleurs du lointain, une masse blanchâtre Ce sont des bâtimens, c'est une ville ,
c'est Madrid , c'est le palais du roi qui vous apparaissent de si loin. Il y a encore deux jours de marche. Vous descendez ; c'est un désert conti-; nuel qui se déroule devant vous. Les bruyères bordent la route ; d'énormes lézards glissent et disparaissent entre les pierres des rochers, et les insectes bourdonnent autour des fleurs Jaunes des genêts, sur des landes d'un aspect fatigant. Parfois un village , sans verdure , élève les pointes de ses bàtimens en ruines. CroiraitH>n que l'on s'approche d'une capitale ? On che^ mine , et les masses confuses se dessinent. On reconnaît des monumens ; voici les dômes , les tours , les portiques *, mais c'est toujours la même
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absence de vie , c'est toujours cette immobilité , ce silence qui rendent les paysages d'Espagne si ennuyeux! Où sont ces routes de France, ces routes qui mènent à nos grandes villes ; la voiture de roulage qui s'avance lourdement avec son chien de garde, et l'espoir du gain qiii suit l'industrie et le commerce ; la diligence qui roule, apportant bien des projets , emportant bien des espérances ; le char du riche , qui vole et troque , en s'éloignant avec fracas > l'ennui de la
ville pour celui des champs?
La soirée est délicieuse. Nous avons retrouvé 4e l'ombrage ; et les eaux du Mançanarès , en coulant parmi Jes bosquets du Pardo , reflètent les feux des bivouacs. Il y a trente mille hommes campés sur ces rives. La musique des régimens joue sous les fenêtres du château , et vDilà des grenadiers et des voltigeurs qui dansent en rond autonr du foyer pétillant. On applaudit ; d'autres répètent en chœur Tair et les paroles de cette musique que Ton entend dans le lointain.
Qiii ne les sait pas? C'est : Ffpe le mf vwe
la France !
i8 l'entbee des français
N^ III. — 24 mai 1823.