RUE CHRISTINE , N
MADRID
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No jer — 23 février 1823.
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ce n'est plu? îe me me visage, c'esi ta même couleur.
On fait triste Figure sur la scène quand on n'a ni rouge ni mouches. Il faut de la charge dans le costume , de l'exagération dans les gestes . du renforcement dans la voix pour attirer l'attention du parterre. La nature n'est bonne qu'à nous faire siffler. Il faut être original avant tout ! Soyez-le de costume ou de nom , si vous ne pouvez l'être autrement, mais soyez original.
L'originalité ! tout le monde la cherche , depuis
2 LE VIEUX DBAGOIS.
le petit-maître qui ne trouve que le ridicule, jusqu'à cette dame qui la rencontrera en restant fidèle à son mari; tout le monde la veut, depuis Fauteur romantique , qui ne saisit que le bizarre et l'absurde, jusqu'à cette excellence qui, depuis long-tems , aurait pu dire : « Je la tiens... , » s'il avait tâché d'imiter Sully.
Soyez original! c'est aujourd'hui la condition sine quâ non pour réussir. Les ennemis me trouveront à visage découvert s'ils viennent; il en sera autrement pour mes lecteurs intimes. Je pars pour l'Espagne, et c'est sous une figure d'emprunt que je leur rendrai compte de ce que je verrai à Madrid. Rien de frappant , de pittoresque, iï original, en un mot, dans un habu bleu tout uni, orné d'une épaulette à gauche, sur le dos d'un grand jeune homme qui s'est fait observateur par désœuvrement , et qui emploie à peindre ce qu'il a vu le tems que lui laisse son service sur une terre étrangère..... Il passerait devant vous , vous y feriez à peine attention ; mais vous vous retourneriez peut-être pour un uniforme de gros drap vert , à la manche échelonnée de chevrons, à la poitrine étoilée d'une décoration qui se gagna à Friedland ou à Chof-
let ! Vous regarderiez de loin cette peau tigrée , cette crinière que plus d une fois le vent du boulet a hérissée, ce casque qui brillait au feu de la redoute de la Moskowa , et ce plumet blanc qu'on porte aussi bravement que celui qui
montrait le sien à Ivry Voilà ce qui attirerait
vos regards , et voilà justement l'habit sous lequel je me présente J'ai quelque droit de le
porter : un officier est toujours soldat , et l'on peut s'honorer de ces épaulettes de laine qui remplacent avec honneur les épaulettes des princes. N'ai-je pas bien choisi mon costume? Ne vaut- il pas le froc tant soit peu usé de ce bon hermite qui disait jadis avec tant d'esprit et de raison : « Il y a des gens qui ne quittent un bon mot qu'après en avoir fait une sottise ! »
C'est toujours sous un masque, depuis Addison , qui le premier, en Angleterre, essaya ce genre d'ouvrage, que Ton a observé et cherché à peindre les mœurs d'une ville, d'un pays. C'est une suite de petits tableaux de genre ; et comme la figure du peintre doit nécessairement garnir l'un des coins, l'on a cherché à lui donner une attitude, un extérieur qui les rende, s'il se peut, plus piquans, D'ailleurs, le je et le moi , qui re-
viennent souvent dans un livre semblable , sont ennuyeux à prononcer à visage découvert; avec le déguisement d'obligation , vous n'êtes pas plus embarrassé qu'un acteur qui entame son monologue long ou court , bon ou mauvais. Sous le nez postiche et sous les moustaches d'emprunt , vous trouvez même une aisance , des saillies , une liberté que vous n'auriez pas autrement. Votre lecteur lui-même s'amuse ou s'in quiète de ce déguisement. Il cherche à savoir si vous ne riez pas quand vous tournez votre masque du côté triste ; il s'amuse à vous voir quand , de mauvaise grâce , vous essayez de le
faire sourire
Quoi qu'il arrive , me voici en scène. J'ai la soixantaine ; la nouvelle de la guerre m'a ôté dix ans ; je ne connais de goutte que celle de la cantine ; des moustaches rudes et grises , avec un mouvement de mauvaise humeur , se remuent sur ma lèvre supérieure quand j'entends parler des ennemis de la France , ou s'abaissent complaisamment sur l'embouchure d'une pipe dont la fumée se mêla à la fumée du canon d'Austerlitz et de Lutzen ; une balafre sillonne ma joue et assure l'effet que doit produire un petit
bout de ruban rouge qui s'échappe de Tune de mes boutonnières. J'ai à la bouche les noms de vingt batailles que j'ai vues , et dans le cœur l'espérance de cent victoires à remporter en criant : Vive le roi! Bref, j'ai tout prêts un refrain pour
le célébrer, un sabre pour le servir Je bois,
je chante, je vais me battre pour la France... Je suis le vieux dragon»
Savez -vous que j'ai bien fait de m'engager pour dix ans de plus sur le berceau de notre enfant à tous? Pauvre petit! que n'est-il là , dans le sac de l'un de nos vieux grenadiers...! il crierait déjà : En avant!
