‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 44 sur 79 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Quoy! Dorise, sans vous déplaire, Je puis donc aujourd'huy me nommer vostre amant,

Et vous raconter mon tourment

Sans attirer vostre colère.

Mon bonheur prévient mes désirs :

Ce qu'un siècle de soins, de peines, de soupirs,

Eût mérité de recompense,

Vous me l'accordés en un jour, Et tout ce que pour vous va faire mon amour

N'est plus qu'une reconnoissance.

Sur le chois des deux Sœurs si ma peine est extrême, Ce n'est pas pour savoir à laquelle des deux

Mon cœur doit adresser ses veux :

Elles sont toutes deux trés-dignes qu'on les aime; Mais ce qui fait mon embarras, C'est quand je consulte en moy-mesme Qui des deux je n'aymerai pas.

Si quelqu'un de l'amour veut sentir le pouvoir, Incomparables sœurs, il ne faut que vous voir; On n'apprantque trop tost quel mérite est le vostre La résistance est vaine, il faut en venir là; J'en ayme Tune, et, sans cela, Je pense que j'aimerois l'autre.

Page 1