I. Sénèque, Lettre LXVli, liv. VI
ments curieux, sur l'alimentation des Romains.
Un certain Hortensius avait introduit la mode de manger des paons rôtis, mais Juvénal considérait ce volatile comme un aliment très indigeste; il en dit autant du sanglier.
Comme on le sait, le poisson était très recherché des Romains. Ils étaient surtout très friands du surmulet qu'ils allaient pêcher dans les pays les plus lointains. Ils faisaient cas surtout de la tête et du foie.
Les meilleurs vins se tiraient de la Campanie, province du sud de Tltalie. Les crus les plus renommés étaient ceux d'Albe, de Sétines et de Sorrento. Le falerne était le chambertin et le Champagne des Romains. On conservait le vin dans des petits tonneaux appelés cadus, et pour le faire vieillir, on montait les tonneaux dans une chambre haute, exposée au midi.
Pour se faire une idée des raffinements culinaires de cette époque, il suffira de rappeler ces trois vers de la cinquième satire :
Anseris ante ipsum magni jecur, anseribus par Altalis et flavi dignus ferro Meleagri Fumât aper. Post huic radentur tubera.
On servit devant lui un foie gras, un chapon aussi gros qu'une oie, et un sanglier digne du couteau de Méléagre. Vinrent ensuite les truffes parfaitement épluchées... Le lièvre et le poulet n'arrivèrent qu'à la fin, avec les champignons, puis les fruits parfumés des jardins et les pâtis-
séries, dulceariaet bearia, décrites par le fameux Apicius, qui tint à Rome une école publique de gourmandise, et qui écrivit le traité : De gulce irritamentis *.
Le festin est terminé. Ils ont des couronnes de fleurs et de myrte sur la tête, mais ils ne connaissent ni le suave parfum du café ni l'odeur d'un vrai havane. Que vont-ils faire ? « Ils prennent un vomitif, dit Sénèque, afin de mieux manger, et ils mangent afin de prendre un vomitif. » César était coutumier du fait, et l'histoire nous dit que Néron savait renouveler la faim dans son estomac surchargé d'aliments et quand ses poumons étaient embrasés de Falerne.
Peut-on ajouter quelque chose de plus à ces exemples ? Oui ; les malades eux-mêmes se livraient à l'intempérance : « La plupart des ma-
I. Notre poète a oublié de faire mention d'un plat très recherché des Romains, les mattées {mattecs). C'était une espèce de salmis ou de hachis dans lequel entraient des perdreaux, des pigeons gras, des petits poulets et qu'on arrosait de vinaigre ou de verju^ On y ajoutait quelquefois des tourterelles, des grives et des lièvres. On le mettait sur la table avant le dernier service. Sénèque a dit à ce sujet :
« Piget esse singula, coguntur in union sapores, in cœna fit qiiodfieri débet saturo in ventre ; exspectojam ut manducata ponantur. »
« Un ne se contente plus de manger des mets séparés, on rassemble tous les goûts en un seul ; on fait à table ce qui doit se faire dans l'estomac rassasié; on en viendra bientôt, j'espère, à servir des viandes toutes mâchées. »
Les pâtissiers faisaient pour les desserts des figures de Priape qui, dans le devant de leur robe, offraient aux convives toutes sortes de fruits. Ces Priapes étaient de pâte cuite et on pouvait les manger.
lades, dit Juvénal, meurent à Rome par le manque de sommeil, mais aussi par les indigestions et les affections qu'elles provoquent. »
Les excès de table d'un côté, les excès vénériens de l'autre, devaient fatalement leur donner la goutte, Podagra. Galba était à ce point goutteux, qu'il avait perdu complètement Tusage de ses membres :
Pedibusque manibusque articulari morbo distortissimîs, ut neque calceum perpeti, neque libellos evolvere aut tenere omniaio valcret. (Suétone.)