« En avant! » les entendez-vous? En relevant sa moustache , Y ancien conte au conscrit qui se coiffe de travers, ou chausse ses guêtres, le
nombre de lieues qui sépare Paris de Madrid
L'espérance et la gloire sauront le diminuer.
Voir la mer en tems calme, ce n'est rien. Il faut l'annonce d'une tempête , et la tempête ellemême, pour lui donner toute sa beauté. Pour bien observer une caserne , le moment qu'il faut choisir , c'est quand la guerre s'approche , et quand le soldat se réveille et tressaille en croyant entendre le roulement du départ,
Ventre -saint -gris! mes camarades, j'ai vu le portrait de Henri IV dans bien des salons , dans bien des chaumières! Cette figure-là a le pouvoir d'égayer le pauvre et le riche ; elle nous
appartient à tous ; elle est bien partout Mais
qu'elle produit un bel effet au milieu de nos armes , sous nos drapeaux , et sur les murs de la caserne! Il buvait comme nous, nous aimons comme lai 1 II se battait aussi bien qu'un grognard de la garde! C'était le brave des braves !
Il couchait sur des drapeaux espagnols Vive
Dieu! c'est un honneur que porter cette effigie-là sur sa poitrine ! Nous l'avons déjà dans notre coeur : qu'elle soit aussi dessus! On ne peut trop la multiplier. En avant! votre croix est sur la route de Madrid.
C'est un prince de son sang que vous allez
délivrer et défendre De son sang ! Dieu !
sauve les descendans de Henri IV! et que l'enfer reprenne les héritiers du couteau de Ravaillac !.... Vous allez partir! la tranquillité des peuples et le salut des rois devaient sortir de la caserne!
Et moi aussi, je vais partir! Que de pays je vais voir! César a la jambe et le pied sûrs. J'ai, dans un petit sac pendu à la selle de César, un
vieil encrier, une plume et quelques morceaux de papier. Le soir, dans son logis, quand les armes nettoyées brillent auprès du foyer; quand le compagnon de route, dans l'écurie , tire à lui le foin que les fatigues de l'étape ont bien mérité , l'on note les observations du jour. Aujourd'hui l'on peint la ville que le matin on a quittée. Ce matin, on mentionne la ferme et le village où le soir on a trouvé l'asile désiré. Qui peut mieux remarquer les mœurs d'un pays que le soldat qui le parcourt? Il s'assied auprès du
feu avec ses hôtes il est de suite initié à leurs
usages. Tandis que les enfans s'effraient de la pesanteur de vos armes , et qu'une mère file en vous regardant quelquefois, parce que son fils est parti comme vous, et n'est pas revenu, un vieil invalide vous raconte ses anciennes campagnes , ou de jeunes filles vous demandent si les fiancées de votre patrie couronnent aussi leurs fronts avec les fleurs de l'oranger. Là, vous apprenez quelque belle histoire du pays que vous traversez ; ici , convive d'une heure , vous assistez à des noces passagères-, plus loin, vous essayez des mots de consolation ; car ceux qui vous reçoivent pleurent, et c'est, dans l'affliction,
une douceur de voir que Ton compatit à nos peines.
Je voyagerai, je verrai, j'écrirai Ainsi que
Ta dit mon ami Yorik : Chaque jour sera une page de plus dans mon livre.... Je le ferme aujourd'hui , et je ne l'ouvrirai qu'en face de Madrid»
LE BIVOUAC DEVANT MADRID
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N° il. — 23 mai 1823.
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LE BIVOUAC DEVANT MADRID
In campû scnpia.
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Voilà qui a été écrit au bivouac.
C'est aujourd'hui le 20 mai. Nous sommes au bivouac au Pardo. Demain, nous serons à Madrid.
Tandis que la marmite de l'escouade s'échauffe au coin d'un mur en ruines , et qu'on laisse au vent le soin de tourner le souper des voyageurs , on n'a rien de mieux à faire que de confier à ses tablettes ce que l'on a vu, ce que l'on a éprouvé sur la route.
