‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 67 sur 79 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

Pour m'empescher d'être infidelle. Sans doute mon amour sert à sa vanité :

Dans l'équipage d'une belle Il faut bien par honneur quelqu'amant maltraité.

La crainte suit tousjours les désirs amoureux:

Plus ce qu'on ayme a de mérite,

Plus la défiance s'irrite;

On ne se croit jamais heureux.

Vous m'aymés, dites-vous ? Quel bonheur ! quelle gloire !

Iris, pour me le faire croire, Dites-le-moy tousjours et jamais ne cessez :

Que vos doux regards m'en asseurent;

Que vos doux baisers me le jurent;

A tous momens recommencez;

Encore n'est-ce pas assez.

L'entreprise en amour abrège bien des choses Des plus douces faveurs elle prévient le don : D'Amarante, par trahison, J'ay baisé les lèvres de roses; Elle m'a bien grondé, j'ay demandé pardon; J'ay fait, pour l'obtenir et pour la satisfaire, Tout ce qu'a souhaitté cette beauté severe ; J'ay tout promis, j'ay tout juré, Et le baiser m'est demeuré.

Page 1