I. Briquet, 7 raité de l'Hystérie. Paris, iSSg
nomme animal suivant la doctrine, tant des académiques que des péripatétiques. Car, si mouvement propre est indice certain de chose animée, comme escript Aristote, et tout ce qui de soi se meut est dict animal, a bon droit Platon le nomme animal, recognoissant en lui mouvements propres de suffocation, de précipitation, de corruption, de indignation : voire si violents, que bien souvent par eux est toUu à la femme tout autre sens et mouvement, comme si fust lépothymie, syncope, épilepsie, apoplexie et vraie ressemblance de mort, catalepsie. »
La voilà cette grande névrose d^s temps modernes ! Martial en parlait doctement en l'an 40 de notre ère; il l'appelait hystérie^ et proposait sa guérison par l'hydrothérapie. Rabelais, au XVI® siècle, la localise avec une précision anatomique, qu'on admet généralement encore aujourd'hui. Oa retrouverait peut-être ses traces dans des temps encore plus reculés. Et je ne crois pas avancer un paradoxe, en affirmant qu'elle date de l'apparition de Thumanité sur la terre, et qu'elle s'est manifestée le jour même de la naissance de la première femme; on peut donc la considérer comme la formule physiologique de la femme, mais sans y attacher forcément ridée de nymphomanie.
Puisque nous en sommes sur les affections utérines, nous allons certainement égayer nos lecteurs, à propos de l'épigramme à Galla.
Lisez :
Ton visage est tel qu'aucune femme n'oserait
en médire et ta n'as pas une tache sur le corps. Tu félonnes, sans doute, de ne pas inspirer de passion et de ne jamais voir revenir Thomme qui a déjà couché avec toi. C'est que tu as un énorme défaut, Galla.
Chaque fois que je t'approche pour la bagatelle, et que nous agitons nos corps voluptueusement confondus, ton vagin fait du bruit et toi tu te tais.
Accessi quoties ad opus, mixtisque movemur Inguinibus; cunnus non tacet, ipsa taces.
Plût aux dieux que tu te fasses entendre et qu'il se tijt !
Je ne suis pas du tout flatté de son bavardage. Je préférerais le bruit de ton derrière : celui-ci au moins a son utilité, comme le dit Symmachus, et il provoque en même temps une certaine hilarité.
Di facerent, ut tu loqueris et ipse taceret!
Offendor cunni garrulitate tui, Pedere te malem ; namque hoc nec inutile dicit
Symmachus, et risuni res movet ista simul.
Qui peut rire des bruissements d'un impertinent vagin ? Quand il résonne, ne désarme-t-il pas à la fois Porgane et Tesprit de ton conjoint?
Quis ridere potest fatui poppysmata cunni? Quum sonat hic, cui non menlula mensque cadit?
Dis au moins quelques mots et couvre la voix de ce vagin criard. Et si réellement tu es muette, que celui-ci t'apprenne à parler.
Die aliquid saltem, clamosoque obstrepe cunno. Et si adeo muta es, disce vel inde loqui.
Galla était évidemment atteinte d'éructation vulvaire, phénomène qui consiste dans l'expulsion bruyante de gaz hors du vagin ; on Tobserve fréquemment chez les femmes atteintes de maladies utérines. Les conditions de production sont l'introduction de Tair dans le vagin, grâce à une occlusion vulvaire insuffisante, et sous rinfluence d'un excès de la pression atmosphérique sur la pression intra-abdominale, ensu'te l'expulsion de l'air sous Tinfluence d'une augmentation brusque de la pression intraabdominale.
Les circonstances qui rendent insuffisante l'occlusion vulvaire sont : i^les fissures latérales de la partie postérieure de la vuK^e, jointes à un faible développement des petites et des grandes lèvres ; 2° une laxité exagérée des parois vaginales et une fissure peu étendue du périnée.
Les positions du corps les plus propres au développement de ce phénomène sont celles qui diminuent la pression intra-abdominale ; telles que le décubitus dorsal avec les bras relevés sur la tête, le décubitus latéral, la position sur les genoux et les coudes, l'acte de monter au lit précipitamment, etc.
