‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etc (volume 2)Chapitre 39 sur 48 · L£S DEUX CAMPAGNES · texte numérisé non relu

L£S DEUX CAMPAGNES

quUls sont yeims chez nous*., je ne l'ai pas oublié, et V0U5 l'avez va , j*ai marché à côté i^vx en ami... ! pom: le roi et la sainte religion! » ajcRita^tr-ii en Ssésant le ^igne ie la ctcix.

» C'est peut-être le fils de l'akraée que j'ai vu fusiller à Moiisierra.

» J'ai envoyé ce mâtin , d'après l'ordre du général y retirer le sabre à M. de M.... Pour presser la marche des bœufs qui traînaient nos fourrages , il a piqué de son arme l'un de ces animaux ; le paysan s'est plaint , et le jeune officier paiera le bœuf, et restera aux arrêts de rigueur jusqu'à nouvel ordre.

» On dit qu'il y a déjà une convention passée entre l'armée française et les troupes constitutionnelles qui occupent Madrid. Loin de rejeter leurs proposition^ , il parait que l'pn va au devant, et cepen^ai|it...

» J'ai écrit à Aléxandrine que j'espérais l'embrasser bientôt. Tout sera fini , fort heureusement , à la fin de l'année. Un capitaine d'étatmajor m'a assuré que l'établissement de la charte, en Espagne, allait terminer, un de ces jours, notre entreprise guerrière. Il a ajouté que nos ministres

324 LES -DEUX CAMPAGNES, n'auront nnllemenl enne,- quand Ferdinand sera libre, de loi laisser long-tems leur argent el leur» soldats}

' Je qutte mon )oiimal pour conduire mon

régiment k la messe C'est aujourd'hui di-

manche! n

N® XXII I. — 3o octobre i823.

LE libraire;.

ytctmruSf gemium dthft kahêre Hhir, Mabtial.

Pour qn'un livre vît* long-temf , il faut qa*il «oit l*iNivr«j|i du gënic.

Vottict-Toot de la foujc obicara Qui rampa au pi«d de l'Hélicon., Sauver vos vers et votre nom .' II faut être, aans imposture , L'interprète de la nature Et le peiatre de la raison.

GaassBT.

Lorsque Ton a saisi les principaui^ traits d'une ville , et que le plaisir des yeux commence un peu à se )asser, on passe assez volontiers à celui de Timagination. Il était tems de m'occuper de la littérature espagnole , et je voulais donner à ma notice une de ces tournures vives «t piquantes que Boileau a employées dans, son

Lutrin f quand il fait rouler les mauvais livres de ses contemporains sur les degrés du grand escalier : je suis allé la cliercber , ce matin ^ dans la boutique de Rodriguez. C'est un libraire qui, comme presque tous ses confrères, a son établissement dans cette grande me qui monte de la Puertadel Soi à VImprenta reai.

Un grand carton , composé de titres de livres collés les uns à côté des autres , et mêlés de quelques gravures pieuses , orne sa porte et lui sert d^enseigne. J'écartai la grande toile qui flotte devant l'entrée de sa boutique, et lui conserve la fraîcheur et l'obscurité , et je pénétrai dans le sanctuaire silencieux des muses ibériennes. J'arrivai au moment où son desservant s'apprêtait à charger les nouveaux rayons d'une bibliothèque qu'il avait , dans l'intention de la rajeunir, délivrée, quelques jours auparavant, du poids séculaire de ses livres poudreux. Ils étaient gisans par terre, et le vieux marchand en lunettes et en pantoufles, baissé sur leurs masses déplacées, soupirait à l'aspect du travail qu'elleslui préparaient. Une tôttx dont il laissait échapper quel* que quinte accidentelle , enlevait parfois de ces tranquilles bouquins une poussière épaisse qui

LE lilBBAIRE. 227

les faisait disfaraUriÇ, aiasî que leur po$sèsseiirf dsffls un nvage classique. Mialgré les désâgrérr mensde cette poudreuse atmoif kèn^^ jei?ésidits de profiter de la circoiistance pour venir à bout de ma tâclie. Je songeais à la biJiliplhèqtte de don Quichotte. « Yoyous, disais:^ je en moi-même, si rarrangemeut d« ces livres sera pour moi et mon lecteur ce qu'a été le dérangement admirable des roinaos dtt chevalier de la Maiicfce*.. Ce ne serait paa mal de faire çcmnatlre ainsi les ouvrages les plus estimés en EspaigKe. »

J'étais un habitué de la boutique de Rodriguez. Je fés un livr« par terre ; il m'isdiqna de la main une chaise dans un coin , et je m'assis en attendant qu'il commença son lopération bi^ bliograpbique... L'ouvrage que je tenais remfer^ mait quelques discours sur la bmgue que les auteurs de <;e pays ont employée ; on ne pou>'ait mieux se préparer. aux notions <fue j'allais acquérir.

« La langue castillane , je fais ici un résumé de ma leclure, a tant d^analogie avec la- latine, qu'on voit qu'elle en dérive nécessairement. Les Romains s'étant établis dans ceite contrée après la ruine de Carthage, ordonnèrent qu'aucun na-

torel du pays ne parlât aux ^ouyenieurs et autres officiers que la langue romaine. Le rapport nécessaire «t cdntinuel de cette nation avec ses ms^tres Tobligea donc d^apprendre le latin, qui devint enfin ridi<mie vulgaire , et fut en usage jusqu'au cinquième siàcle de Tère chrétienne.

