LIVRE SECOND
A-t-il beaucoup d'esprit? seroit-il fort discret? Ou quelque mérite secret Vous le rend-il recommandable?
Ce choix, quoy qu'il en soit, vous est peu glorieux, Et, s'il est en amour quelque erreur pardonnable, C'est que l'on fust au moins séduite par les yeux.
En amour c'est tout que de plaire;
Et la fortune d'un amant Par les soins assidus et par l'empressement
Le plus souvent n'avance guère.
A peine ay-je donné des preuves de ma foy
Qu'Iris, se déclarant pour moy, Est preste à recevoir une amitié nouvelle ;
Et mon rival, pour tout appuy,
N'a plus auprès de cette belle Qu'un reste d'habitude, et des sermens pour luy.
Eh quoy! Philis, sans vous déplaire Je puis dés aujourd'huy me nommer vôtre amant. Et vous raconter mon tourment Sans m'attirer vôstre colère?
Mon bon heur de bien loin surpasse mes désirs; Ce qu'un siècle de soins, de peines, de soupirs, Eût espéré de grâce et de reconnoissance, Vous me l'accordez en un jour :
Donner promptement en amour, C'est une double recompense.
Eloigné de vos yeux, mon ange, Sçavez-vous bien ce que je fais?
Force vers à vostre louange,
Des desseins de vous plaire, et d'amoureux projets ;
Aux échos d'alentour je dis de vos nouvelles;
Que vous passez par tout pour la belle des belles;