‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etcChapitre 10 sur 53 · IMITATION LIBRE D'UNE VIEILLE ROMANCE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

IMITATION LIBRE D'UNE VIEILLE ROMANCE ESPAGNOLE

Nu ne puis and a Tellus. . . ...

Hor.

C'est l'heure des danses!

Saisissons du plaisir les heures passagères, Tandis que mon palais s'ouvre aux danses légères, M. Ancriot, Fiesque.

« Qui connaît les danses , les danses harmonieuses qui se prolongent le soir sous les voûtes

sonores de mon château de Murcie ? Venez

prendre vos places , car les danseurs n'attendent plus que le signal ! Debout , le corps droit , la tête en arrière , ils se mesurent des yeux comme deux fiers combattans dans l'arène ; c'est un combat qu'ils vont retracer dans leurs figures pas-

sionnées , c'est un doux combat de plaisir et de volupté , et le sourire qui erre sur les lèvres de la danseuse , et l'éclat qui brille dans ses yeux , n'annoncent point à celui qu'elle a choisi une victoire facile et prompte.

» Ils sont partis. Oh! qui peut décrire la danse des filles de l'Espagne1, qui rendra la variété des pas et des mouvemens , leur précision , leur mollesse , qui expriment si bien le caractère de la musique ! Voyez leurs yeux , leur visage : ils animent chaque attitude ; ils donnent à cette danse l'expression de tous les sentimens

qui agitent l'ame C'est le désir ; c'est la

crainte ; c'est toujours la volupté !

» Dites-moi si l'aspect de ces danses magiques vous fait partager cette joie passionnée , ce délire qui s'empare de moi quand les castagnettes , de leur roulement enivrant , guident leurs pas , et que Fœil enchanté , dans leurs mouvemens lents * tout à l'heure ; et maintenant plus animés , a reconnu l'abandon et l'emportement de l'amour! v

* Le fandango.

Le boléro.

» Amour! délire! volupté! belles filles, jeunes garçons ! laissez-moi me mêler à vos danses * ! que vos longs cheveux, avec leurs réseaux de pourpre , effleurent mon front en passant ! Inès , brune Inès! ta main... donne ta main qui tremblera dans la mienne ! Ne rougis pas , parce que les fleurs de l'arbuste de Grenade , en quittant ton corset , ont découvert ton sein... Rapide , tu fuis si légèrement au milieu de tes compagnes , que l'œil d'un amant ne pourra s'arrêter sur ses doux contours ! Tu souris , belle Eléonore ! une bouche connue a murmuré à ton oreille le nom de la colline où , demain soir , il sera doux de respirer près de toi l'odeur des amandiers ! souris , et garde dans ton cœur le souvenir du

rendez-vous ! Souris sans crainte moi seul j'ai

tout entendu : ta mère est si loin, et les castagnettes sont si bruyantes sous les doigts des danseurs transportés!

» Les castagnettes ! agitez les castagnettes ! frappez sur les tambours entourés de grelots ! et je n'entendrai peut-être pas la cloche qui me fait frissonner en sonnant l'heure qui suit minuit,.*

* Seguidillas à huit,

» A une heure , je t'attendrai ! disait-elle ; si tu m'oublies , si tu m'abandonnes , Lorenzo , c'est à une heure que je prierai Fange des fidèles amours de me venger ; c'est à une heure que je mourrai , en t'appelant ; Lorenzo , sous les rideaux de soie que ta main tremblante entr'ouvrait , quand à la lueur d'une lampe , trompant l'œil des duègnes sévères , et appuyant à peine ton pied sur le parquet criant des longues galeries j tu disais : « Me voilà ! » et que je me réveillais avec un doux frisson !

» Béatrix, pauvre Béatrix! qu'y faire? Dansons oh L dansez tous en agitant les castagnettes , car je ne veux plus entendre sonner ici l'heure qui suit minuit ! Jamais cloche ne l'annonça avec une si grande tristesse : c'est un coup... seul... isolé... affreux dans le silence des nuits , dont les vibrations s'étendent , croissent , meurent et renaissent pour se perdre comme le dernier adieu des agonisans ! Debout sur ma couche brûlante , je l'écoute , et souvent la noble dame qui me donna sa main et ce vieux château aux noires tourelles , éveillée à mes côtés par mes dents qui se choquent de terreur , a dit : « Lorenzo , qu'avez-vous ? »

» L'heure des morts est sonnée , n'est-ce pas ! n'est-ce pas que la cloche du beffroi , en sonnant l'heure des morts , ne s'est point entendue au milieu des trépignemens des danseurs et du bruit des castagnettes agitées...?

