‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etcChapitre 12 sur 53 · PAU. III · texte numérisé non relu

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maintenant ils vous arrivent tristes et décolorés , parce que ce qui vous frappe d'abord , c'est la désolation de ces lieux , et qu'avant de s'attendrir , on s'afflige du peu d'empressement qu'on met à les réparer.

7 avril. Le chaume de la maison où il fut nourri couvre plus de traditions et de traces de son enfance que les ardoises du château de ses pères. Cela devait être ainsi d'un roi qui laissa de si touchans souvenirs dans la chaumière du laboureur. Jeanne de Fourcade , femme de Lassensaa , du village de Billières , fut sa nourrice. * C'est à elle , peut-être , que l'on doit Henri IV. Sept ou huit femmes avaient déjà renoncé au dangereux honneur de le nourrir. Le vert-galant était venu au monde avec des dents , et l'on nous a conté , dans cette maison , la correction que la femme de Billières employa , du consentement de la jeune mère , pour l'empêcher de se servir de cette précocité.

On vous montre la grande cheminée près de laquelle on berçait l'enfant ; à la porte ; on voit encore le banc de pierre où Jeanne s'asseyait

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quand elle venait voir son fils. On chantait en haut l'air du bon roi. Nous avons franchi l'escalier aux degrés chancelans et vermoulus : ce sont des cuirassiers qui sont logés dans cette maison. Leurs cuirasses et leurs sabres sont suspendus en trophées le long des murs de la chambre rustique ; si son ombre chérie visite quelquefois

ces lieux vive Dieu! ce sont des hôtes! voici

des ornemens qui ne la feront point rougir !

18 avril. J'écris aujourd'hui mon journal à

trois lieues de Pau, à Coaraze c'est là qu'il

fut élevé par Suzanne de Bourbon Busset , sa gouvernante. Nous avons vu ce qu'il reste du manoir. C'est une tour dont le tems , l'oubli des hommes et les orages communs dans ces montagnes , hâtent la destruction. Derrière le château , de construction moderne , il y a un bois de vieux châtaigniers. C'est aux pieds de l'un de ces arbres qui, peut-être, ont vu les jeux du Béarnais , que j'écris ces lignes. Le Gave coule encore à nos pieds ; un pont pittoresque traverse son cours irrégulier ; les lilas sont fleuris , et les Pyrénées , toutes nuageuses , se montrent dans

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le fond comme à travers une gaze. Leur cime est perdue dans les vapeurs du ciel ; car c'est un de ces premiers jours de printems , doux et aimables malgré leur peu de clarté. Oïl aperçoit seulement dans ces masses , d'une forme vague et indécise , quelques lignes blanches qui serpentent comme la foudre : c'est le sentier que le pâtre suit à la renaissance des beaux jours ; c'est la voie qui conduit le pèlerin aux chapelles du Betharam.

C'est là , dit la chronique ; qu'il exerçait ses forces naissantes. Ce jour-là , des enfans gravissaient le rocher en poussant des cris de joie. Nous désirions en apercevoir un à leur tête , déjà grand, aux yeux bleus, à la taille élancée , à la jaquette grise ; nous eussions cru voir celui qui , dans ses retraites agrestes , s'étudiait déjà à dire : « Vous êtes Français , et voilà les ennemis ! »

Nous sommes partis (i5 avril). Nous serons à Vittoria le 6 de mai. La première lieue, en quittant Pau , a été triste. L'habitude de la vie changeante et agitée se perd aisément. Le mili-

taire ne quitte point les lieux qui le retinrent quelque tems , sans s'étonner de ce goût qu'il prenait au repos , et sans s'indigner du soupir qu'il donne à cette existence uniforme qu'il va voir remplacée par le mouvement des camps. Nous emportions tous de Pau quelques souvenirs agréables , et les souvenirs agréables d'abord sont toujours des regrets. Nous parlions de la fraîcheur des sites de ce beau pays , de l'affabilité de ses habitans , si dignes de nommer Henri leur compatriote. Tous se promettaient

d'en garder une durable mémoire Et moi ,

moi j'y reviendrai, j'en ai fait le serment. Je visiterai ces Pyrénées dont j'ai pu seulement saluer les cimes augustes ! Heureux de porter mes pas libres où les appelleront les beaux-arts et la nature , je viendrai demander à ces riches paysages des souvenirs et de nouvelles émotions. Je commencerai mon pèlerinage par revoir le berceau du bon roi. Le parc de son manoir aura bien encore , à la renaissance des beaux jours , sa fraîcheur et ses rossignols ; il y aura bien encore ; le long de la rivière , l'églantier des rochers avec

ses fleurs qui pendent sur les flots Mais la

reverrai-je encore et si jeune et si belle , aux ris

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