Or, la goutte, dont il ne faut chercher la cause que dans Télimination incomplète des principes azotés et leur accumulation, sous forme d'urate de soude, dans les petites articulations, n'était pas le seul résultat de l'alimentation excessive à laquelle se livraient les Romains. Ils étaient sujets également à la pléthore veineuse, aux hémorrhoïdes, et peut-être à Tapoplexie. L'infihration graisseuse des tissus et l'affaissement des organes de la vie de relation complétaient la symptomatologie de la diathèse goutteuse produite par une nourriture trop animalisée et les excès dont ils avaient pris rhabitude. Gomme équivalent pathologique de Tarthrite goutteuse, ils nous offraient, comme maintenant, la gravelle et les affections des reins. Auguste avait la gravelle. Horace, petit et obèse, avait la goutte, que M. Daremberg considère avec raison comme étant très fréquente à Rome,
Juvénal, dans sa description de la vieillesse, nous montre, dans tous ses tristes détails, la cachexie sénile des viveurs de son temps :
« Un visage difforme, recouvert d'un cuir hideux au lieu de peau, des joues pendantes et ridées, les gencives dégarnies de leurs dents, la surdité et l'impuissance. L'un se plaint de l'épaule, des reins, des jambes ; l'autre privé des 3^eux envie ceux qui sont borgnes; il faut à celui-ci qu'une main étrangère porte ses aliments à ses lèvres flétries. »
Ille humero, hic lumbis, hic coxa debilis; ambos Perdidit ille oculos, et luscis invides : hujus PalUda labra cibum accipiunt digitis alienis.
« De celui-là, dit Juvénal, le palais émoussé ne trouve plus au vin le même bouquet, ni le même goût aux aliments. Quant aux plaisirs de Tamour, depuis longtemps il en a oublié l'usage ; une nuit de caresses laborieuses ne saurait ranimer sa lansrueur. »
Non eadem vini atque cibi, torpente palato, Gaudia : nam coitus jam longa oblivio; vel si Coneris, jacet exiguus cum ramice'nervus, Et, quamvis tota palpetur nocte, jacebit.
(( Qu'attendre de cet homme épuisé? Des désirs unis à l'impuissance ne sont-ils pas justement suspects? Ce n'est pas sa seule infirmité... La fièvre seule peut rendre quelque chaleur au sang appauvri de ce corps glacé; toutes les maladies viennent Tassaillir à la fois. »
Prfeterea minimus gelido jam corpore sanguis Febre calet sola; circumsilit agmine facto Morborum omne genus.
Et pour achever la liste des maux qui attendent la vieillesse de ces hommes, voici, plus funeste que les infirmités, la démence...
. , , Sed omni
Membrorum damno major dementia,...
qui leur enlève la mémoire; ils oublient les traits de leurs amis- et ne reconnaissent même pas leurs propres enfants, nec illos qiios geniiit. Le ramollissement cérébral possède, comme on le voit, un arbre généalogique très authentique.
Le tableau est complet.
De même que chez tous les peuples de l'Orient* les bains jouaient un grand rôle dans la vie des Romains. Ils en faisaient un usage presque journalier, pour laver le corps de ses souillures naturelles*.
I. Tous les peuples anciens considéraient que le coït est toujours compliqué d'une souillure qui pouvait devenir nuisible aux organes en fonction et ce n'étaient que les bains et les lotions qui pouvaient l'enlever. C'est pourquoi Hérodote dit : «Chaque fois qu'un Babylonien couche avec sa femme, ils se placent l'un et l'autre à côté de l'encens brûlant, et à la pointe du jour ils prennent tous deux un bain, car ils ne peuvent toucher un vase avant de s'être baignés. »
Les mêmes prescriptions étaient faites aux Egyptiens et aux Hébreux.
Les Romains ne pouvaient entrer dans un temple sans avoir pi is un bain après le coït, même après avoir fait des ablutions ordinaires. L'expression consacrée était aqu.vn sumère. Il y avait même des esclaves nommés aqu.irioli, qui n avaient pas seulement pour charge d'apporter l'eau à cet usage, mais aussi celle de laver les filles publiques après le
Dans le principe, les bains publics n'étaient ouverts que vers cinq ou six heures du soir, quand les affaires étaient terminées. Ensuite, ils furent à la disposition du public depuis le matin jusqu'au soir et pendant la nuit. L'hydrothérapie était la partie principale de leur thérapeutique, et ils savaient s'en servir.