Il ne faut pas confondre l'éructation vulvaire avec la pneumatose utérine, physométrie (de cpuffa vent et de jA-zirpa matrice), accumulation de gaz dans la cavité utérine. Quand celle-ci ne se
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rattache pas à un état puerpéral, elle peut dépendre, comme on le sait, de la présence d'un polype ou d'un caillot menstruel, ou bien encore d'une forme d'hydrométrie.
L'esprit égrillard de Martial se complaît dans ces histoires. C'est ainsi qu'il nous parle de l'infirmité de Bassa, la maîtresse de Fabulus.
Elle a toujours auprès d'elle, dit-il, un jeune enfant qu'elle appelle son joujou, son petit cœar, et, chose étonnante, Bassa n'aime pas les enfants. Quelle est donc la raison de cette bizarrerie ?
Pedere Bassa solet.
L'empereur Claude était affligé d'une certaine infirmité pareille à celle de Bassa, qui est devenue le sujet d'une énigme du Mercure galant :
De mâle que /aurais été, Je deviens traîtresse femelle.
Les Romains appelaient un homme de petite taille : Hominis crépit uni. Cette expression me fait souvenir d'une anecdote très moderne, souvent racontée par Depaul :
Récamier avait été appelé en consultation par un de ses confrères pour un homme du monde atteint d'une fièvre typhoïde. Il se plaignait d'avoir été mandé trop tard, disant que le malade lui paraissait devoir succomber dans la soirée. Mais ce dernier, en l'entendant, se laissa aller à certain bruit par les voies inférieures, qu'il accompagna de ces mots :
Qui crépitât vivitî
dont il donna la preuve en guérissant.
Récamier se mit à rire et fut moins sévère que Jupiter qui condamna un histrion, qui avait trop bien dîné, à vivre à ses propres dépens, pour s'être oublié devant sa statue :
Ante Jovis statuam crepuit satur histrio : pœnam Jupiter indixit, vivere de proprio.
Les Romains n'étaient pas tous des Adonis ; ils étaient sujets à de nombreuses infirmités. Martial décoche cette épigramme à Fabianus, qui s'amusait, dans les bains publics, à plaisanter les autres :
Ce Fabianus, qui se moque des hernies, des descentes et des hydrocèles, qui naguère faisait sur ces maladies plus d'épigrammes que deux GatuUes, a fini par se voir si digne de pitié luimême que maintenant il se tait.
Derisor Fabianus herniarum, Omnes quem modo colei timebant Dicentem tumidas in hydrocelas.
Il est bien entendu que Martial ne se prive pas de rire des défauts d'autrui.
Il dit à Phébus :
Tes jambes ressemblent au croissant de la lune, tu pourrais, Phébus, prendre un bain de pieds dans un cornet-à-bouquin :
Quum sint crura tibi, simulent quas cornua lunas, In rhytio poteras, Pheebe, lavare pedes.
Il ne manquait pas, cependant, de médecins pour toutes les maladies :
Gascellius arrache ou guérit une dent qui fait mal-, Higinus brûle les poils qui incommodent la vue; Fannius relève, sans la couper, une luette relâchée; Eros efface les stigmates des esclaves ; Hermès passe pour le Podalire de ceux qui ont des hernies. Indique-moi, Gallus, celui qui guérit les éreintés.
Eximit aut reficit denteiii Gascellius asgrum :
Infestes oculis uris, Higine, pilos.
Non secat, et tollit stillantem Fannius uvam :
Tristia servoruni stigmata delet Eros.
Entf^rocelarum fertur Palaririus Hermès :
Qui sanet ruptos, die mihi, Galle, quis est?
Hermès était, d'après Martial, un spécialiste pour les hernies, ce qui prouve qu'il devait y en avoir pas mal dans la population. Le D'' Ménière * raconte à ce propos l'aventure arrivée à un prêtre qui avait une hernie scrotale : « un certain aruspice recommande à un paysan qui voulait immolerun bouc, de lui enlever les testicules, afin d'empêcher que la chair de Tanimal ne devînt fétide.