» Si le séjour des Vandales ne fut pas assez durable pour changer le langage établi , ils ont du moins pu Taltérer en y mêlant leurs expressions ; et c'est là peut-être la première cause de cette différence de dialecte qu^on remarque entre diverses provinces de ce royaume. *Les Goths s'attachèrent à la langue des Romains, àoai ils furent d'abord les-alliés et les amis. Ils ne par* laient leur idiome qu^ entre eux et dans le commercé particulier. Leurs lois furent écrites en latin ; mais il est probable qu'ils y glissèrent leurs tours de phrases , leurs constructions , et cette répétition continuelle d'articles et de pro* noms qui fait le caractère propre de nos langues vivantes.

» Pendant près de huit cents ans que les Arabes ont demeuré en Espagne, la langue 9a pays a. encore éprouvé beaucoup de changemens. Elle a pris d'eux quantité de mots et de pronon-

LE XIBBAIRE. 229

ciations qu*on reconnaît sensiblement aujourd'hui. Les Goths, retirés dans les montagnes des Asturies, n'ayant ni la facilité, ni le loisir de cultiver les lettres, corrompirent le latin extraordinairement , et en formèrent un nouveau dialecte. Ayant quitté leurs retraites pour faire des conquêtes, leur langue s'étendit avec leur domination. Les peuples soumis furent obligés de la parler, mais en conservant toujours quelques-unes de leurs expressions , et c'est de ce mélange qu'est ftrmé aujourd'hui le langage espagnol , dont le latin est la base principale. Alphonse-le-Sage , ou le Savant , car il fut l'un et l'autre, ordonna que tous les actes publics fussent écrits en langue castillane , et dès lors on s'appliqua à l'orner, à la polir, à l'adoucir, en ajoutant ou en retranchant certaines lettres. Les bons écrivains parurent ensuite , et la langue fut censée avoir atteint sa perfection et s'être fixée par leurs ouvrages.

» La même révolution est arrivée dans la poésie. Avant les Romains, les habitans de la Gallice composaient et chantaient des vers ; et peut-être tenaient-ils cet usage des Tyriens, qui abordèrent les premiers dans leur pays. Le succès

23o LE LIBRAIRE.

avec lequel ils cultiyèreiit cet art, qoand ils fiarelit subjugués par les Romains, fait juger qu'il

'leur avait été très- familier. Le siècle d'Auguste,

^i donna à Rome un si grand nombre d'excellens poètes, ne fut pas moins fertile en Espagne : Hyginus et Hena étaient nés dansée pays. Senèque, Lucain, Martial vinr^it après. Je ne cite que les plus connus; car Licianus, Canins et Decianus étaient du même tems. Le poète Pru^ dence vivait au quatrième siècle.

» L'irruption des barbares, au commencement du cinquième, fit perdre à ces peuples le goût de la. bonne poésie, et devenus cbrétiens, ils cessèrent de s'attacber aux grands modèles, côÂme dangereux, pour les bonnes mœurs. Us écrivaient sans génie et sans art des hymnes, des épitaphes et d'autres morceaux à l'usage des églises, détournant les fidèles de la lecture des poètes l^âïens. Ce zèle aveugle fut une des prmcipales causes de la dépravation de leur goAt.

n On écrivit ainsi jusqu'à l'arrivée des Maures, qui apportèrent avec eux leurs amies et leur poésie. Les Espagnols oublièrent le latin pour apprendre l'arabe , et bientôt^ils firent des vers eh cette langue avec plus de grâce que les

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MauTfô raâmes. Leurs ouTrages manuscrits se conservent encore dans plusieurs biblioth^ues ; la plupart traitent de la morale , de la religion , de la politique , de la littérature et de Thistoire naturelle. Les femmes espagnoles, principalement de r Andalousie, cultivèrent même avec succès ces muses imposées à leur patrie. On trouve dms les manuscrits de TEscurial quelques-unes de ces poésies , parmi lesquelles on distingué la célèbre Maria Alphaisuli , native de Séville , et digne d'être sumonuiiëe la Sapbo de la poésie arabe.

» Les langues provençale et portugaise ayant passé en tiiTéreirte» provinces , la poésie y fut également cultivée sous ces deux idiomes : la basque et la gallicienne y eurent aussi leurs parti^ns ; mais cette dernière (ut plus pieuse qu'a*gréable , et contente de servir d'organe à la dévotiondes pèlerins de Saint- Jacques, elle négligea les omemaas. A Texception de quelques romances, on ne connaît d^autres productions en langage basque que des hymnes et des cantiques. La versification provençale, bornée aux disputes amourei^s, n'osa traiter les sujets élevés. Elle était tendre, badinci spirituelle, mais incapable