Les gens riches avaient une salle de bains chez eux et s'y rendaient souvent après les repas.
Le prix d'entrée dans les bains publics étaient extrêmement modiques; c'écait un qua" drans^ le quart d'un as; il y avait des établissements où l'on payait beaucoup plus cher, car ils étaient fréquentés par la clientèle aisée.
Une fois dans la piscine, chacun prenait son frottoir, strigilis, instrument en corne ou en ivoire, destiné à racler la peau et dont on se servait comme d'une étrille.
M. Achaintre a reproduit, à ce propos, cette anecdote racontée par Spartien : l'empereur Adrien, qui se baignait souvent avec le peuple, aperçut, un jour, un vieux soldat qui, n'ayant personne pour lui racler la peau, se frottait le dos contre le mur du bain. L'empereur lui rendit le service dont il avait besoin, et lui procura de quoi se faire servir désormais. Le lendemain, plusieurs vieillards tentèrent le même moyen pour attirer sur eux les regards et la
coït. L'usage fit astreindre également aux mêmes ablutions le coït contre nature {Priapeia carmen, ^o). Priape représenté comme conducteur des sources n'a pas d'autre signification que ce soin excessif de propreté. (Rosenbaum).
libéralité du prince ; mais, cette fois, il se contenta de leur faire distribuer des stri^-iles^ et leur ordonna de s'étriller réciproquement les uns les autres.
Dans l'origine, les bains des femmes étaient séparés de ceux des hommes, et le mélange des sexes y était sévèrement défendu. Mais, dès que les mœurs commencèrent à se corrompre, les temples et les bains eurent le même sort : ils furent également souillés par la débauche et devinrent des endroits favorables à la prostitution. Les femmes se rendaient souvent au bain au milieu de la nuit, et Juvénal nous apprend « que des garçons adroits massaient leurs cuisses humides, en gens instruits des goiàts des cyniques. »
Callidus et cristi^ digitos impressit aliptes, Ac summum domince fémur exclamare csegit.
Nos lecteurs pourront lire ces deux vers en anatomistes, le sens en sera plus exact.
Les Saîiy^es contiennent quelques renseignements sur l'hygiène publique, à Rome, dignes d'attirer notre attention :
Les conseillers municipaux de la ville, qu'on appelait édiles, avaient une haute surveillance sur les monuments et les habitations. Leurs fonctions embrassaient presque toute la police civile : ils fixaient le prix des denrées, prescrivaient toutes les mesures sanitaires, censuraient les pièces de théâtre, présidaient les réunions publiques et veillaient tant bien que mal sur
les mœurs. Leurs administrés, il est vrai, ne les prenaient pas toujours au sérieux, ils se moquaient souvent d'eux, comme Perse, dans une de ses satires.
C'est aux édiles qu'il faut évidemment attribuer les prescriptions d'hygiène publique relatives aux sépultures. Celles-ci étaient libres : les Romains pouvaient avoir recours à la crémation ou à l'inhumation. Maisilsn'avaient pas de cimetières; leurs tombeaux étaient placés le long des grands chemins, de la voie Latine ou de la voie Flaminie. Sous ce rapport, ils nous étaient donc de beaucoup supérieurs.
La crémation ne fut permise qu'après Sylla, qui ordonna que son corps fût brûlé, dans la crainte qu'un de ses ennemis fît de ses cendres ce qu'il avait fait de celles de Marins. D'après Juvénal, la terre recevait toujours le corps des enfants trop petits pour le bûcher, et Pline confirme ce fait :
Hominem priusquam genito dente cremari mos genlium non est.
Tout cela était très bien compris.
C'est à Vespasien qu'on doit la création des latrines publiques, Foricœ, Mais elles étaient aftermécis, et le prix des baux était remis à l'empereur. Suétone raconte que le prince impérial reprocha à son père d'avoir mis un impôt sur les urines. Vespasien répondit en approchant du nez de son fils l'argent des fermages : Sent-il mauvais?
