LIVRE SIXIEME
Est-ce à cause que vous partez, Iris, que vous estes plus belle?
Ce qui m'est un sujet d'une douleur mortelle Accroist-il ainsi vos beautez?
Ha! que vous estes inhumaine D'ajouter encore à ma peine La rigueur d'un tourment nouveau !
Loin de vous affliger de l'ennuy qui m'accable Votre visage en est plus beau :
Aimez plûtost, Iris, et soyez moins aymable.
Je dois, je le sens bien, vous estre quelque chose ; De mon destin, Belise, ordonnez promptement, Pendant que de mon cœur librement je dispose : 3eray-je votre ami? seray-je votre amant? Il est certain que, si j'écoute
lOO MADRIGAUX
Tout ce que mon cœur me dira,
Je seray... je seray sans doute...
Mais non, je ne seray que ce qu'il vous plaira.
II est vray, jeune Iris, que vous sçavez aymer, Et vos regrets en sont d'illustres témoignages; D'un exemple si beau l'on se sent animer, Et mille amans depuis vous offrent leurs hommages. De vos chagrins, de vos rigueurs, De vos soupirs, de vos langueurs, Chacun se fait de nouveaux charmes.
Puisqu'elle aimoit, dit-on, peut-estre elle aimera : Heureux qui fit couler ses larmes!
Plus heureux qui les essuyra !
Je sçay qu'Iris ne m'ayme pas; Cependant elle fait des pas