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d'atteindre au sublime ni au merveilleux. De-^ puis que les muses portugaises ont parlé par la bouche du Camoëns, elles peuvent s'élever à la dignité des sujets héroïques. La poésie arabe aime les jeux de mots, les équivoques, les allusions, les métaphores. Elle est ingénieuse dans la construction des vers , a de Tharmonie dans la mesure ; mais lorsqu'elle veut s'énoncer avec majesté, elle pèche presque toujours par un excès d'enthousiasme. ^

» La castillane s'est appropriée tous les genres. Gonzalve de Berceau , moine du monastère de Sàint-Milan , est le premier qui ait fait des vers en cette langue ; il vivait au commedbement du treizième siècle , et composa la vie de plusieurs saints. Il commence ainsi celle d'un saint Dominique de Silos : « Je veux écrire en vers cas*- » tillans la prose d'un confesseur : c'est le lan- » gage qui se parle entre voisins. Je suis bien » trompé si mes vers ne valent pas un verre de » bon vin. » . ^

» Gonzalo fut suivi dii roi Alphonse , dit le Chaste , qui versifia l'histoire d'Alexandre , et composa plusieurs cantiques. C 'est sous son règne que parut le poète Jean Ruiz , auteur d'un ou-

vrage où se trouye^a guerre entre don Carnaval et don Carême. Ce qu'oii m'en a dit me parait asse:& singulier pour en placer ici une esquisse.

a> Carnaval , ayant été vaincu la nuit du mer* credi des cendres , reste malade jusqu^à la semaine sainte : ses forces reviennent alors et le mettent en état de se battre. Secondé d^un brave athlète , qui est le seigneur Déjeuné , il envoie un cartel à Carême , et le dimanche de Pâques est fixé pour le jour du combat. Carême se trouvant faible 9 s^habiile en pèlerin ; et pour éviter un duel qui le tracasse , saute par dessus.Ies murs le samedi saint et s'échappe. » ToutTouvrage-est rempli de pareils épisodes. L'auteur prend la défense des petites femmes contre les grandes , et finit par ces mots : « Puisque les grandes ne sont » p^ meilleures que les petites, il est de la pru- » dence de choisir le moindre mal ; et de deux » femmes, c'est à la plus petite qu'il faut donner » la préférence. » Tel fut à peu près le goût de la poésie espagnole jusqu'à la fin du quatorzième siècle, tems où les Français écrivaient, dans une langue barbare, des choses encore plus ridicules.

Juan II,. qui mourut vers l'an i454i favorisa cet art et lui donna une nouvelle splendeur.

On vit alors des oayrages G^idiihs avec plus de smn, et écrits avec phis de goût.. Ferdinand et Isabelle encouragèrent cet heureux élan. De la même main dont ces prince» abaissaient les ennemis de rétat , ils élevaient des hommes de génie, et répandaient des bienfaits sur eux.

Charles-Quint montra encore plus de goût pour les talens. « La noblesse me dépouille , disait ce » monarque ; le commerce m'enrichit; les scien- » ces et les arts mHmnuMrtalisent. Je peux, en » une heure, faire cent grands d'Espagne comme » vous, ajoutait-il en parlant à ses courtisans, » et en vingt ans je ne ferais pas un bon poète, » un bon historien , un bon peintre. » On sait qu'un jour il ramassa le pinceau du Titien , et qu'une autre fois il ne dédaigna pas de lui Tendre visite. Son règne fut le berceau de la littérature et de la poésie espagnoles. Cette gloire se soutint jusqu'à Philippe IV, qui voulut bien , dit* on , courir lui-même cette carrière en composant une tragédie : tandis que le peuple allait en foule au combat du taureau , la cour, et tout ce qui n'était pas peuple, jouissait du plaisir plus délicat de voir jouer les pièces de Lopêz deVega et de Calderon.

J^en étais Ik de ma lecture, et le libraire, sur les derniers échelons d'une longue échelle, recevait déjà des mains d'un petit garçon ses livres qu'il replaçait en toussant. Il e% était aux théologiens. « Place de repos, dit-il. Je suis bien sûr de n'avoir de long-tems recours à ce ravon. »

Je me rappelai ce vers épigrammatique :

Sacrés ils sont , car personne n*y touch^

La théologie ccmsiste principalement ici dans l'étude des pères, des conciles, des décrets des papes, et surtout des systèmes de saint Thomas et de saint Augustin. La connaissance des langues sacrées et la concordance des textes y sont tièsr-négligées; en récompense, on donne beaucoup d^ms les solutions des cas de conscience : chaque péché a été une occasion de volumes bien nourris ; on raffine en in-folio sur toutes ses circonstances ; on en fait une science , un art , un système , le tout divisé par chapitres et enrichi de notes. Je vis passer devant moi tout cet arsenal de conCession... L'alfreuse quantité de livres que Ton a écrits sur nos infirmités physiques m'a souvent fait trembler sur le nombre de maux qui pouvaient assaillir notre pauvre ma*

chine, et je vous assure qu'une conscience, san^ être trop timorée, peut s'étonner tristement , à Taspect de ces volumineux traités de nos médecins spirituel^ de tout le mal qu'elle peut avoir à «e reprocher. Le livre de Sanchez sur le Mariage n était pas le moins curieux de tous ces examens. Le libraire^ avec dédain, le jeta dans un coin bien obscur *• ce dédain, sa toux, son âge , et madame. Rodriguez qui entra dans ce moment, me prouvèrent que ce n'était plus pour lui un meuble de ménage , et qu'aucun scrupule de cette nature ne lui ferait troubler le repos de ce chaste casuiste.