Nous n'avons feit que passer à Burgos. O.hl
IO LE BIVOUAC DEVANT MADRID
suit une espèce de quai garni à droite d'habitations assez belles. Il y a un monument , au milieu , à la gloire du Cid , son tombeau, je crois. La garde royale était à la porte d'une belle maison, en face. Nos regards se tournaient vers
le balcon Nous avons tous reconnu la plume
blanche de ce chapeau.
La vue de l'un de nos princes , entouré , comme en France , de l'amour et du respect d'un peuple délivré, l'aspect d'un Bourbon suivi d'une armée toute française , dont on ne se lasse pas d'admirer l'ardeur et la discipline , font battre le cœur d'orgueil et de plaisir. On oublie alors les fatigues et les désagranens du bivouac.
Les nuits sont fraîches : on se couvre de son manteau sur la chabraque de sa monture. De la paille , on n'en a guère ; le feu s'éteint à vos
pieds , on s'endort Un rêve vous porte au
pays de France , et vous rend aux entretiens de vos amis, aux caresses de vos vieux parens. Un cheval qui s'est détaché , ou qui frappe la terre en hennissant , vous réveille. On lève les yeux... Ce sont les étoiles qui brillent sur votre tête; c'est l'horizon qui se rougit.* La diane s'entend
LË BIVOUAC DEVANT MADRID. Il
dans le lointain ; on dit à vos côtés : « Nous allons aujourd'hui à Torquemada ou à Ségovie. » Les illusions de la nuit s'enfuient. On est sur la terre étrangère. Partons bien vite , pour revenir plus tôt.
Nous voyageons ainsi qu'en France. On crie viva Francia y Hispania! sur notre passage. Les cloches des églises et des couvens sonnent dans toutes les villes que nous traversons.
On n'a jamais reproché , que je sache , aux Espagnols d'oublier facilement le mal qu'on leur a fait. L'inaction qu'ils aiment , et la taciturnité qu'ils gardent, prouvent qu'ils vivent en euxmêmes. Ils prennent le tems de calculer leurs haines et leurs affections ; et les unes et les autres sont servies par un caractère inflexible et par un courage inébranlable. La dernière guerre leur a donné quelques raisons de ne pas aimer les Français ; ils laissent leurs maisons en ruines , peut-être pour entretenir cette juste haine. Pourquoi donc sur ces ruines avons-nous entendu partout des cris de joie à l'aspect de nos escadrons? Pourquoi? Parce que le service que nous leur rendons , en servant leur roi et en détruisant la révolution, leur fait oublier nos premiers torts.-.
12 LE BIVOUAC DEVANT MADRID
Que le sacrifice de leur haine nous fasse juger de leur amour pour leurs vieilles institutions !
Nous n'avons pas été sans rencontrer plus d'une fois , sur la route , des officiers et des soldats de la foi. Ils assurent notre passage. Ce sont vraiment des héros à la Walter Scott. Ils cheminent sur de petits chevaux faits aux montagnes. Les pistolets et la carabine sont à leur ceinture et à l'arçon de la selle. La nuit arrive : le feu s'allume à l'abri du rocher; ils veillent en chantant l'air de la patrie.
La parure des royalistes est un ruban sur lequel est imprimée cette devise : Mourir pour le roi et la religion est ma loi. Ils entourent leur chapeau de cette parure... On en voit partout.
Nous avons déjà remarqué l'influence qu'exercent sur ce peuple les prêtres et les ordres religieux. Mais ce peuple veut cette influence ; ce pouvoir est l'expression de sa volonté Pourquoi lui refuseriez-vous le privilège que vous accordez libéralement aux autres?
Vous allez crier à l'industrie . au commerce , à l'agriculture , à la population! Mais, dans vos plans de réforme, avez-vous étudié l'influence du climat et des lieux? avez-vous ressenti cette
LE BIVOUAC DEVANT MADRID. l3 chaleur accablante qui rend les travaux de la campagne impossibles ? Comment et pourquoi travaillerait -il, ce peuple? Connaissez -vous sa sobriété étonnante? D'ailleurs, il avait de l'or , autrefois, sans être forcé de renoncer à cette paresse de nécessité. Il a perdu les possessions qui le lui fournissaient , et je sais qu'il faudra attendre, pour tenter des réformes , qu'il plaise à l'Europe d'embrasser et de défendre le parti de la légitimité dans toutes ses conséquences, et partout où l'on chercherait à la mettre en danger. Quand ce moment viendra, et l'Angleterre ne le retardera peut-être pas autant qu'elle l'espère; quand le pouvoir légitime , libre de toute nouvelle institution, qui jamais ne serait nationale en Espagne, et sorti d'embarras par le grand secours de ses possessions d'outre- mer , qu'on ne peut lui refuser, si l'on veut qu'il existe, indiquera à ce peuple infortuné et généreux une route où se développeront ses forces endormies , alors la population pourra s'accroître , sans danger de famine et de misère, de ces hommes qui attendent dans les cloîtres , et qui en sortiront sans regret ;
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car aucun sacrifice n'est impossible aux Espagnols , demandé par leur roi investi, pour leur bonheur , de toute la plénitude de son pouvoir.