Dixerat agresti forti rudique viro, Ut cite testiculos pcracuta falce secaret, Teter ut immundas carnis abiret odor,
« La recommandation était bonne ; les chasseurs ne manquent pas d'en faire autant au gros
l. Menière, Etudes médicales sur les poètes latins.
gibier. Mais le prêtre, penché sur Tautel, laisse voir un scrotum énorme gonflé par une hernie, et le rustre, croyant obéir aux rite=> sacrés, coupe d'un seul trait cette tumeur et châtre le pauvre aruspice qui, de Toscan qu'il était, devint Gallus. (Gaulois ou prêtre de Cybèle). »
Ingens iratis apparuit hernia sacris.
Occupât hanc ferro rusticus, atque secat.
Hic modo qui Tuscus fuerat, nunc Gallus aruspes.
Il faut se rappeler que les prêtres de Cybèle étaient eunuques. Martial ne laisse pas passer l'occasion de faire un mot. Il fait entendre, cependant, à l'aruspice qu'il pourra changer de corporation religieuse.
« Nous ne plaignons pas beauccjD cet aruspice, ajoute Ménière ; il a été opéré cilo et tuto^ sinon jucunde^ parce que ce chirurgien improvisé s'est servi d'un bon instrument, falce peracata, tandis que les prêtres de Cybèle suivaient un procédé sauvage pour arriver au même résultat. »
' C'était, en effet, avec un fragment de vase qu'ils pratiquaient la castration. Et ce qui paraîtra extraordinaire à nos chirurgiens, c'est que l'opération était rarement mortelle et qu'elle n'était presque jamais suivie d'hémorragie.
Les anciens ne connaissaient ni l'auscultation ni l'histologie pathologique qui nous permettent aujourd'hui de faire un diagnostic exact entre les affections bronchiques purement inflammatoires et la tuberculose pulmonaire. Aussi, con-
sidéraient-ils la toux comme un symptôme entraînant toujours un pronostic défavorable.
Voici, à ce propos, Fhistoire que nous raconte Martial, d^un certain Gemellus :
Il va se marier, dans l'espoir que sa femme ne vivra pas longtemps,, et lui laissera sa fortune. Il presse le mariage, il fait une cour assidue, il envoie des cadeaux à sa fiancée Maronilla. Celle-ci est donc jolie? Erreur, elle est horriblement laide. Quel charme y a-t-il donc en elle pour qu'elle lui plaise tant?... Elle tousse.
Petit Gemellus ntiptias Maronillas, Et cupit, et instar, et precatur, et donat, Adeone pulchra est? immo fœdius ml est. Quid ergo in illa pctitur et placet? Tussit,
Ainsi, elle est condamnée : elle tousse.
Dans une autre épigramme, Nsevia est phtisique, car elle tousse aussi, et quoique la maladie marche lentement, Bith^/nicus, son mari, croit que son affaire est déjà faite. En effet, N^evia respire difficilement, elle a une toux sèche et ses crachats tombent sur sa poitrine.
Quod querulum spirat, quod acerbum Naevia tussit Inque suos mittit sputa subinde sinus :
Un mari, dans le même genre que ces deuxlà, dit à un de ses amis, Fabianus : Lycoris a enterré toutes ses amies. Que ne devient -elle Famie de ma femme ! Elles devaient probablement tousser aussi, les amies de Lycoris.
Ce souhait a le mérite d'être aussi sincère
que celui de ce pleureur, qui suivait les enterrements.
Un jour, il refuse d'assister à la cérémonie funèbre d'un riche personnage, malgré les offres les plus généreuses. « Vous me donneriez, dit-il, tous les trésors da Grand Roi, qu'il me serait impossible de pleurer aujourd'hui. — Pourquoi donc? — J'ai perdu ma femme. »
Dans nos cours de clinique médicale, on n'a probablement jamais entendu parler de la fièvre hémitritée, une forme de lièvre intermittente. Il faut croire qu'elle n'était pas rare autrefois. Martial en fait souvent mention. Il s'adresse à Mathon :
Tu déclames. Mathon, malgré ta fièvre. Ne sais-tu pas que c'est de la Irénésie. Tu es fou, mon ami Mathon. Tu déclames et tu es malade; tu déclames et tu as Yhémitritée. Si tu ne peux suer autrement, tu as raison.
Déclamas in febre, Mathon : hanc esse phrenesim Si nescis, non est sanus, amice Mathon.
Déclamas ceger, déclamas hemitritccus.
Si sudare aliter non potes, est ratio.
