‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 43 sur 79 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Peut-estre je me l'imagine,

Peut-estre aussi que je devine :

N'auriez-vous point, Iris, dessein de renouer? D'un clin d'œil seulement daignez me l'avouer. Malgré tous vos projets, si l'amour vous surmonte,

Par pudeur ou par sotte honte,

Gardez-vous de me le celer.

Il fait bien tous les jours d'autres métamorphoses, Et pour m'en avertir il ne faut point parler :

A demy mot j'entends les choses.

Philis ne m'aymera jamais; Sur tout ce que je dis, sur tout ce que je fais, Elle me loue, elle me flate :

C'est le payement d'une ingrate.

Qu'on puisse oublier ce qu'on aime, Et qu'un falal éloignement Ebranle le cœur d'un amant, Non, cela ne se peut; j'en juge par moy-mesme Je songe à mon Iris et la nuit et le jour; Je soupire après son retour, Ei je connois bien que l'absence Est un prétexte à l'inconstance Plustost qu'un remède à l'amour.

Quand donc reverray-je ma belle?

Quoy! loin de ses beaux yeux passeray-je mes jours ! Et ce triste devoir qui me sépare d'elle,

Hélas! durera-t-il toujours?

Encor si mon malheur la rendoit plus humaine, Si mon cœur se sentoit flatté de quelque espoir!

Mais de tout ce qui fait ma peine

L'ingrate se fait un devoir.

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