Leurs meilleurs orateurs religieux sont du seizième siècle. Je vis passer des recueils de sermons de toutes les tailles. Hérissés de citations et d'argumentations qui sentent le banc des éco^ les disputantes, ils ne sont point exempts de cet orgueil national qui serait si plaisant aujourd'hui sans le souvenir ou l'espérance. Un prédicateur, par exemple , disait que Satan transporta le fils de Dieu sur anc montagne , d'où il lui fit voir la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre et tous les royaumes de l'Europe ; heureusement^ ajoutait cet orateur, les Pyrénées lui cachaient

LE LÎBtlAÏRE. 287

TEspagne ; car elle n^ aurait pas manqué de tenter le Sauveur.

La longue marche de ces ennuyeuses home- .

lies fut fermée par la piquante Histoire du fa-^ meux Gérais de Compazas. Dans ce livre, le pire Isla s'est montré pour les mauvais prédicateurs ce que Cervantes a été pour les mauvais romanciers de son tems, et je vis que le mot de . Montesquieu : « Le meilleur livre de ce pays est celui qui setnoque de tous les autres » n'est pas une vérité seulement pour le Don Quichotte que le libraire avait déjà placé avec tout le respect qu'il mérite.

Il s'occupa ensuite des historiens^ « Mariana^ dit-il , doit occuper la première place. On peut comparer son histoire d'Espagne aux meilleures productions de Tantiquité par la grandeur du dessein, la noblesse du style, la majesté des réflexions. Voici son ouvi:age tel qu^il l'écrivit d'abord en latin , et le voilà en espagnol ; mais le premier est bien supérieur ^u second : sa latinité est digne du siècle ^d'Auguste. Matiana n'osa pas aller au delà du règne de Ferdinand et d'Isabelle , et je placerai bien loin , derrière lut , Saludo , Soto et Miniana 9 ses faibles continuateurs.

» Place honorable piour la Relation de la guerre de Grenade contre les Maures, par Mcndoza; pour Ui Annales d* Aragon, par ZurHa; ponr les Mémoires de la guerre de la &iccession , par le marquis de San-Philipe; pour VHiitoire çrUique d*Espa^y pardon François Marden; et comilie ce n'est pas à nons à reprocher à nos concitoyens trop d^enthousiasBie pour les auteurs de notre patrie , n'oublions point les neuf volume^î de YHisioire littéraire d'Espagnt, »

Le libraire entassa dans Un coin obscur quelques romans de cberalerie... Je fus fâcbé de ce dédain pour ces vieux- et longs contes qui eurent du moins le mérite d^inspirer le plus étonnant des livres , et d'ailleurs j 'eus toujours un faible pour ces hommes à grands coups d'épée dont ils célèbrent les exploits, et, comme GilrBlas, « j'avouerai , à ma honte , que )e ne hais pas trop ces productions, malgré les extravagances dont elles sont tissues. »

 propos de Gil'-Blas, je le vis passer habillé à l'espagnole. L^auteur ne l'a point présenté comme traduit ; c'est, selon lui, une restitution qu'il £iit à sa patrie... Je trouvai ce patriotisme un peu cru , et un coup d^œil sur les pièces du procès renfermées dans un discours prélimi-

naire est suffisant pour coimaitre toute k fausseté de raccusation de tbi pcirtée contre Lesage. Le sèigReur Rodriguea , en plaçant , avec respect , f roi» volumes sut^ un rayon encore vide, récita ce passage du Don QuichaUe ■: « Voici VAfuncemi de don Alonzo d'ErsiUa, VAustriada de Jtan Bufo Jura de Cordêue^ et le Montferai de Christo^yal de Fwes^ poète de Yaknce. Ce sont les meilleurs vers héroïques qu'on ait jamais faits en espagnol , et ils peuvent aller de pair avec, les plus fameux ouvrages de Fltalte. Conservez -les chètemeat tous trois , conmie des monumens précieux de Texcellence de nos poètes. » C'était le tour des [Poètes, eneifet, et de ces trois messieurs déjà installés, je 41e con* naissais q\L*Ercilla. Malgré le jugement qu'en porte Voltaire ( Essai sur la poésie épique ) ; malgré la longueur Esitigante de ses ti^nte-sept chants et de sts trente mille vers, je m'étais plu à la lecture de son poëme. Au milieu de ses défauts nombreux, on lui recennait un mérite essentiel : si , d'après le précepte d'Horace , la poésie est une peinture, c'est-à-dire, si elle doit réveiller dans notre esprit l'image et l'idée du sujet qu'elle traite , Ercilla a été un grand

24o L£ LIBRAIHE.

peintre... Il peint d^apiès natnre, soit qa^ildécrive les ûXes , soit qu^il rapporte les orageuses ' délibératioas^du sénat, ou les batailles des peuples du Chili On s^attache involontairement à ces compositions inspirées dans les déserts, sons la tente, sur le champ de Irataille et au milieu des ^tempêtes de TOcéan. Comme le Camoëns, et dans le même tems, Ercilla a été visité par une muse aventureuse qui monta sur son navire, et magique passagère, charma les hasards et les longues fatigues de ses voyages ; elle donna à sa lyre ces notes graves et tristes qui sont dans les orages et les forêts du Nouveau-Monde , et te^ accens rauques et bizarres qai rappellent les chants de ces peuples barbares qu^elle observa à ses côtés*.

