‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etc (volume 2)Chapitre 44 sur 48 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Madrid , a8 mai i8i3.

Mademoiselle , J'ai reçu votre aimable lettre en routa , et

38a CORRESPONDANCE.

tout ce q«e yens m'y dites de poëtiqae sur la plage éimgène où m'a pouâsë le ^ent de la des^ tinée f n'a beaucoup amiuë. J'ai fait cette lecture an coin d'nn mnr en ruines qui protégeait l'apprêt de notre fedin^ que je ne nommerai pas détûieuSf et sur la place que notre couche devait occuper , car nous craignons moins le froid du matin que les puces et les punaises qui accompagnent les beoBS enfans de la riante Ibérie, Je Tons assure bien que â le luth du pilerin fatigué avait cherché alors à conserver quelque chose de ce qu'Q entendait , fe vous ferais part^ du

plus ridicule concert qui fàt au monde Une

vieille femme, Tune des sales habitantes du plus sale des villages , chantait du gosier en filant sa quenouille *, près d'elle un eniant à m^tié nu criait en battant des cochons qui grognaient , et sur la route , un muletier , en passant sur st& bétes à sonnettes , raclait les cordes d'une vieille guitare que vous nommerez , si vous le voiùez , un sistre , mais que vous ferez bien d'éloigner de l'épithète à^ harmonieuse.

Je n'ai encore vu m orangers, m myrtes...

cela viendra peut-être , mais jusqu'à présent les routes sont sablonneuses et sans ombrage. Il ne

CORRESPO^DAUGE. ^83

nous a pas pan^q1le les ruisseaiix que nous avons trouvés roulassent de For dans leurs flots ; aussi innocens ea cela que la poche du peuple dont ils arrosent la terre-^ ils nous ont paru d'une fraîcheur très-dangereuse pour le voyageur haletant de poussière et de chaleur. Je ne sais pas y à vous dire vrai , où mangent les cheçaliers aus panaches rouges et flottons ^ mais je vous assure qu'ils n'ont rien de bon à saçourer^ s'ils se contentent des repas d'auberge ; je ne sais pas non plus si le kerès fume^ mais je puis vous certifier que le vin que nous buvons est épais et noir, et qu'il sent le bouc à faire trembler. Quant aux danses , j'ai vu en Biscaye de grosses filles et de gros garçons qui , après plusieurs tours dans la poussière de la placé publique, se retournaient tous à la fois, et se heurtaient avec une brusquerie qui eut éloigné de leurs jeux; ce fou qui s'imaginait avoir un derrière de verre ; et je vous préviens que les figures grotesques de cette danse n'ont rien qui berce Vame dans le vague délicieux de ses rêveries. La jalausle des fenêtres n'a point de barreaux dorés, que je sache , et celle des tuteurs n'est pas autre que dans tous les pays du monde ; les femmes jusqu'à

a84 CORRESPONDANCE.

présent m'ont pain aussi libres qn'en France , et vous voyez qu'il n'y a pins rien à dire de ce côté. Depub hier à Madrid y je me suis déjà informé comment îe pourrais voir les cacbots de l'inquisition... On m'a ri au nez , et j'en suis bien âcbé pour M. Alonzo^ ou Lothario, car je ne sais pas le nom de votre héros , mais il sera obligé de se passer , dans son histoire , de cette contrariété, si vous mettez la scène de nos jours. D'après tout ce qu'on m'a dit , il &ut la placer avant 1 680 , car depuis cette époque , qui fut encore malheureusement attristée par un auto*-da-fé , l'inquisition n'existe plus que de nom en Espagne. Vous pouvez consulter à ce sujet l'ouvrage de M. de Laborde. Ce voyageur philosophe s'extasie sur la douceur de ce tribunal ( pages 22 , 23 et suivantes )y et le défend chaudement contre l'accusation d'avoir retardé l'essor des esprits en Espagne... puisque , dit-il , ie tenu de la renaissance des lettres dans ce pays a été celui de rétablissement de t inquisition. Je n'ai pas de meilleures nouvelles avons donner de vos moines blancs • J'ai vu, dans quelques couvens que j'ai visités, des vieillards simples et affables qui nous recevaient le mieux qu'ils pou-

