‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 69 sur 79 · LIVRE SIXIÈME lo · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME lo

Philis, vous me maltraitez; Il faut prendre patience :

J'ayme encor vos cruautez Plus que vostre indifférence.

Que mon Iris me plaist lorsqu'elle est négligée,

Et que je la vois dégagée De tous les ornemens qui cachent ses beautez!

La belle les a tous quittez :

Une jupe de simple toile Aux plus secrets appas sert à peine de voile; On lui voit à plaisir et le bras et la main,

Et rien ne cache son beau sein.

Sur un lit de repos cette belle est couchée, La tète dans la main nonchalamment penchée.

Les yeux tournez vers son amant :

Telle estoit jadis la plus belle

Io6 MADRIGAUX

De toute la troupe immortelle Auprès du beau chasseur qui causoit son tourment Mais, belle Iris, ne faisoit-elle Que le regarder seulement?

Quelquefois en dormant je vois mon inhumaine Elle semble pour lors prendre part à ma peine ;

Le dieu qui préside au sommeil

M'entretient jusqu'à mon réveil

De cet agréable mensonge.

O destin plein de cruauté!

Ma félicité n'est qu'un songe,

Et mon mal une vérité.

Recevoir du premier venu Les louanges et les fleurettes,

Page 1