Voici t6u§ ceux qui iljustrèrent le seizième siècle , et en firent Page d'or des muses espa-

* Il a paru, en i8a4) une traduction, une. abréviation de VÀruncana. Cet ouvrage remarquable de M. Gilibert de Merlhiac fait très-bien cdnnaitre le premier poëme de l'Espagne , et a rempli le vide qui se faisait remarquer de ce c6\é dans notre littérature : le po^me àiErtiUa n*avait pas encore été traduit en fran-r çais.

gaoléS' c ' 2i€y7^r de Mendota\ qui donna k se^ poésies galantes et morales la mesure des vers itMiens et» proyençànx ; Jean de Mena , élevé et noWe ; George Munrique , dont les vers présentent de la délicalesse et. du gofit. Ces trois homnes sont les pères et les créateurs de la poésie espagnole. Après enx, le libraire plaça leur émule, Enzina^ qui traduisit en vers les églogues de Virgile, et ks ajusta, par d'ingénieuses allusions^ aux actions glorieuses des rpis Ferdinand et Isab^e ; il composa sur le même sujet un petit poëme de la Renommée, Je vfe ensuite passer devant moi Garcilosa de la Vega ^ ce prince de la poésie espagnole , enlevé trop jemie anx muses qui: atteignirent , en k suivant , une élévation jusque- alors inconnue ; IMfgwï/^ la Mendaza^ dont on Vàntela. hardiesse, Tesprit et Tériidition ; Gnitief€s 'ée â?/ma ,* dont les paésies^ soignées, douces et tendres sont inspirées fSkrVdLVàonv:; Louis de^ Haro ^ François de Mi'*^ randa , Pierre de Padilla , Fernande z de Velasco, Jiràme de Bemudez , Lopez de -Bueda, François de Mediano^ Ferdinand de flerrera^ Firmes^ Jérôme Ramirez^ Alphonse Ledesma, Lopez de Zarata^ et Alphonse de Voires. ht^ Grâces joi* I. II

%^ LE mMAIBCi.

gnirenl jMsi fselqucfl fleurs à trèfle QOiirMae {nétiq[ue éoBt k ten» iui flétrira f^mm U fraiehevr .en Espagne, et tanon ekarmre Wi^kame 'ms^ talla les faésieft de Félickmu Hàm^mii^de 4im^ mm ik SivUk^ et les «ivtfas d':^i^ Sigi 4$ Tolède , à la «te 4e toas ees ffoètetbélisM» et agréaUes.

« Ce beatt tMots, de notre peésie^ dit le Ubiaire en spupitanl^ «e f«s$e pa» lin sièc^. Les Itatieoa, deicpnJttavtéiioi eif^igmdi^aiT^^tdlV bocd re$tt îfes leçaas^ icoatriMceot >à oette tlé^ cad^Ke; Le iwff éetàtdéâ cmiéMH « de» pointes, des mëtâlphores , èes anliftlièaes^ de» aUu^ÎMs , des«éq«ftr#^aes^ pasaarderiUlie.eaCftstifiei'et deirmt . le %9bk {général ide tla natieit Les pe^s, fentttçaat aiMiîlioiiiies jéiadcepeiiris'afaaftioiiiiflr à la sttbt3^éde.leiiC4es{iRt , .ouMièront fusqu^ai» règlies de l'art; îkfireait£0àaist6rJe<iMéi)tte4'u]i owfv^lgfiTdaMJejafiiMment:, J'afieçt^tioiiV Tebscttritéiou.lei précieux» Qudkjitosrrimsjsajaeffvinait de mots iÉ»it^Qaiox> idç Imaci^ somiM, jd'ex^ pressiens,eàipbèti4|ues,.dlt çon^tamatlànl eatoaor^ diBatres, 4'im jaegeii éftnuiger au rjaSi6M,némt de lei|v natim.*.. Voici, .aînatart^veOimeinMi'trapt «n litce licbMMt reUé et ferm^ jUff des

LE LIBBÀIRB. 2^3

agraSm d'acsest , le paÉnarciit. de cette secte d^séemams. L'antique liciiessedc sac^vverlare, ïépitkhït^à'étmmUiÉ qqi piécèic son nom svr le titre ^.yonadoniient Vidée àa succès falai do ses écrits^ et de Tinfloenee <|iie tette gloire mal ao qw^ ^ sur les amours du tems... Ainsi le .goèlt de la boime littëcatuie coiraieiiça à se-corrompte chez mms pxt £ioBgora ^ oomnê^ Athènes par Lyoophisn ; à Ronf , t^^ I^lîne ot Sénèqao \ m lldiiff par Marina V on Aagleteirp, par Ballorç et on France , par Marimm. *>