Criez au fanatisme ! il est indestructible en Espagne. Il n'y a point de modération sous ce ciel de feu. A la place du fanatisme religieux , aimeriez-vous mieux la rage révolutionnaire? Le -changement est éloigné, grâces au ciel! J'ai dans ma poche un morceau de pierre de la constitution que j'ai vu briser aux cris de joie de tout un peuple en délire ; et , dans chaque village , la croix , victorieuse de l'antique croissant et du moderne bonnet , s'élève , entourée d'hommages et de vœux unanimes.
Grand Dieu! et que serait cette terre sans la religion ? Enlevez-lui ses temples et ses monastères où seront les souvenirs de ce peuple ?
où seront ses consolations, ses espérances? où sera le guide de son caractère sombre? où sera le frein de ses passions exaltées? quel aliment donnerez-vous à ses idées contemplatives? qui lui rendra la fraîcheur de ces sanctuaires où il aime à s'égarer , l'obscurité de ces voûtes qui favorisent son recueillement, cette pompe, cette
LE BIVOUAC DEVANT MADRID. l5
musique qui le transportent dans un monde si différent de celui qu'il habite!
La religion et la royauté se tiennent par la main. L'Espagnol est royaliste par cela seul qu'il est religieux , et il est religieux et royaliste parce qu'il tient avant toutes choses à son indépendance Qui a chassé les Maures et Buona-
parte? Demandez -le! il vous répondra en montrant le trappiste et le capucin dans les rangs de ses nouveaux libérateurs.
Ce peuple , qui semble s'être endormi sur d'anciens trophées , et qui ne se réveille que quand on touche à l'autel ou au trône , les premiers boulevarts de sa liberté , a vu à découvert celle qu'on lui tenait prête sous cette pourpre démocratique. Ce n'est plus à un seul qu'il eût obéi. La révolution était dans les comptoirs. Chaque ville lui eût été pépinière de despotes. Le moindre grimaud , lecteur de Dupuy , de Volney ou du Citateur , se fût cru en droit de charger le joug ou d'embellir les entraves. C'était une belle égalité qui les mettait tout bonnement au dessus des autres; c'était une liberté à l'instar de celle du bon tems de France § qui li~
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vrait toute une nafion , pieds et poings liés , à la disposition d'une centaine d'ambitieux et de déelamateurs déhontés.
On ne se figure point les alentours de Madrid. Quand on est sur la plus haute des montagnes de la Guadarama ; quand , au pied du lion de Ferdinand , on jette la vue sur le vaste pays étendu sous vos pieds , on aperçoit, dans les vagues couleurs du lointain, une masse blanchâtre Ce sont des bâtimens, c'est une ville,
c'est Madrid , c'est le palais du roi qui vous apparaissent de si loin. Il y a encore deux jours de marche. Vous descendez : c'est un désert continuel qui se déroule devant vous. Les bruyères bordent la route ; d'énormes lézards glissent et disparaissent entre les pierres des rochers , et les insectes bourdonnent autour des fleurs jaunes des genêts, sur des landes d'un aspect fatigant. Parfois un village , sans verdure , élève les pointes de ses bâtimens en ruines. Croirait-on que l'on s'approche d'une capitale ? On chemine , et les masses confuses se dessinent. On reconnaît des monumens ; voici les dômes , les tours , les portiques ; mais c'est toujours la même
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absence de vie, c'est toujours cette immobilité , ce silence qui rendent les paysages d'Espagne si ennuyeux! Où sont ces routes de France, ces routes qui mènent à nos grandes villes ; la voiture de roulage qui s'avance lourdement avec son chien de garde, et l'espoir du gain qui suit l'industrie et le commerce ; la diligence qui roule, apportant bien des projets, emportant bien des espérances ; le char du riche , qui vole et troque , en s'éloignant avec fracas , l'ennui de la
ville pour celui des champs?
La soirée est délicieuse. Nous avons retrouvé de l'ombrage ; et les eaux du Mançanarès , en coulant parmi les bosquets du Pardo, reflètent les feux des bivouacs. Il y a trente mille hommes campés sur ces rives. La musique des régimens joue sous les fenêtres du château , et voilà des grenadiers et des voltigeurs qui dansent en rond autour du foyer pétillant. On applaudit ; d'autres répètent en chœur F air et les paroles de cette musique que l'on entend dans le lointain. Qui ne les sait pas?..».. C'est : Vive le roi! vive la France !