Tu as tort de croire que tu fais preuve d'un grand courage : quand la fièvre nous brûle le sang, un grand courage, c'est de se savoir taire,
^laihon.
Magna tamen res est. Erras : quum viscera febris tixurit, res est magna tacere, Mathon.
En voici un autre exemple :
Maron a fait publiquement un vœu pour son
ami, un vieillard, qui est atteint d'une /îè^^re hémitritée avdQntQj grave : si le malade échappe à la mort, il immolera au grand Jupiter une noble victime. Mais voici que les médecins répondent de la guérison.
Cœperunt certam medici spondere salutem.
Alors, Maron fait de nouveaux vœux pour ne pas accomplir le premier. — Jolie clientèle !
J'ai voulu me rendre compte de ce qu'il faut entendre par fièvre hémitritée, et de mes recherches il résulte que celle-ci est une fièvre intermittente demi-tierce (vjaiau moitié, xpiTottoç fièvre tierce), dont les caractères étaient considérés comme de nature grave. Quelques auteurs voient en elle la complication d'une fièvre quotidienne, rémittente ou intermittente avec une tierce. Les différents modes de combinaison des accès donnent les quatre espèces suivantes : 1° tierce intermittente et quotidienne rémittente, ce serait la vraie hémitritée du premier ordre de Galien; 2° tierce rémittente et quotidienne intermittente, (vraie hémitritée du deuxième ordre de Galien); 3° tierce rémittente et quotidienne rémittente, (grande hémitritée); 4° tierce intermittente et quotidienne intermittente, (petite hémitritée).
Cette classification ne signifie pas grand'chose, car toutes ces formes sont tributaires du sulfate de quinine, et : Naturam morborum curationes ostendant.
Quand Martial n'est pas l'ami d'un malade,
il fait un diagnostic à sa façon et se livre à des. considérations fantaisistes sur Tétiologie. Vous allez le voir :
On dit bien à tort que Tongilius est atteint d'une fièvre hémitritée. Je connais les habitudes du bonhomme : il a faim et il a soif.
Uri Tongilius maie dicitur hemitriteeo Novi hominis mores : esurit atque sitit.
Il prend au filet des grives grasses, il )ette Thamecon au surmulet et au brochet. On soigne pour lui les vins des meilleurs crus, ceux qu'on a faits sous le consulat d'Opimius. On lui verse dans de petites coupes le noir Falerne. Tous les médecins ont prescrit des bains à Tongilius. O insensés, vous croyez donc que c'est la fièvre qui le rend malade ! c'est la goinfrerie.
Omnes Tongilium medici jussere iavari O stulti febrem creditis essel gula est.
Martial ne donne pas le nom d'hémitritée à toutes les fièvres.
Son épigramme à Lentilus ne permet pas de douter qu'il savait en faire la distinction avec la fièvre gastrique, par exemple. Il écrit :
Voici bien des jours, Lentinus, que la fièvre ne te quitte pas. Tu te désoles et tu voudrais savoir quand elle disparaîtra.
Quare tam malis a te, Lentine, diebus Non abeat febris, queeris, et usque gémis.
Or, elle va à la promenade avec toi, elle va au bain *, elle mange des champignons, des
huîtres, de la tétine et du sanglier. Elle se grise continuellement de Falerne ou de Sétia, elle ne boit le Gécube que glacé ; elle ne couche que sur la rose et ramomum * ; elle ne dort que sur la plume et la pourpre.
Gestatur tecum pariterque lavatur :
Cœnat boletos, ostrea, sumen, aprum, Ebria setino fit sœpe, et sœpe Falerno :
Nec nisi per nivcam Ccecuba potat aquam Circumfusa rosis, et nigra recumbit amomo;
Dormit et in pluma, purpureoque toro.
Elle a Pair de tant te plaire, elle est si bien traitée chez toi, voudrais-tu, par hasard, quêta fièvre donne la préférence à Dama ?
Quum si pulchre, quum tam bene vivat apud te. Ad Damam potuis vis tua ferris erat?
Qu'était-ce donc ce Dama? un pauvre hère sans doute, un va-nu-pieds, un artiste incompris, un poète affamé, un gueux quelconque, qui ne mangeait pas tout son soûl, c'est certain. Mais il n'avait pas la fièvre, et son estomac digérait bien à l'occasion.
