‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 28 sur 79 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Apres deux mois d'absence enfin je vous revois,

Et le plaisir que j'en reçois Efface de mes maux la mémoire importune. Mais dittes-moy, Philis, de vostre heureux retour

Rendray-je grâce à la Fortune?

N'en diray-je rien à l'Amour?

A cause que Philis a l'ame délicate, Et qu'ayant engagé mille amans sous ses lois, De pas un jusqu^icy la belle n'a fait choix, On la traitte partout de légère et d'ingrate. Quelque autre de ce bruit auroit pu s'allarmei ;

Mais j'ay résolu de l'aimer, Et rien n'en sçauroit plus arrester l'entreprise. Ce n'est pas qu'en son cœur j'espère quelque part Mais ne vaut-il pas mieux s'exposer au hazard

Que de trouver la place prise?

Belise, je ne sçais si mon rival vous ayme, Ny s'il est bien auprès de vous; Mais je sçais que je suis jaloux, Et que mon amour est extrême.

Si vous le préférez, tant pis ; Mais, sans amuser le tapis,

Sauvez-moy le chagrin d'une poursuite vaine Tout malheureux, tout négligé, Encore vaux-je bien la peine Que vous me donniez mon congé.

Cloris est sotte autant que belle; J'en suis toutefois amoureux, Et, si j'estois bien avec elle, Je n'en serois pas plus heureux.

Jusqu'icy toutes mes poursuites, Ses rebufades et ses fuites,

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