» S'il en était autrement , nous ne pourrions manquer de l'entendre , maintenant que le silence règne dans la salle des fêtes , que les jeunes filles , près de leurs mères , ramènent sur leurs épaules les mantes soyeuses , et essuient la sueur qui ôte à leurs cheveux humides les boucles arrondies qu'elles empruntèrent à l'art.

» C'est un moment d'une tristesse inconcevable , car la cire est épuisée dans les antiques candélabres -, et il n'en sort plus qu'une lumière pâle et douteuse qui touche à sa fin , qui s'élève, qui retombe , qui lutte avec effort contre les ténèbres qui descendent des voûtes silencieuses.

» Ils ne dansent plus... Muets , immobiles et couverts de leurs longs manteaux , ils se regardent ; ils attendent. La nuit n'est pas aussi avancée que je le croyais d'abord... Non , sans doute.,, un long frisson, comme celui qui précède la fièvre , a parcouru mes membres... 0 mon Dieu ! écoutez ! écoutez ! elle va sonner... Une heure !

» Je ne croyais pas qu'il (lût en venir... je ne sais pas qui ce peut être... c'en est un pourtant... Oh! n'est-ce pas, c'est un masque qui vient d'allonger sa tête par la porte entr'ouverte ! je ne sais quelle clarté bleue est tombée dans ce moment sur sa figure d'emprunt... Le voici encore !... le voici ! c'est un bizarre déguisement pour une fête . et c'est la première fois que je vois un domino de la couleur et de la forme d'un linceul... Vîtes-vous jamais des traits plus hâves , plus immobiles , et des yeux...,? Je croirais presque... Béatrix... non , «non , pè sont de vaines terreurs ; on se joue ici de ma crédulité , et je saurai bientôt »

Il s'élança à la poursuite de l'étrange figure... les bougies et les lampes avaient jeté leur dernière clarté. Il disparut dans les ténèbres , et se perdit sous les arceaux silencieux des galeries vastes , agrandies encore par une nuit profonde , épouvantable. Sans doute que , dans sa course nocturne , l'escalier du gothique manoir se présenta sous ses pieds égarés ; il roula sans doute le long de ses marches, car le lendemain on voyait du sang sur la dernière.

Le chant des prêtres et le gémissement de

LES DANSES. g3

ceux qui , la veille , agitaient les castagnettes bruyantes et les tambours des fêtes , seuls faisaient gémir alors les Toutes du vieux château de Murcie... Quanta Béatrix... elle avait appelé Lorenzo , la veille , à une heure , et pour la dernière fois.

q4 LES FEMMES A MADRID.

N° xi. — 3o août 1828.

Hœrent infixi pectere yultus.

Vir.G.

Leurs traits sont encore présens à ma me'moirc. PREMIÈRE LETTRE A MADAME E. DE T.

Y pensez -vous , Madame? Moi, vous parler de dames , de modes et de danses! Songez donc à ce que vous exigez, et, sérieusement, n'abusez-vous pas un peu du pouvoir que vous avez sur moi, et que je ne songe pas à vous reprocher? Peindre les femmes, et les femmes de Madrid! Ai-je, pour dignement remplir cette mission , les couleurs de l arc-en-ciel , la poudre des ailes du papillon , et toutes ces belles choses

que Diderot , vous le savez, veut voir sur la table ou dans l'encrier de qui prétend s'occuper de votre sexe ? Est-ce à un vieux soldat à vous parler de modes , et ne savez-vous pas qu'il sied mal de danser avec des éperons? Passe encore si vous aviez chargé de ces observations quelque jeune sous-lieutenant de hussards.... A la bonne heure , ces messieurs , usant des droits que donne la cavalerie légère ,

Pour vous servir, volant de belle en belle , Cherchant à beaucoup voir , afin d'observer mieux ,

Eussent pu d'un compte fidèle Satisfaire , en riant, votre esprit curieux. Ils eussent su pour vous, pandours judicieux, Pour les connaître à fond de'ranger les toilettes, Et pour e'tudier la danse du pays ,

Sans guitare et sans castagnettes, Faire danser.,... jusqu'aux maris!