Le citoyen Panhénopéus est accusé du même défaut, quoique il ne soit pas atteint de la même maladie. Mais Martial n'y regarde pas de si près avec ceux qui ne sont pas ses amis. Il lui dit:
Ton médecin, Parthénopéus, t'a prescrit, pour adoucir ta gorge, qu'une toux opiniâtre
I. Vamomum est une herbe vivace, aromatique, ^yriginaire des pays chauds.
déchire sans cesse, du miel, des amandes douces, des bonbons et tout ce qui calme les enfants.
Leniat ut fauces medicus, quas aspera vexât
Assidue tussis, Panhenope, tibi, Mella dari, nucleosque jubet, dulcesque placentas,
Et quidquid pueros non sinit esse truces.
Malgré cela, tu tousses toute la journée, ce n'est pas le rhume, Parihénopéus, qui te rend malade ! C'est la gourmandise.
Il est certain que Icî Romains étaient de fameux gastronomes. Et la goutte ne les épargnait pas, comme nous le savons.
iMartial décoche cette flèche à un plaideur du nom de Diodorus, qui n'a pas fait dt provision à son avocat: Ce n'est pas la goutte qu'il a, ditil, c'est la chiragre.
Litigat, et podagra Diodorus, Flacce, laborat. Sed nil patrono porrigit : haec chiragra est.
Martial fait voir ainsi qu'il sait très bien que la chiragre est aux mains ce que la podagre est aux pieds.
Dans une autre épigramme, il reproche à Célius de feindre d'avoir la goutte, pour se soustraire à certaines réceptions.
Cœpit fingere Cselius podagram.
Mais à force de donner la fiction pour la réalité, à force de recouvrir deliniments et de bandelettes ses pieds d'abord sains, à force de marcher péniblement, voyez quelle est la puis-
sance de cet art d'imiter la douleur I Gélius n'eut plus besoin de feindre la podagre.
Desit fingere Cselius podagram.
Était-ce pour prévenir Parthrite goutteuse que les Romains se faisaient masser les articulations pendant et après les repas? Nous trouvons dans une épigramme sur Zoïle ces deux vers :
Percurrit agili corpus arte tractatrix, Manumque doctam spargit omnibus membris.
dont voici le sens :
Une masseuse frictionne son corps avec habileté, et pétrit d'une main savante chacun de ses membres.
Était-ce plutôt de la sensualité? Dans tous les cas, leur diathèse goutteuse ne provenait pas seulement du raffinement de leur cuisine, mais aussi de leurs habitudes d'intempérance. Un ou deux exemples à l'appui de ce que j'avance :
Phryx, le célèbre buveur, était borgne d'un œil et malade de Tautre. Héras, son médecin, lui dit : Sois sobre, car si tu bois du vin, tu deviendras aveugle.
Potor nobilis, Aule, lumino uno Luscus Phryx erat, alteroque lippus.
Huic Heras medicus : Bibas caveto; Vinum si biberis, nihil videbis.
Phryx répondit en riant : Alors, adieu, mon dernier œil, et immédiatement il ordonne qu'on
lui verse rasade sur rasade. Veux-tu connaître la fin de l'histoire ? Phryx but le vin et son œil le poison.
Ridens phryx, oculo, valebis inquit.
Misceri sibi protinus deunces, Sed crebros jubet. Exitum requiris?
Vinum Phryx, oculus hibit venenum.
Voici l'autre qui est à l'adresse d'un ivrogne qui, probablement, n'avait pas l'habitude d'inviter notre satirique à ses libations :
Au milieu de la nuit, Panaretus, ivre, avait demandé, par le craquement des doigts, le vase indispensable. On lui apporte la dame-jeanne qui avait contenu le vin de Spolète et qu'il avait vidée sans se gêner. Notre homme, qui est l'honnêteté même, rend à la bouteille tout le vin qu'elle avait contenu et la remplit jusqu'au goulot. Tu te demandes, Rufus, comment la bouteille avait pu renfermer tout ce qu'il avait bu ? Gesse ton étonnement : il avait bu pur.
Desine mirari, Rufe : merum esse.
