SONNET
Je suis (sans vous parler des traits de mon visage) Assez grand, assez droit, assez jeune, assez fort; Selon l'occasion, tantost fou, tantost sage, J'ay quelquefois raison, et quelquefois j'ay tort.
Plus par facilité que faute de courage,
De tout ce que l'on veut je suis toujours d'accort;
Entre le jansénisme et le libertinage
Je vis, sans souhaitter et sans craindre la mort.
APPENDICE
Quoyque léger amant, j'ay l'ame assez constante; Jamais de mes amis je n'ay trompé l'attante, Mais j'ay souvent faussé des serments amoureux.
Surtout fils du destin, soumis à sa conduitte,
De peur de rencontrer quelque mal dans la suitte,
Du matin jusqu'au soir je borne tous mes vœux.
Outre que le sonnet est charmant, ne voit-on pas, dans cet homme qui vit entre le jansénisme et le libertinage, c'està-dire l'indifférence religieuse, le protestant fort tiède qu'était La Sablière?
Et maintenant je vais citer quelques petites pièces qui, pour moi, sont évidemment échappées à celui qui fut le premier madrigalier de son siècle, en terminant par de soidisant stances héroïques, qui me paraissent un chef-d'œuvre d'agréable malice et de fine plaisanterie.