vaient , qui paraissaient contens de leur position ^ malgré le délabrement de leurs demeures et de leurs habits. Ils n'étaient ni plus maigres, ni plus lents que les autres, et je ne crois pas qu'ils aient eu jamais l'envie dejfuîr^ à minuit ^ un poignard à la main , dans les détours des souterrains humides. Franchement vous ferez bien de chercher ailleurs vos inspirations pour vos romans! ce qui n'en est pas un , c'est le dévouement jamais lassé de ces religieux que le monde , à qui ils ont dit adieu , retrouve dans les épidémies, les disettes et les guerres , avec toute l'énergie que l'ame acquiert dans la retraite ; ce qui n'est pas un romafi, c'est que les subsides que l'état perçoit sur leurs biens lui rapportent beaucoup plus que les impôts qu'il toucherait, si ces biens étaient à de simples particuliers ; ce qui n'est pas un roman, c'est... c'^st l'admiration que je pio-r fesse pour votre talent romantique, en vous conseillant toutefois de laisser de côté Vinquisitior^ et les moines blancs.

J'ai l'honneur.. « etc. ,

' La lettre qui suit ne m'a pas été adressée. Je y^ trpuvée au ûtfi Français^ sjir une table dV-

carte... personne ne l'a rëclaniëe; j'en ai pris connaissance , et je lui donne place ici.

Rayonne, le lo jitîn iSsS.

Mon cher camarade ,

Nous autres militaires^ nous aimons à être bien montés, et je compte sur vous ponr me procurer, à mon arrivée ici , un cheval pour moi et un antre pour mon domestique. . . J'y veux mettre le prix , car, avant tout, il faut faire figpore au... Comment nommez-vous cette belle promenade de Madrid ? n'importe. J'aurai le tcms d'apprendre son nom , car j'espère bien y rester si long'tems que mes créanciers oublieront iout-àfait ma figure! c'est qu^ils ne plaisantaient pas. Le commerce des huiles ne va* plus , et sans la demande de cet honnête M. O... , qui m'a fait employer dans les vivres, je risquais fort d'aller faire une campagne aux environs du Jardin des Plantes. Je m'en moque à présent. Me voici , libre et allègre , comme l'mseau qui , de loin ,

regarde la cage qu'il a su éviter Qu'il me

tarde de voler sur le$ traces de notre digne chef! Mon voyage de Paris à Bayonne n'a ët^ qu'une

GOHRESPONDAKGE. 287

suite de plaisirs. Il n'y a rien tel que le mouvement pour nous ëgayer nous autres militaires. Ma redingote bleue, mes moustaches, car vous saurez que je les laisse pousser, mon sabre de houzard et mon bonnet de police m'ont procuré mille agrémens. Je n'étais rien moins, aux yeux des autres voyageurs, que M. le commandant, et ce titre m'a valu , auprès d'une petite marchande de modes... Je vous conterai cela. Avezvous déjà fait bien des conquêtes? On dit qu'elles sont toutes charmantes , et que Madrid , de ce côté, est un pays de Cocagne pour nous autres militaires. Adieu , mon cher ; je viens de faire charger un mulet de jambons, de pâtés , de vin et de chocolat... ce sont ^es provisions pour la route ; car on dit que l'on manque de tout dans les auberges... Qu'est-ce qui m'attke à Madrid , moi? l'espérance d'en rapporter la croix et une centame deiMlle francs, vo9à tout... c'est pei| de chose ; mais, encore une fois, je ne fais pas la campagne pour maigrir.

Votre ami. *

Legbas.

Je continue l'exploitation de ma boite anx lettres... Il n'y en a plus que deux.

288 ' COBRESPONDÀKCE.

, Paris, i«' juillet i8a3.

Monsieur et futur collaborateur ,

Je ne vous ai vu que deux ou trois fois à l'or- <ihestre du Vaudeville et au Café du Roi^ et vous ne vous rappellerez peut-être pas mon nom... Pucênlair,... un petit jeune homme en carrick blanc , avec des lunettes et un gros rouleau de papier sous le bras..< Y étes-vous? oui ; n'est-ce pas?