Et illo negante : Atqui, inquit, e lotioest*.
Nous disons aujourd'hui, comme le César, que l'argent n'a pas d'odeur, mais nous sommes heureux de pouvoir constater que nos vessies ne sont pas tributaires d'un monarque. Cette question qui ne paraît peut-être pas très importante, résout cependant un problème d'hygiène. Le retard dans l'excrétion des urines prépare des infirmités précoces des voies urinaires.
Incidemment, Juvénal parle de la circoncision et des prescriptions de la loi juive :
Quidam sortit! metuentem sabbata patrem Nec distare putant humena carne suillam, Qua pater abstinuit mox et prœputia ponunt.
Ces vers respirent le mépris que les Romains éprouvaient tous pour les Israélites. Et Juvénal, en leur reprochant de se faire circoncire et de ne pas manger de porc, fait preuve d'ignorance des raisons hygiéniques pour lesquelles les législateurs des contrées orientales adoptèrent ces principes*.
i'. L'argent que Caligula et ses successeurs touchaient du vectigal ex capturis sentait encore moins bon; c'était celui de l'impôt sur les prostituées,
2. Moïse, qui avait été élevé par les prêtres d'Egypte, qui avait été initié à leurs mystères, comprit le but hygiénique de la circoncision qui était pratiquée par les peuples d'Afrique: Ethiopiens, Egyptiens, Syriens, etc. Il ordonna à son peuple de se faire circoncire comme un signe d'alliance avec Jéhova. Mais lorsque les Juifs s'attachèrent à Sittim au culte de Baal et que le fléau les frappa, alors non seulement l'utilité de la circoncision se fit sentir, mais la nécessite même de se soumettre rigoureusement aux lois de purification en général.
Une des curiosités médicales révélées par Juvénal est l'habitude de l'infibulation. On pratiquait cette opération aux jeunes gens pour leur conserver la santé, aux gladiateurs pour sauvegarder leur force, aux chanteurs pour les empêcher de perdre leur voix. Mais les femmes, dit Juvénal, brisaient les anneaux, principalement ceux des ténors et des acrobates *.
Si gaudet cantu, nuUius fibula durât,
I. Pétrone a laissé quelques vers sur ces artistes des cirques et des théâtres qui encombraient la ville et qui turent les principaux agents de la démoralisation romaine. M. de Guérie en a fait la traduction suivante :
Aimables impudiques
GanymèJes nouveauxi
Audacieux cyniques,
Corn, laisantes SaphosI
Le plaisir nous rassemble;
Aimons en liberté :
Par tous nos sens ensemble,
Buvons la volupté.
Uuc, hue convenite nunc spatalo cinœdi, PeJe tendite, cursum adJile, convolate planta^ Feinorefaciii, dune agili et maiiu procaces, Molles, veieres, Deliaci manu recisi.
Parmi ces acrobates, il y avait encore les danseurs et les maîtres de danse. Ce sont eux qui introduisirent à Rome les danses licencieuses de la Grèce, i-armi lesquelles il faut citer la cordace, espèce de boléro espagnol et de chahut de nos guinguettes. Cette cordace devint la danse nuptiale des Romains; ses ligures représentaient les actions les plus dissolues de la cohabitation de Thomme et de la f^mme. L'obscénité fut poussée si loin que le bénat fut obligé, par un décret, de chasser de Rome les danseurs et les maîtres de dan^e. Mais le mal était si grand que ceux-ci furent remplacés par les jeunes gens, patriciens et plébéiens, voire mêaie par des sénateurs. Enfin, l'empereur Domitien, qui n'était rien moins que délicat sur les mœurs, se vit obligé d'exclure du sénat les pères conscrits qui s'étaient avilis au
Parmi les maladies dont il fait mention, nous pouvons citer la scrofule, struma; le goitre, gitttîir^
Quis tumidum guttur miratur in Alpibus?
« Est-on surpris de voir des goitres sur les Alpes! »
C'est encore la même chose aujourd'hui, les conditions étiologiques de cette affection n'ayant pas changé.
