‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 29 sur 79 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Nous ont tenu lieu d'entretien; Mais si, pour finir mon martire, Un jour elle me traittoit bien, Nous n'aurions plus rien à nous dire.

Cleonice m'ayme; elle est belle; Elle m'a conjuré de faire un tour chez elle;

Mon Iris ne le peut sçavoir.

Je ne puis toutefois me résoudre à la voir : Un véritable amant est fidèle et sincère; Il se rend scrupuleux, il a peur de déplaire, Et de sa chère passion Se fait une religion.

Clarice paroist en ces lieux :

Cachez-vous ou fermez les yeux,

Vous tous qui de l'amour ne suivez point les traces Personne n'est en sûreté Quand on voit arriver les Grâces A la suite de la Beauté.

Deviendray-je coquette?

Dis-moy ton sentiment.

Je suis assez bien faite Pour avoir un amant :

J'en auray sûrement.

De la beauté d'Iris voy le portrait fidèle : Elle eut une ame digne d'elle, Un cœur tendre, un esprit charmant.

Tu peux juger de mon martire :

Elle mourut, j'estois amant; C'est tout ce que je te puis dire.

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