J'ai obtenu deux grands succès, depuis votre départ , sur le théâtre de M. Comte, et î'attends le moment d'entrer en répétition au théâtre de la rue de Chartres, pour un vaudeville que j'ai fait tout seul avec deux ou trois de mes amis. Comme un nommé Dufresny s'est avisé autrefois de traiter le même sujet, nous avons fait de notables changemens à la pièce , comme bien vous pensez : la tante est chez nous, un oncle ; nous avons rendu le valet bègue, et la scène que Dufresny a mise dans un salon nous l'avons placée dans un bosquet... Tout cela serait déjà suffisant pour dérouter nos doctes Aristarques ; mais comm^nous sommes consciencieux, nous avons résolu de changer nos per3omiages de pays , et

de les transporter de France en Espagne... cela donnera à notre ouvrage un air de circonstance qm la fera jouer plus yite, et qui nous permettra de mettre au milieu de nos scènes de grâce quelqpies refrains de vigueur qui ne manquent jamais leur effet. L'embarrassant , c'est qu'il est question dans la pièce du bal de VOpira^ et que nous tenons beaucoup à un couplet de facture sur tout ce que l'on y voit... Faites-moi donc le plaisir de m'écrire un mot à ce sujet , et de m'apprendre s'il y a à Madrid un bal d'Opëra. Nous avons aussi placé dans notre vaudeville un mauvais sujet... vous savez bien , un grand jeune homme qui j avec de petites moustaches, un habit noir, une décoration et un pantalon rouge , regarde fixement le parterre, et rit, avant lui, de ce qu'il va dire, que ce soit comique ou non... Fouvons-nous le laisser ainsi en le plaçant à Madrid ? Vous seriez bien aimable de nous envoyer quelques airs espagnols ; nous les ferons chanter à M'" G. et danser à W' C. Dites-moi , par la m£me-occasion, si l'on peut aller en un jour de Grenade à Madrid... C'est que, depuis hier, î*ai dans la tête l'idée d'un eonplet qui peut être

trèsHlrôle sur les Mauves les Maures bons

^/Mffi la fiie des Mautes quelque clu>se

eewiae cela... Vous voyez d.'ici la pointe ! si tous trouve?^ quelque pièce espa^Mle qu'on puisse arranger pour Tun de nos {béâtres, songez à moi ; î'irai trouver Dar... ou Tk.., et ce sera bien vite fait.

Je suis... etc.

FiÈC£Ni.Am.

Valdemauro, 4 ^^^^ i8a3.

Tin tin ,

Voilà CatiB !

Conmf dit la chanson , Monsieur, et c'est la mère Jean , cantinjère de la suite d'un rëgmient de cavalerie , qui met la plume à la main pour vo«s dire ce q«i suit. On n'engendre pas de mëlancolie chez nons \ c'est ce qui fait que la pi?ésente est pour finir comme elle a cimunencë , c'est-nànlire en vo^s parlant de cbansc^is. J'en entends de toutes les couleurs , voyez-vous , «t depuis les HeuMfds de Tdrkmonî jusqu'au T/n», la la , it n'y eu apas une de ce&giivou»es qw ne vienne, chaque ^ow^ frapper mon oreille... Je n'ai I pas dit cJ^Toueher^ parce qne l'vn boit qn^ugid «u

CORRESPOND A^NCë. 001

chante, et que je ne m'efFaronche pas de ce qui diminue mon petit tonneau d^eau-de-vie... Il faut bien se faire une raison , et ^ comme dit c't autre^ les paroles n'en pueni pas , surtout celles qui nous font gagner de l'argent. >

De tous ces refrains , )t ne veux vous parler que de ceux qu'on a amenés sur X^peau de bouc.,. C'est un beau sufet ; n'est-il pas vrai , Monsieur? et la reconnaissance de nos braves ne devait rien moins que quelques couplets à cette invention espagnole qui leur rend de si grands services en route. Je ne sais pas si vous les connaissez ; en • tout cas, les voilà comme un maréchal-des-logis me les a dictés.

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