Après nous avoir dit quelques mots sur la phtisie et la jaunisse que 1 on considérait déjà comme des maux incurables, il nous parie aussi des varices auxquelles les prêtres étaient suiets, lorsqu'ils restaient trop longtemps debout pour donner aux femmes des consultations relatives à leurs amants ; de la fièvre quarte, qui durait plusieurs années (ce qui doit nous faire bénir la dc^couverte de la quinine) ; enfin des philtres de Thessalie qui livraient un mari sans défense aux insultes de sa femme, et dont Taction physiologique était de provoquer un certain délire et de lui enlever la mémoire. Ce philtre de Thessalie ne pourrait-il pas être une mixture à base d'opium? cela n'est pas impossible.
A propos des propriétés miraculeuses des plantes, Juvénal conseille à Névolus de mâcher des herbes stimulantes. M. Achaintre fait des hypothèses sur ces herbes. Etait-ce Veruca?
point d'exécuter en public ces sortes de danses. Sous la république, Cicéron avait dit qu'un hoiinne ne peut dauscr s'il n'est ivre ou fou.
et dans ce cas, on ne saurait, dit-il, d'après le témoignage des anciens, douter de son effet. Martial lui attribue la propriété de ranimer un feu qui s'éteint.
Venerem revocaas eruca morantem.
Golumelle s'exprime ainsi sur cette plante merveilleuse ;
Excitet ut Veneri tardos eruca maritos.
Nous terminerons ici cette étude sur Juvénal, et pour répondre d'avance à la critique qu'on pourrait nous adresser, de chercher dans les poètes latins des notions historiques sur les sciences médicales, nous citerons cette superbe définition de la santé, qui se trouve résumée dans le 355^ vers de la dixième satire de notre poète :
Orandum est, ut sit mens sana in corpore sano.
Martial est né en Espagne, à Bilbilis, près de Saragosse. Il quitta son pays à l'âge de vingttrois ans et vint à Rome chercher fortune. La modestie n'était pas une de ses qualités. Dans ses mémoires, il dit très nettement : « Je m'appelle Val. Martial, poète favori des Romains. » Malgré cela, il a accusé ses contemporains de n'avoir pas rendu pleine justice à son talent ; et, pour que ses compatriotes soient convaincus de son mérite, il leur écrivait ces lignes :
Songez -y et soyez justes ; votre renommée et votre illustration, c'est à moi que vous les devrez. Mantoue est fière de Virgile, Padoue, de Tive-Live, Gordoue, de Sénèque et de Lucain, Vérone, de Catulle. Bilbilis ne devra sa renommée qu'à Martial.
Le poète de Bilbilis n'a écrit que des épigrammes. Il a passé sa vie à flatter les courtisans de Tempereur Domitien, à insulter ceux qui le méprisaient, à envier ceux qui possédaient, à
débiter en public et à publier des poésies cyniquement obscènes.
Voici, d'ailleurs, d'après la traduction de Jules Janin, l'avertissement qu'il donne à ses lecteurs; avertissement qui a un certain intérêt physiologique pour nous :
« Situ poses pour l'austérité, lecteur, tu peux aller te promener. J'ai écrit ces poésies pour les gens du monde, car les vers légers du dieu de Lampsaque les amusent. En les lisant, plus d'une fois tu verras les plis de ta robe se soulever par une veine rigide. »
O quoties rigida pulsabis pallia vena!
Vena (veine, artère), est employé ici comme synonyme de pénis, dont le tissu spongieux est constitué par l'assemblage d'un grand nombre d'aréoles communiquant entre elles, lesquelles forment un espace intermédiaire aux capillaires artériels, qui y versent le sang et les veines dont elles sont l'origine. Cette expression sous-entend des connaissances phj^siologiques exactes sur le phénomène de l'érection. Perse avait dit dans le même sens.
Quum morosa vago singultiet inguine vena.
« Et toi aussi, jeune fille, serais-tu de Padoue (ville des femmes les plus chastes de Fltaiie), lu ne liras pas ces pages égrillardes et pleines d'attrait sans être mouillée. »