Comme on le voit, le Falerne était bien un des facteurs de la podagre des Romains, au même titre que le foie gras, que le saumon et les truffes. Mais il faut bien convenir que, sous ce rapport, nous n'avons rien à leur envier. Remplaçons Falerne par Champagne et nous aurons le même résultat, comme le dit un de nos confrères, dans ce joli quatrain :
Notre orteil est ton but^ adversaire divin^
O Champagne! Et toujours tu nous vaincs dans la lutte.
Ce qu'Hugo dit de l'eau peut se dire du vin : Perle avant de tomber et goutte après la chute.
C'est donc avec raison qu'on considère la g:>utte comme la maladie des gens riches. Sydenham, qui était horriblement goutteux, se consolait de ses douleurs, en disant
Divites plures interemit quam pauperes, plures sapientes quam fatuos.
Elle frappe plus souvent les riches que les pauvres, les gens d'esprit que les sots.
Le grand médecin anglais ne pouvait ignorer ces deux aphorismes d'Hippocrate :
« 1° Les eunuques ne deviennent ni goutteux ni chauves.
« 2° Un enfant n'a jamais la goutte avant les premières jouissances. »
A une nourriture trop succulente et au vin vieux, il faut donc ajouter les plaisirs de Vénus pour avoir la recette complète de la podagre, que Sydenham connaissait parfaitement, comme beaucoup d'entre nous, académiciens célèbres ou simples praticiens.
Car la garde qui veille à la porte du Louvre N'en de/end pas les rois.
Tous les auteurs modernes ont fait le triste tableau de la stomatite gangreneuse des enfants, qu'il faut considérer comme étant plutôt l'ex-
I. Hippocrate, Œuvres complètes, trad. Littré. xxviii et XXX, sect. 6.
pression d\in état général particulier, qu'une forme de la stomatite. Vers la fin du premier septénaire, des points gangreneux se montrent sur la muqueuse qui tombe bientôt en détritus, une sanie fétide s'écoule de la bouche, les gencives se détruisent, les dents s'ébranlent, les os se nécrosent. A l'extérieur, Teschare apparaît, la gangrène envahit toutes les parties molles et les joues se perforent. Les symptômes généraux s'aggravent, les forces s'épuisent, les complications surviennent dans tous les appareils organiques et vers le quinzième jour, quand un traitement énergique n'a pu enrayer le processus morbide, la mort vient mettre fin à cette terrible maladie de l'enfance.
Martial nous a parlé de cette affection, en écrivant l'épitaphe d'une enfant. Ce jour-là, il avait mis un voile de deuil à sa plume :
Ci-gît Canacé, jeune Eolienne dont la septième année fut la dernière. Abomination, profanation ! Passant, retiens un instant tes larmes, car il ne faut pas pleurer sur la brièveté de la vie.
/Eolidon Canace jacet hoc tumulata sepulcro, Uhima cui parvee septima venit hyems.
Ah scelus, ah facinus! properas quid flere, viator? Non Ucet hic vitœ de brevitafe queri.
Le genre de sa mort est plus triste que sa mort même : Une horrible plaie a détruit son visage et s'est étendue sur sa bouche délicate. Les ulcères ont dévoré ses lèvres mignonnes, et le bûcher n'en a reçu que des lambeaux.
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Tristius est leto leti genus : horrida vultus Abstulit et tenero sedit in ore lues; îpsaque crudeles ederuiit oscula morbi; Nec data sunt nigris tota labelia rogis.
Si une mort cruelle devait l'emporter dans son vol rapide, que ne prenait-elle un autre chemin.
Mais elle s'est empressée de fermer le passage de cette voix pleine de charmes, de peur que sa langue pût attendrir la Parque inexorable.
Si tam praecipiti fuerant ventura volatu, Debuerant alla fata venire via.
Sed mors vocis iter properavit cludere blandae; Ne posset duras flectere lingua deas.
Dans l'épitaphe à Festus que le poète nous montre attendant stoïquement la mort et refusant de mettre fin à ses souffrances par le poison, la maladie de cet homme se trouve ainsi décrite :
Indignas premeret pestis quum tabida fauces, Inque ipsos vultus serperet atra lues.
Je traduis littéralement :
Une ulcération putride s'est localisée dans sa gorge et s'est étendue jusqu'à son visage.
Quelle est la nature de cette affection? Il est difficile de se prononcer. En raison de Tâge avancé de Festus, M. Ménière pense qu'il devait s'agir d'un cancer...