XevUus Rodfigooz darait omroct le liTro^a« hasanl. « Ecowta un pn ce qna.coipftilo» adresse attfofisîgnol : f IlfLewe ^voctant^do j^ariatiiins'f ^ aTOQ tant de grâce ^ qaa fo gjypgonBo qn'il » renlecme ue jwiltitjvdé d^ lossigaoisidan&ooB » gosier, à travers lequel ils font entendre al- » temativement leurs douleurs ? » Trouverezvous meilleur ce passage où il dit à ^e jemi<^ et cbd^rmanAe dam^. : « Qu'elle in'a encore qm '> qnelques années d'«Kktence , mais- qn^-elle » possède plusieurs siècles de beauté. » I^e rirpz-yous paç de l'eutç^dre f Cfiçy^ï: rjnpigiSrt^i^ du Mançanarès en le nommant le Ficomie. d£§

244 ^^ LIBRÀIBE.

Fleuves? * et ne croirez-Yons pas fhs dignes dn titre A^itmmani les admirateurs de ces platitudes prétentieuses que celui qui , le premier, les mit à la mode? Au milieu de ces pointes, de ces saillies, de ces mëtafAores outrées et ridicules, paraissait les ouvrages de Lopez dt Fega, génie heureux et fécond , mais dont le style ingénieux , doux , harmonieux, varié, a souvent fous les défauts de ce tems-là...; et, pour vous en donner un exemple, je ne chercherai pas long-tems.

Voici ce que je lis dans un volume de ses Pasiûraks qai vient de me tomber sous la main : « Une bergère pleure sur le bord de la mer... » qui s^avance comme pour recueillir ses larmes, » et les changer en perles après les avoir renfer- » mées dans des coquillages. » Il avait assez de

* GoDgora eût bien dû s'entendre avec Quevedo, qui a dit que ce même fleuve est réduit pendant l'été' à la triste condition du mauvais riche ^ qui demande de l'eau au foùd des enfers. En effet , un Espagnol passant un jour cette rivière à gué^ s'arrêta, et regardant le pont de onse cents pieds de long que Philippe It fit bâtir y s^ëcria qu'il serait utile de le vendre pour avoir de l'eau.

LE I/IBHAIRE. 245

goût pour sentir combien ce genre était pitoyable , mais auteur ne sacrifia jamais, autant que lui , à Pesprit du jour et au goût du peuple. Pour lui plaire , il méprisa dans son théâtre les anciennes règles , la vraisemblance , la régularité, la décence. Il fait naître, croître , vileillîr et mourir ses béros dans le cours d^une représentation. Us parcourent la terre du couchant à Torient , du midi au nord ; et quelquefois il les fait voler par les airs. Les laquais parlent en courtisans, les princes en fanfarons, les dames de qualité en femmes du peuple. Les acteurs entrent en foule et sortent en confusion ; une seule pièce présente souvent jusqu'à soixante personnages, et finit par une procession; et quand

'Cervantes blâmait cette licence. « C'est le

» peuple qui nous paie , » répondait Lopez de Vega; « il est juste, pour lui plaire, de lui » parler en ignorant. Je tiens sous clé Arisioie » et Horace ^ parce que leurs préceptes m'im- » portunent. J'ai chassé de mon cabinet Plaute » et Tirence ; leurs ouvrages me montreraient » partout la critique des miens. >•

Les règles de Tart ne furent pas mieux observées par Calderon de la Barca , dont le libraire

a46 LE LiBEAIE£.

f laçiait daas ce nomeài k$ «ie«f vctenes é« (ttèees de tliéâtre , tt kt m d'«cies sacfàiMiitate. C'est te Slkakaspeare cSspigMl : il a ia lécelidîlé , rirr^golarilé d» lra|[iq«€ âagfbis ^ ^1 qtttiqBefiNs aussi son géoit. Maifjpé ses ^ëfinits^ CalderoD es* regardé coMale le dieu du thëAlie espagnol. Sèn fjëaîe stipdrieiir lui fit enfaster tes plus grandes ckosel an BÛlseB des plus faibles. On admire daas sen style la noblesse d'une dielÎDit ëiégante isans obscuiité ; on estime sa nia- «âère ingénienae de tenir toujours tes speetsitenrs en suspens.... Comeifie a pris dans son diéâtre «esnjet d Hëmdins. Votei Mis, M^ret^, £0^ mÊta^ Qmdàmeo ^ Cûmisaits qui méritent des db^es pour s'être un peu pbis rapprochés des fè^s. de la bonne comédie. Ce qui firappe te frius dans le;S anienrs dranàatiques de cette nation , c'est teut prodigieuse fécondité ; on ne lient ent<nidi)e s^ms étonn^sent que Lapez de Ycga ait ^composé deux mille pièces de tbéâtf e ; mais quand on connati la natiure et la forme de ces sodes-d'ottyrages 9 ce pbénomine apparent est plus aisé à concevoir* Les Espagnols ont un grand nombre.de ohniniqiies, d'amiates, de romances » de segiteOUàs. On y trouve talques