Voilà qui eût été à merveille ; mais vous faites tomber votre choix sur un vieux dragon qui ne songe plus guère à tout ce que vous lui demandez. Comme pour moi, cependant, vos prières sont des ordres , je vais chercher mes yeux de vingt ans : c'est avec eux qu'il faut voir les femmes, quand on veut essayer de les peindre, et ne les a pas qui veut,

Auprès de vous je les avais,

Ces yeux qu'à présent je désire :

Pour avoir mal vu vos attraits ,

Je sentais trop bien leur empire.

Pour moi l'hiver , auprès de vous,

Soulevait ses voiles funèbres;

Vous étiez ce rayon si doux

Qui vient dissiper les ténèbres

Au vieux Titon, rajeuni par l'Amour,

Dans ce tems je croyais encore; La nuit revint qui me rendra le jour ?

Loin de vous, je n'ai plus d'aurore !

Et cependant l'Espagne, plus que tout autre pays , pourrait voir des prodiges de ce genre. Si vous étiez plus femme que vous n'êtes, je serais vraiment très-embarrassé d'émettre devant vous l'opinion que j'ai prise des belles de Madrid Elle est toute à leur avantage ; je n'ai

que des éloges à leur donner ; et des louangeurs , Mesdames, vous n'aimez, dit -on, que ceux à qui vous pouvez dire : « Merci! »

Silence ! la voici , la fille de l'Espagne ! Sous ce voile élégant, qui partout l'accompagne , Et qu'écarte , pour vous, l'éventail complaisant , Regardez , admirez , et peignez à présent ! Que de ses longs cheveux l'ébène s'arrondisse î Pour sa bouche riante, il faut que l'on ravisse

Au corail son éclat, aux perles leur blancheur î A ses jeunes attraits si vous rendez justice , Sur ce teint séduisant dans sa brune fraîcheur ,

Des roses du matin répandez la rougeur

Sous les cils abaissés de sa longue paupière , Croyez-moi, prudemment endormez son regard.' Essaya-t-on jamais de peindre la lumière ?

L éclair nous éblouit Son éclat éphémère

Se dérobe aux efforts de L'art!

Comparées avec les hommes , les femmes semblent ici faire une nation distincte. Tous les voyageurs ont fait cette remarque ; elle est de toute justesse. Je ne connais point de tournures plus voluptueuses, de mouvemens plus gracieux, de tailles plus séduisantes ! sous leurs longs voiles noirs , vous apercevez des bras d'une blancheur, d'une rondeur parfaites. Leurs pieds , si petits qu'à peine on les voit , les portent avec une légèreté infinie Vous les voyez.... elles ont disparu comme un rêve délicieux ; mais quand la rêverie ralentit leurs pas , il y a dans leur démarche une nonchalance qui a bien aussi ses charmes.

Vous connaissez , Madame , cette belle statue que la Grèce nous a laissée, cette Vénus qui , la tête tournée sur son épaule , cherche à savoir 1. 5

si elle est belle de tous les côtés; eh bien! on assure que le statuaire ne fit ce chef-d'œuvre qu'après avoir vu les bords du Bétis ,

A l'heure où , dépouillant la chaste draperie, Des orangers en fleurs bénissant le rideau, D'un pied blanc et craintif, les nymphes d'Ibérie Du bain voluptueux venaient essayer Feau.

L'Espagne a de tout teins été célèbre par la beauté des femmes , et c'est là qu'Hercule , je crois , mit fin à la plus belle de ses aventures :

Près de vingt beautés , ô merveille!

Dans une nuit il s'illustra

— Quand cela?.... — Mais ce fut la veille Qu'il écrivit : Nec plus ultrà.

Aussi les Maures , chassés d'Espagne , faisaientils tous les vendredis cette prière au prophète :

« O Mahomet ! que ton croissant revienne Sur les remparts par nous abandonnés !