Après les maladies, disons un mot de la convalescence.
C'était un usage chez les Romains de faire
des cadeaux à ceux qui entraient en convalescence. Polycharme semblait abuser delà chose. Aussi Martial ne se gêne pas pour le lui dire :
Tous les ans, tu es malade au moins dix fois. Ce n'est pas à toi que cela déplaît, Polycharme, mais à nous. Car chaque fois que tu te relèves, tu réclames à tes amis les présents de la convalescence [Soteria). Aie de la pudeur, Polycharme, et ne fais plus qu'une maladie.
iEgrotas uno decies, aut sœpius, anno ; Nec tibi, sed nobis hoc, Polycharme, nocet. Nam quoties surgis, soteria poscis amicos. Sit pudor : segrota jam, Polycharme, semel.
Ainsi Martial lui permet encore une maladie... la dernière, la seule que nous ne savons pas guérir!
Nous avons déjà dit, dans notre chapitre sur Juvénal, la place considérable que les bains occupaient dans les habitudes et l'hygiène des Romains. Aux thermes, qui étaient construits avec la plus grande magnificence, étaient annexés des gymnases pour les exercices du corps et des édifices pour des cours publics de déclamation et de philosophie.
Les thermes se composaient de six pièces principales :
La première appelée Spoliatoriiim servait de vestiaire où des employés [Capsarii) gardaient les vêtements.
La seconde appelée Suciatlo ou Laconicum était une étuve sèche, de forme circulaire, gar-
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nie de gradins, dont le plafond avait la forme d'un dôme muni d'une baie destinée aux prises d'air. Dans cette étuve, on était donc soumis, pendant un temps donné, à Tinfluence de Tair chaud.
La troisième portait le nom de Caldariiim ou Balneum^ composée d'un bassin peu profond [Labriim] et d'un bassin plus grand où l'on pouvait nager [Piscijià). Ces bassins étaient remplis d'eau chaude et étaient communs. Pour ceux qui voulaient se baigner séparément, il y avait des baignoires particulières, solia^ placées sur les côtés de la salle.
La quatrième était le i^r/^zci?<3r/z/m, pièce vaste, non chauffée, où se trouvait une grande piscine d'eau froide dans laquelle on se jetait pendant quelques instants, en sortant du Caldariiim.
La cinquième, dont la température était modérée, était désignée sous le nom de Tepidarhnn., Elle était destinée au raclage avec Tétrille, et au massage. Ensuite, on s'enroulait dans des couvertures de laine, et l'on provoquait ainsi une seconde sudation, moins forte que la première, suivie de frictions sèches destinées à essuyer la sueur.
La sixième était V Unctuarium destinée aux onctions avec des huiles et des parfums, mais tout le monde ne passait pas par celle-ci.
Tel était le bain complet chez les Romains ; ils en usaient journellement. L'ouverture était annoncée au son de la trompette et des cloches, comme le dit Martial : eonat ^s thermarum.
Or, un certain Oppianus faisait exception à la règle et ne fréquentait jamais les bains publics. Martial lui reproche vertement son défaut de propreté :
Si tu ne vas pas te baigner dans les thermes d^Etruscus, tu mourras, Oppianus, dans ta crasse.
Etrusci nisi thermulis lavari Illotus morieris, Oppiane.
Jamais eaux ne te charmeront davantage : ni les sources d'Apone, défendues aux jeunes filles, ni celles de la molle Sinuesse, ni les flots bouillants du Passer,* ni ceux d'Anxur la superbe, ni les bains d'Apollon, ni ceux de Baïes la première de nos eaux thermales. Nulle part le ciel n'est plus pur, nulle part le soleil ne brille davantage, et ne reste plus longtemps à l'horizon. On y voit les marbres du Taygète aux verts reflets, des roches d'une nuance plus chatoyante que celle des monts phrygiens et des antres de la Lybie. Une vapeur sèche échauffe l'épaisse onyx, et les ophites s'y pénètrent d'une douce chaleur. Si tu le veux, à l'exemple des Lacédémoniens, après être resté quelques instants dans rétuve, tu pourras te plonger dans la piscine de la Vierge ou dans celle de Martius dont la transparence est telle qu'on doute qu'il ^"y trouve de l'eau. On les prendrait volontiers pour du marbre de Lygdos.