LE LIBAÂIBK. 247

^mcÉBte^ UitotifMS , qtttlîfieô aventroreu iirté*rtssmtes tsffféeS'ABm lai fiilr^'de* cfficiuntaiiees

penttlteuséi^ q«e la tradHionipopriaiic ne cww d'y aj^ter. Un m\mt chàisiï «ae de cei âv«aH •ores , en transcrit sau& ckdix ^ sans «xc«ptbm «M$ les tiétaib, met «ie«)e«eia» m diâto««<é «e qui «st en rédt^ «I dmnei eèttd-côiftpîk^n te

nom de améiti, Vims cMeé^e ^''ntf homme qui a de la facilité et de Pliabi«ade aura^pks t^t ëcrit tpmf aiM ouvrages ^e ce genre qu'un poète aîijottrd^hnin'ttira faitnne pièce d^nnseiilaete, où il est éUigé de dessiner des cavaclères, de ffépaf » ,> 4e graduer , de développer «te intrigne ) iel de s^'ass»jetlir à toules \^ k^s^de la décence , du goût , de te vraisemMance et de Tnsage. Le poète Hardy fiiisait ses oovnëdies en trois jours ^ mais qnafud on les lit , on n'est |>as étonné qu'il en ail donné plus* de six cents.

Je m'en rondrais de terminer cette longue énumératimi sans dire un mot des qnarhyEe volumes dn pin ffei/ê», quelle librait^ (Aaça, avec beaucoup d'attention , sur l'un des rayons les plus apparens de sa bibliotbè^. « C'est, me dit^il , le merHenr des critiques de TEspagne.

24d LE LIBRAIRE.

Son Thiàtn critifae. et uniçifsel sur les erreurs communes en foni genrt de matières est digne de sa répntation et de l'effet quHl prodnisit en paraissant. Le savant bàiëdictin discute, ëclairef juge et prononce , et quand il ne Pose pas , il met le lecteur sur la voie^ et laisse entrevoir son sentiment , qui est toujours le plus juste. .. Quoique plusieurs de ses raisiNuiemens soient marqués au coin national et respirent sa. méthode scolastique, c'est, «ans contredit, le philosophe le plus sage et l'écrivain le plus libre de sa nation. » Il n'y avait plus que peu de livres â placer. Ils étaient modernes, et c'était', selon le libraire, les seuls poètes à . citer depuis le dix-huilième siècle. Je me baissai, et J'aperçus les noms de Vassara , de Montiano , celui de Montengo , auteur de quelques belles odes; à^Yriarte, de Huertù , de Metendez Valdez , l' Anacréon espagnol; At Samaniégo « Et vos auteurs vi-

vans! » lui dis-je. Il baissa la t^te , et m'indiqua , après un moment de silence, une boutique voisine où je pourrais trouver quelques renseignemens à ce sujet. Après Tavoir remercié de sa complaisance, je le quittai avec un livre qu'il me prêta.. . C'est un ouvrage de don Ignace de

Lussan ; en rnnte , j^y Im ces mob que je ne puis citer pins à propos qu'à la fin de cet article, a J'attribue, c'est l'anteur espagnol qui » parie, cette disette de bons antenrseo Espagne M Â une certaine fierté qui croirait s'avilir si elle » s'assajettissait aux règles prescrites, et qui >• prend pour inspiration , pour enthousiasme , i> ^e qui n'est que le fruit d'une imaginaticHi » qui s'égare. »

'2So CHAai.B6*QUIMT A S.^JUST.

N® xx,iv. — 6 noi^emhre 1823.

CHARLESQUINT A SAINT-JUST:

Experti n^ncem sumut êgo et fùrtuna. Mita uiiiane neque solatiis ôpus est : atii dmtiitt imperitum temuerimt , neittû tamforHter reihçBerit.

' Tacitb.

Hmn-lHittt sommes Mses éprocvës, la f«rinne et moi. ])a re»l«, je n*«î besoin ni de vengeance ni de eoosolation; je -veux que d'anires aient tenu Temptrc ptos lon^>tcms que moi , mats personne ne l'aura quitté plus généreusement.

On sait qu'après les fatigues et les prospérités d'un long règne , lassé d^une des vies les plus agitées et les plils glorieuses que monarque ait menée, le rii^ et le vainqueia: de François P", l'ennemi et le^TOtecteiir de la réforme naissante, l'effroi et l'appui du trône pontifical , celui dont les drapeaux avaient flotté dans trois parties du monde, l'empereur Charles-Quint , abandonnant

OiAR LlS-QUlNT -A &.-JI9ST. Û 5 f

k sceptre àts Cénac^ dHx mains éestm frère, et déposant tor la télexe isonfih ia cawmine d'Ea-^ pa^ne, deâ.Pay!S'>rBasci'des Indesy aHa ensevelir sa vieiUflsaé, !sa.gldve,>8aii génie ^ :et pent^-èlre ses remords , daia de oBOflKlère de âant-Jnst , habité par ks }iiéraayiahe$, *et sitaé sur les AonlîèTes.de*Gaatffiè et itVùrtmgàh Tont-cst mystère dan$ ce smgiilieré¥éaement : lesmeli&dela résobiitcn de t^empenmr^des foartîcvlayitës de sa retnateont domiètieft à des càn)eclàres o(>paaéc6, à des« riciàs catttcadicÉiSiresv tonjottES •étoaifges , aoweiit mervcSleox*

