‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 75 sur 79 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Je suis (sans vous parler des traits de mon visage) Assez grand, assez droit, assez jeune, assez fort; Selon l'occasion, tantost fou, tantost sage, J'ay quelquefois raison, et quelquefois j'ay tort.

Plus par facilité que faute de courage,

De tout ce que l'on veut je suis toujours d'accort;

Entre le jansénisme et le libertinage

Je vis, sans souhaitter et sans craindre la mort.

APPENDICE

Quoyque léger amant, j'ay l'ame assez constante; Jamais de mes amis je n'ay trompé l'attante, Mais j'ay souvent faussé des serments amoureux.

Surtout fils du destin, soumis à sa conduitte,

De peur de rencontrer quelque mal dans la suitte,

Du matin jusqu'au soir je borne tous mes vœux.

Outre que le sonnet est charmant, ne voit-on pas, dans cet homme qui vit entre le jansénisme et le libertinage, c'està-dire l'indifférence religieuse, le protestant fort tiède qu'était La Sablière?

Et maintenant je vais citer quelques petites pièces qui, pour moi, sont évidemment échappées à celui qui fut le premier madrigalier de son siècle, en terminant par de soidisant stances héroïques, qui me paraissent un chef-d'œuvre d'agréable malice et de fine plaisanterie.

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