L'ENTRÉE DES FRANÇAIS A MADRID
L« peuple qui partout f»it ednaer ses lon«ii|es, Le nomme de sa joie et l'objet et l'autenr, fion ange inlélairc ei son libératear.
CoMiiiLLa.
M Hier fut aussi un bien triste jour, Maria.
As-tu entendu comme le canon faisait trembler le plomb de nos vitres étroites? Je me suis mis
à la fenêtre c'est sur le peuple qu'ils tiraient.
Des hommes couraient en parlant de vengeance ; car ils disaient qu'on avait tué leurs femmes ; des femmes éplorëês fuyaient en emportant dans leurs bras leurs enfans tout sanglans.
«< — Oui, les enfans les enfans aussi,
dit-elle. Rien n'esta l'abri de leurs coups Ils
ont raison, ajouta-t-elle ; ces enfans seraient des
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Espagnols un jour ; ils grandiraient avec la haine des oppresseurs de notre patrie et de notre sainte
religion : ils les tuent Ce sont des ennemb
qu'ils s'épargnent. »
Jerenimo sourit.
« Avant que leurs bras soient en état de soutenir une épée^ los nâgrosj Maria ^ auront rendu compte à Dieu de leurs méchantes actions. Tout s'arme pour les détruire. Ce chef intrépide qui, malgré nos oppresseurs, n'a point quitté les environs de Madrid ^ s'est avancé hier jusqu'à la porte d'Alcala On pi^e d'alliés redoutables
» — Les Français! dit Maria.
» — Les Français! »
L'Espagnol fronça le sourcil , et regarda une vieille épée suspendue à son chevet. Il baissa la tète.
« Qu'ils Viennent i qu'ils viennent! leur Dieu est notre Dieu! Ils ont retrouvé leur roi ; qulls nous rendent Ferdinand , et je les nommerai des libérateurs, des vengeurs!!! j»
Le vieillard s'était approché du lit. Il décr<^cha l'épée et souffla la poussière qui couvrait sa poignée.
20 l'entrée ÙE.S l'RANÇAlS
« Elle était plus brillante que cda , dît-il , quand f à Vittoria
» — Elle fut vaillamment tirée contre ceux qui, alors, étaient les ennemis du roi et de TEspagne! Mais, où sont-ils aujourd'hui, ces ennemis? J.eronimo, je voudrais voir là, à ton chevet, répée -^
>» T— L'épée de mon fils? dit le vieillard.
» r— Pauvre Antonio ! murmura la pauvre mère.
» — Us r.auront arrachée de ses mains défaillantes; ils l'auront brisée! C'est un aspect odieux pour des traîtres , l'épée d'un brave soldat tirée pour défendre son maître! Les milicien^ n'ont jamais pardonné au sabre d'un garde du roi : tout est là , le reproche et la punition de leur félonie!
» — Et ce sont ceux-là qu'il faut maudire , qu'il faut détester , dit Maria , et non ceux qui viendraient
» — Antonio nous sera rendu, dit le vieillard en l'interrompant à soniour. Ses fers auront été brisés par celui-là qui combat , le fouet et le cruçifix à la main.
» Antonio! pauvre Antonio! je n'espère plus
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le bénir! Hier, Tun des cierges qui brûlent devant la sainte protectrice de notre famille s'est éteint qnand je priais pour Antonio , mon pauvre Antonio! Et il y a le soir , quand je m'endors , le son d'une guitare sous nos fenêtres qui joue si tristement les airs qu'il préférait , que je répète , en m'endormant : « Je ne pourrai plus bénir Antonio , mon pauvre Antonio! »
Elle pleurait.
ff Ecoute , Maria , dit tout à coup le vieillard ; certainement Voici quelque chose de nouveau!
Les cloches sonnent comme aux jours de nos fêtes , et la foule Entends-tu ces cris ?
» — Vive le roi! Jéronimo , regarde!, oh! regarde ! on crie wW ie roi dans la rue,
» -^ O ma femme , ma femme! c'est tout le peuple qui se précipite! Ce sont des femmes aux
fenêtres qui agitent des draperies blanches!
Ces tambours! cette musique! ces soldats!
» — Ce sont \ts Français!
» — Oui, ce sont les Français! dit le vieillard en quittant sa crobée.
» — Regarde , Jéronimo ! n'ont-ils pas le drapeau blanc? »
On criait dans ce moment : f^ive le du€ d'An-
22 l'entrée des français
gouléme ! «* Le duc d' Aagauléme ! entends-tu ,
Jeronimo? C'est le parent de notre roL c'est
nn Bourbon aussi !
» — T/W les Bourbons ! s'écria l'Espagne] en se découvrant et en reprenant sa première place.
« — Viife les Bourbons ! répéta la malade en se soulevant à moitié sur son £aiuteuil.
» — Quels régimens ! quels soldats ! s'écria le
vieillard avec un air d'envie Ce sont toujours
les Français ! Il y a aussi Ats Espagnols , continua-t-il avec un air plus satisfait ! Voici deux ba* taillons.... Je ne me trompe pas.... c'est la garde de notre bien-aimé souverain !
» — La garde royale ! s'étria la pauvre mère enjoignant ses mûns....... Grand Dieu! si
>» — Voilà un ieune soldat O ma femme !
si tu le voyais... Il regarde encore i^os croisées...» Ce sont bien certainement des signes qu'il me fait Il est sorti des rangs..... Il entre icL.... »
L'on montait précipitamment l'escalier. La porte s'ouvrit
» Ma mère ! mon père !
'> r— Antonio!
» — Mon fils! w
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Le vieillard, après^avoirpresséle jeune soldai entre ses bras, alla reprendre son éçée.
« Il faut la mettre ailleurs, » dit Maria.
Le vieillard pleuraiL Une larme tomba sur la lame à moitié tirée.
" Non , dit-il , elle peut rester là. Tous les jours je la verrai , et {e-m'étomierai de ne plus haïr..... Malheur à qui effacerait cette trace de reconnaissance et de réconciliation! »
24 FRAGMÊNS
N» ïv. — V'juin 1823.