Nous t'appelons! notre cause est la tienne ; Ramène-nous dans ces lieux fortunés !

Ils nous donnaient les biens que Dieu destine Au vrai croyant, dans son beau paradis :

Malaga, la boisson divine,

Toute l'Espagne des houris ! »

Je ne vous parlerai pas des qualités cachées

sous ces dehors séduisans. Vous savez, Madame, la justice que je rends à votre sexe : les femmes sont bonnes partout, et, franchement, je ne les crois paé meilleures ici qu'ailleurs.

Leurs passions sont vives , leur imagination est ardente , leur finesse , leur adresse admirables , et je ne m'étonne plus si , sur nos théâtres , la fraise et le manteau vont si bien aux tuteurs dupés et aux époux malheureux. Bien entendu que je parle des pièces qui nous retracent les mœurs du tems passé ; car , depuis qu'avec ces ajustemens surannés , les verroux , les grilles et les duègnes ont généralement disparu d'Espagne , ces accidens sont devenus tout aussi rares que chez nous. Vous souriez!.... croyez -vous qu'ils fussent moins communs quand une belle chantait derrière sa jalousie :

« En partant, il grondait encort -,

Mais à la fin il est parti....'.

Quand reviendra -t-il ? je l'ignore;

J'aime autant être seule ici.

Il a fermé ma jalousie ,

Près d'elle je voudrais m'asseoir ;

Il le défend J'ai grande envie

De l'ouvrir, car voici le soir.

LofC.

lOO LES FEMMES A MADRID.

» J'aperçois, dans son manteau sombre, L'inconnu qui, sous mon balcon, Doucement vient chanter dans l'ombre..... Où donc a— t -il appris mon nom?

Ecouter sa chanson jolie , Est-ce manquer à mon devoir?..

Il le défend J'ai grande envie

De murmurer un doux bonsoir,

» Que veut-il? Je crois qu'il demande La fleur qui pare mes cheveux ; Cette faveur n'est pas si grande , Et doit , dit-il, combler ses vœux !

De cette rose épanouie ,

Je puis bien disposer, je croi

II le défend J'ai grande envie

Tiens, bel étranger, c'est pour toi ! »

Et voilà , Madame , l'effet que produit la défense! Réfléchissez-y, en attendant ma seconde lettre , et ne vous fâchez plus quand je cherche à vous peindre ce que j'éprouve au souvenir de vos grâces et de votre esprit.

Défendez-moi de Pexprimer, Demain je le dirai bien plus souvent encore ; Vous m'avez défendu , je crois, de vous aimer,

Il le faut bien ; je vous adore !

IOI

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N° xii. — 5 septembre 1823.

Ton souvenir est roil Lebrun.

Qu'il me soit permis d'enregistrer ce nom dans mes souvenirs de Madrid , et de faire quitter un instant à mon lecteur la capitale de l'Espagne , pour le mener auprès du berceau de Henri IV! Il est Français , il me pardonnera cette excursion, qui rentre assez naturellement dans mon sujet, puisque c'est en venant à Madrid que j'ai vu Pau pour la première fois. Yoilà ce que j'écrivais le soir même de mon arrivée dans cette ville.

C'est le jour de Pâques. La cloche sonnait dans les villages des montagnes. Le Béarnais ,

avec sa burette et sa blouse blanche , s'acheminait vers l'église. Les femmes étaient aussi sur la route avec leurs capuleis doublés de rouge , et de jeunes enfans nous offraient , le long du chemin , les premières fleurs du printems. Après une étape de huit lieues, quand le soleil a échauffé la route , il est agréable d'apercevoir le clocher de la ville qui nous promet le repos. Aujourd'hui l'on voyait de loin de vieilles tourelles qui se dessinaient sur la blancheur des Pyrénées ; aujourd'hui nos trompettes ont sonné : vive Henri IF ! c'est à Pau que nous sommes entrés! Nous quittons Bordeaux, nous arrivons à Pau : la ville du Douze-Mars , la ville du bon Henri.... Y entre-saint-gris ! voilà trop d'émotions pour moi , pour moi , qu'on peut appeler un pèlerin blanc !