18 l'entrée ïtes français
N° ni. — 24 mai 1828.
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Le peuple qui partout fait sonner ses louanges . Le nomme de sa joie et l'ubje! et l'auteur, Son ange luîélaire el son libérateur.
Cornrille
*< Hier fut aussi un bien triste jour, Maria. As-tu entendu comme le canon faisait trembler le plomb de nos vitres étroites? Je me suis mis
à la fenêtre c'est sur le peuple qu'ils tiraient.
Des hommes couraient en parlant de vengeance ; car ils disaient qu'on avait tué leurs femmes ; des femmes éplorées fuyaient en emportant dans leurs bras leurs enfans tout sanglans.
« — Oui, les enfans les enfans aussi,
dit-elle. Rien n'est à l'abri de leurs coups Ils
ont raison, ajouta-t-elle ; ces enfans seraient des
A MADRID. ijj
Espagnols un jour ; ils grandiraient avec la haine des oppresseurs de notre patrie et de notre sainte
religion : ils les tuent Ce sont des ennemis
qu'ils s'épargnent. »
Jeronimo sourit.
« Avant que leurs bras soient en état de soutenir une épée , los negros , Maria , auront rendu compte à Dieu de leurs méchantes actions. Tout s'arme pour les détruire. Ce chef intrépide qui, malgré nos oppresseurs , n'a point quitté les environs de Madrid, s'est avancé hier jusqu'à la porte d'Alcala On parle d'alliés redoutables
» — Les Français! dit Maria.
» — Les Français ! »
L'Espagnol fronça le sourcil , et regarda une vieille épée suspendue à son chevet. Il baissa la tête.
« Qu'ils viennent! qu'ils viennent! leur Dieu est notre Dieu! Ils ont retrouvé leur roi ; qu'ils nous rendent Ferdinand , et je les nommerai des libérateurs, des vengeurs!!! »
Le vieillard s'était approché du lit. Il décrocha l'épée et souffla la poussière qui couvrait sa poignée.
20 l'entrée des français
« Elle était plus brillante que cela, dit-il , quand, à Vittoria.,...
» — Elle fut vaillamment tirée contre ceux qui , alors , étaient les ennemis du roi et de l'Espagne î Mais,. où sont-ils aujourd'hui, ces ennemis? Jeronimo, je voudrais voir là, à ton chevet, l'épée
» — L'épée de mon fils? dit le vieillard.
» — Pauvre Antonio ! murmura la pauvre mère.
» — Ils l'auront arrachée de ses mains défaillantes ; ils l'auront brisée! C'est un aspect odieux pour des traîtres , l'épée d'un brave soldat tirée pour défendre son maître! Les miliciens n'ont jamais pardonné au sabre d'un garde du roi : tout est là , le reproche et la punition de leur félonie!
» — Et ce sont ceux-là qu'il faut maudire , qu'il faut détester , dit Maria , et non ceux qui viendraient
» — Antonio nous sera rendu , dit le vieillard en l'interrompant à son tour. Ses fers auront été brisés par celui-là qui combat , le fouet et le crucifix à la main.
» Antonio! pauvre Antonio! je n'espère plus
A MADRID. 21
le bénir! Hier, l'un des cierges qui brûlent devant la sainte protectrice de notre famille s'est éteint quand je priais pour Antonio , mon pauvre Antonio! Et il y a le soir , quand je m'endors , le son d'une guitare sous nos fenêtres qui joue si tristement les airs qu'il préférait , que je répète , en m'endormant : « Je ne pourrai plus bénir Antonio , mon pauvre Antonio ! »
Elle pleurait.
« Ecoute , Maria , dit tout à coup le vieillard ; certainement voici quelque chose de nouveau! Les cloches sonnent comme aux jours de nos fêtes, et la foule..... Entends-tu ces cris?
» — Vive le roi! Jéronimo , regarde! oh! regarde ! on crie vive le roi dans la rue .
» — O ma femme , ma femme! c'est tout le peuple qui se précipite! Ce sont des femmes aux
fenêtres qui agitent des draperies blanches!
Ces tambours! cette musique! ces soldats!
» — Ce sont les Français!
» — Oui, ce sont les Français! dit le vieillard en quittant sa croisée.
» — Regarde, Jéronimo! n'ont-ils pas le drapeau blanc? »
On criait dans ce moment : Vive le duc d" An-