LIVRE TROISIEME J
Vous voulustes me rappeller Avec leur douceur ordinaire; Mais, bien loin de me consoler, Ce ne fut que renouveller Le crime qu'ils venoient de faire.
Pour satisfaire à mon amour, Qui depuis me rend misérable, Je ne m'occupe tout le jour Qu'à rechercher quelque détour Pour ne vous trouver point coupable.
STANCES
Ces deux sœurs, d'egalle beauté, De tous les cœurs ont fait partage.
Je garde seul ma liberté Parmi ce public esclavage.
Tout ce qu'on voit de précieux En leurs personnes se rassamble.
Ce qui m'a sauvé de leurs yeux, C'est qu'elles sont toujours ensemble.
Ainsi mon esprit, suspendu, Ne se déclare pour aucune; Mais j'estois un homme perdu Si je n'en eusse connu qu'une.
Douter que je vous puisse aymer, C'est vouloir m'accabler par de nouveaux supplices. Je veux bien que le temps, mes soins et mes services
Aydent à vous le confirmer;
Mais qu'il vous paroisse incroyable,
A vous, ô beauté trop aymable!
Que jamais dans vos fers je puisse estre arresté!
S'il en faut croire l'apparence,
Iris, cette incrédulité Ne sert que de prétexte à votre indifférence.
De vos rigueurs et de mes peines
Je me plains la nuit et le jour;
Je les chante aux bords des fontaines,
Et l'écho les dit à son tour.
Ha! Philis, commençons à faire Quelque chose qu'il faille taire.
Est-ce tendresse, est-ce pitié, Qui dans les yeux d'Iris esclatte?
C'est au moins, si je ne me flate, Un peu plus que de l'amitié.
Amour, il est temps de paroître, Si tu veux te rendre le maistre D'un cœur difficile à gagner.
Ayde-moy, poursuis, presse, frape; Il ne la faut point épargner, De crainte qu'elle nous échappe.
Je passe tristement mes jours, Et ne sçay pas à quoy mon Iris les destine