Les neiges commencent à fondre sur

les hautes montagnes , et le Gave coule au pied du parc avec une rapidité nouvelle et des murmures pleins de charmes. A gauche, voici le château avec ses tourelles , son balcon et ses magiques souvenirs ; à l'horizon , voici les Pyrénées. De la cavalerie défile sur le pont ; on entend les tambours et la musique d'un régiment

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qui part pour l'Espagne 77 n'est plus de

Pyrénées! Henri IV! Louis XIV! tout est beau, tout est grand \ tout est poétique dans ce paysage.

Le château est situé sur un tertre escarpé ; il est entouré , du côté de la ville ; de fossés larges et profonds. On arrive à un pont : une croix de mission est à gauche ; on voit devant soi la pointe d'une chapelle ruinée ; une tour démantelée et couverte de lierre domine une entrée sombre et voûtée. Quelques pas, et vous êtes dans la cour du château. C'est une enceinte oblongue entourée de bâtimens irréguliers ; la façade du fond est ornée de médaillons : ils contenaient les portraits en relief des rois et des reines de Navarre ; le tems et la révolution les ont détruits.

C'est un lieu d'un aspect sévère et triste. L'air y est froid ; la hauteur des murailles y laisse difficilement pénétrer les rayons du soleil ; l'oiseau de proie crie autour des créneaux détruits... On a blanchi les murs à l'extérieur ; mais ce sont toujours des ruines. On leur a enlevé , de gaieté de cœur , leur couleur vénérable , sans songer à leur donner une nouvelle solidité. Ce replâtrage masque traîtreusement les progrès de la destruc-

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tion J'ai vu bien d'autres monumens . traités

de cette étrange manière !

On a fait grâce de ce maladroit air de jeunesse à la grave tour en briques. Ce n'est plus la prison des malfaiteurs du pays ; c'est toujours cela de gagné. Au pied du grand escalier, dans une place beaucoup trop étroite et beaucoup trop obscure , s'élève une belle statue de Henri IV. La pose du héros est pleine de noblesse et de franchise , et l'expression de la figure , de toutes les statues du bon roi que je connais , est , sans contredit , la plus heureuse. Il sourit à tous ces braves qui viennent faire un pèlerinage aux lieux de sa naissance ; il est fier de voir ses enfans entourés de semblables soldats. Il a raison : ils sont tels qu'ils peuvent les présenter avec confiance à leurs amis et à leurs ennemis !

Allez visiter le château à midi , après l'inspection de séjour! Du fond des antiques bâtimens , vous entendrez les tambours qui s'approchent et la musique qui réveille ces vieux échos avec les airs qu'ils sont habitués à répéter. Le drapeau blanc passe sur le pont , et s'incline sous les voûtes de F entrée : ce sont les grenadiers et les voltigeurs d'un régiment français qui

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viennent rendre hommage à celui qui, comme eux , savait boire et battre!

Si vous voulez connaître de nobles émotions , si vous voulez sentir la puissance de ce nom , attendez que ces braves soient entrés en silence

dans la salle principale « Voici le berceau de

Henri IV! » et vous les verrez s'approcher

avec un murmure de plaisir et d'empressement ! et les mains , avec respect , se portent aux schakos ; et les armes s'agitent ; et les bras s'étendent vers le noble berceau Ils le bénissent

comme si le fils de Berri y dormait! Le vieux soldat s'attendrit : au feu du bivouac , de son tems , on parlait déjà de ce vert-galant qui mentait en nommant le plus brave de son armée. Le jeune soldat pleure , car son vieux père charma souvent le coin du feu de la ferme avec les récits de ce roi qui , en courant le cerf dans les grands bois de Rambouillet et de Fontainebleau , aimait tant à s'égarer pour trouver l'hospitalité de la chaumière.

C'est là qu'on répète le serment de fidélité à ses descendans. Plusieurs de ces sermens sont écrits et déposés dans l'écaillé de tortue qui fut le premier lit du bon roi. On y trouva, le 3i mars,

lob PAU.

après la visite que les gardes-du-corps ont aussi faite au berceau , cette pièce de vers que j'ai retenue :

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