Un.aule«rfrançaiB,J|jide Gam^aïaa profiler «de oetteobécnnté pour étaUirim syatènev dans Jequel il a ttl «liaUleBient rentrer qaeli)iifi$^tnis daa détailt «anecdtfiifiies cpie «des iradilian» diverses ont iooiUBPnés ; et <, imb «'inqpdéler ides dijocvtions, il a ientiepris de ispeésenter à samamère, et daasm même tableau , l'entrée, le séjom: et la 'mort de ûhariei^-QiiBt à £amt-iust. Un tel sujet qui , comme on le voit , embrasse plus d'une année, ne comportait pas une action très-animée ; mais , précisément parce qu'il se réduit à Thistoire des sentimens d'un homme extraordinaire dans une position extraordinaire , il offrait une

202 CHAKLÊS-QfJlNT A S.-JUST;

riche matière au talent d'observation de M. d<; Gain. Ckerks-Qmttt j du reste, n'est pas une tragédie dam le sens du mot, pmsqu'il y manque une intrigue ; c'est , dans une forme dramatique, le développement d'un fait moral *.

La pièce est précédée d'un prologue qui se passe dans la vallée de Just d'Estramadure, près du monastère des Hiénmymites. A côté de leur église s'élève un pavOlon nouvellement biti et qui domine la vallée. L'architecte qui a dirigé la construction de ce pavillon, destiné à servir de retraite au plus puissant monarque des. deux mondes, .annonce sa prochaine arrivée à un vieil hidalgo, qui n'ose croire que ce soit là le séjour du général sous lequel il a si long-tems servi. Cependant les habitans de la vsdlée arrivent en foule ; ils précèdent l'empereur, qui paralt^bientôt , suivi de ses deux sœurs, les reines douairières J de France et de Hongrie. Tous les Espagnols s'agenouillent; il les relève avec empressement,

* Je crois faire une chose agréable au lecteur , en enrichissant mon recueil de ce morceau , qui dé)à a paru dans un de nos journaux littéraires, et dont je m*em*

presserais de nommer l'auteur, si je le connaissais

Si/um cuique.

CHARLES-QUINT A S.-JUST. !i53

ea se flattant qu'il fait un acte d'hiunilitë. Les religieux sortent du courent pour le recevoir ; et en leifr présence, avec un sentiment sincère sans doïite, et qu'il croit profond et religieux j il implore la miséricorde céleste. Presque en même tems il aperçoit Thidalgo , le reconnaît pour un vieux guerrier, et le nomme chevalier de Saint- Jacques. S'approchant ensuite de ses sœurs, il leur montre le lieu de sa retraite, le beau paysage qui s'étend sous ses yeux; et^ a{Hrès quelques mots de tendresse et de piété, après avoir brièvement recommandé à ceux qui furent ses sujets , la fid^té à leur ancien Dieu et à leur nouveau maître , il monte les degrés du portail , et s^aban^ donne à celui qui donné k repos et les empires.

Le premier acte se passe dans la salle pripci^ pale de l'appartement de Charles, à Saint-Jus t. Il est seul : ce sont ses premiers momens de solitude et de tranquillité. Les fleurs de son jardin , la vue de sa fenêtre , le chant éloigné des religieux , tout le calme et lui plaît ; son oisiveté même est un bonheur tout nouveau ; et ce n'est que coniusément qu'à travers sa joie, qui semble désintéressée , il laisse percer la joie mom34>ure de se voir délivré d'un roi de France , dont la

màlité hii fèsé, »t 4'itii fih dMit Tanibiâon l'inqniële. iJts religtenx , kmr prieur, Ttoman», ce nhëcaincifli qoi , sekm l'^Msteire, poriftgea^a retraite, t<^us se ressenÉtent de la douce disporitim de son ame. Pour la dernière fois ii yeu( rémir à sa table les hidalgos du voisinage ; et , «n «Itendant , il sort avec k pienr pour irisiter l^établissement. Pendant ce tems , %m )eune novice, le frère Paul , resté seul ; et jeté dans un clotlre par la volonté de ses paiiens, îl ntandlt ce séjonr où d^fttttres «e réfngient , et regrette, sians le con- Battre, ce monde que d'antres aliandoment. Bientôt tonte la noblesse du canton se présente , et , en attendant l'empereur^ admire la snnplîcité de l'asile dioisi par le premier des grands d^Espagne. Charles réparait^ il les aceacfflé e!t tescomplimenle^wc cette InenvèiHance àllière Ijue domte la vie du trftne; il les interroge avec cet mtérét affecté d^un homme qm n'a pas oublie que ses questions sont des faveurs , el pour qui les réponses ne sont guère qtie *des xévér^ces. La porte s'ouvre : on annoneê qne le tep^ iest prêt ; l'empereur sort le premier , en s'appuynnt sur don Gomez , le chevalier de Sliirit- Jacques. Tous suivent alors sans distinètionde rang.

w iftHÀiGo , à son vtfistn ûpêant 4e tortif.

« Auriez-t^OQS cru , ^gneur, qn'B ftt sî<a- €ile de paraître et de éemetirer derant un roi ?

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