DU RECUEIL INTITULE
Première (et seconde) partie des Pièces diverses, contenant Églogues, Élégies, Stances, Madrigaux, Chansons, Épigrammes, traductions d'Horace et autres pièces. (Paris, Barbin, 1668, deux parties in-8°.)
Il a été parlé, dans l'Introduction, d'un recueil de poésies diverses que nous croyons devoir attribuer à La Sablière; mais, comme aucune preuve positive ne peut être apportée à l'appui de notre opinion, uniquement fondée sur l'esprit et le style de cette œuvre, nous nous contenterons d'en citer quelques extraits.
Voici d'abord des vers tirés d'une élégie où l'auteur trace de lui-même un portrait qui ressemble étonnamment à ce que Tallemant des Réaux nous a raconté du caractère volage de La Sablière :
Damis, puisqu'il te plaist cTavoir cette maxime Qu'il ne faut point d'amour qui ne soit légitime, Et quand tu permettrois les commerces d'amour,
I2D APPENDICE
Si tu ne permets pas d'en changer chaque jour, Je ne m'en deffends point; mon ame est criminelle, Elle aime, et d'une amour inconstante, infidelle ; Le moindre objet l'émeut, le moindre la retient, Le moindre la révolte, au moindre elle revient. Je rougis quelquefois d'avoir tant de foiblesse; Mais aussi quel moyen de borner ma tendresse? Je n'ay point de ces cœurs qui sçavent résister; En vain le mien s'efforce, il ne peut s'arrester... Je trouve à mille amours mille causes nouvelles, Il semble que mon cœur soit à toutes les belles. Celles qu'en mon chemin je trouve tous les jours Deviennent aisément l'objet de mes amours. A d'autres quelquefois il n'est pas inutile D'estre loin de ma route et d'accez difficile; La peine de les voir redouble leur beauté Et je me fais honneur de la difficulté —
Ce grand nombre d'objets ne remplit point mon cœur, Tantost il se relevé et tantost il s'abbaisse; Autour de luy partout il respand sa tendresse; Mais ce n'est rien encor que j'ayme en divers lieux, Une bouche vermeille, un beau teint, de beaux yeux, Que je suive sans choix tout ce qu'on trouve aymable,
APPENDICE 127
Quelque chose de laid me paroist agréable. J'ayme souvent des yeux, bien qu'ils ne soient pas beaux, Tant Amour pour me vaincre a de charmes nouveaux ! Enfin j'ayme en tout temps, j'ayme par tout le monde, Et femme, et fille, et vefve, et la brune et la blonde. . .
L'image est chargée à dessein ; mais elle ressemble, et le Portrait naïf de soy-mesme, qui suit, est encore plus frappant, s'il est possible.