Hélas! tune prêtes aucune attention à mes paroles, et, l'oreille autre part, tu n'as pas l'air
de m'entendre. Tu mourras dans ta crasse, Oppianus.
Non attendis et aura me supina, Jamdudum quasi negligenter audis.
Illotus morieris, Oppiane.
Tout le monde sait que les Romaines usaient largement du maquillage et de la prothèse. Ovide a écrit sur les cosmétiques tout un poèm3. Leur toilette était une des affaires les plus importantes de leur existence. Les soins dz leur chevelure exigeaient le service de plusieurs esclaves : la fusca ou femme de chambre; les cinifloues pour peigner et boucler les cheveux; les pectades pour les parfumer; Vornatrix pour les arranger avec art et y placer les fleurs. Et quand elles n'étaient pas satisfaites de leur coiffure, elles mettaient une perruque blonde ou bleue. Elles se servaient aussi de philocomes dans lesquels entraient la lentille, le millepertuis, la capillaire et la sauge, qui les noircissaient. Le safran les teignait en jaune. La nuance blonde s'obtenait avec de la lie de vinaigre et de l'huile de lentisque, ou bien avec du jus de coing mêlé à celui de troène.
Les femmes de l'aristocratie se faisaient épiler par dcs sagœ (sages-femmes bonnes à tout faire). Elles allongeaient leurs sourcils et teignaient leurs cils avec une aiguille noircie à la fumée. Quelques-unes prenaient des bains de lait d'ânesse. Elles se mettaient des mouches sur la figure comme les duchesses de la régence et les demoi-
selles qui se dégaisent en Pompadour. Enfin, elles avaient des emplâtres pour effacer les rides,
Et réparer des ans Virréparable outrage.
Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer tout ce qui servait à leur coquetterie.
Demandons maintenant quelques détails à Martial sur ces différents arts :
On ne m'a pas trompé, dit-il à Lydie, quand on m'a vanté non pas ton beau visage mais ton teint éclatant. C'est une figure de cire.
11 s'adresse à Polla :
C'est en vain que tu tentes d'effacer avec de la farine de fèves les rides de ton ventre, Polla; tu cherches à te faire illusion, mais tu ne pourras tromper mes yeux. Accepte ce défaut qui est insignifiant. L'imperfection que Ton cache permet de la supposer plus grande qu'elle n'est.
Lomento rugas uteri quod condere tentas, Polla; tibi ventrem, non mihi labra linis. Simpliciter pateat vitium fortasse pusillum : Quod tegitur, majus creditur esse malum.
Il dit à Gellia, une des meilleures clientes du parfumeur Cosmus :
Partout où tu entres, on croirait voir Cosmus avec toutes ses essences s'échappant de leurs flacons brisés. Toutes ces superfluitéste plaisent, Gellia, mais tu sais, je pourrais avec elles donner le même mérite à mon chien.
Quod quacunique, venis, Cosmum migrare putamus, Et tiuere excusso cinnama fusa vitro.
Nolo peregrinis placèas tibi, Gellia, nugis. Scis, puto, posse meum sic bene olere canem.
Il accuse Lélia :
Tu n'as pas honte de porter ces fausses dents et ces faux cheveux. Que ne te fais-tu poser aussi un œil, Lélia?
Dentibus atque cosmis, nec te pudet, uteris emptis. Quid faciès oculo, Lselia ? non emitur.
Il dit de Fabulla :
Elle prétend que ses cheveux sont à elle ; elle ne ment pas, ils sont bien à elle, Paulus, elle les a payés.
Jurât capillos esse, quos émit, suos, Fabulla : numquid, Paule, pejerat? nego.
A une vieille garde, du nom de Galla, il offre ce compliment peu flatteur :
Pendant que tu es chez toi, Galla, dans le faubourg, on prépare ta coiffure et l'on frise tes faux cheveux. Le soir, tu ôtes tes dents comme ta robe, tu places tes appas dans cent boîtes diverses, et ton visage ne couche pas avec toi...*.
I. Il faut remarquer que Martial n'a pour but que de critiquer l'abus des perruques, la tête chaussée calceatum caput, comme il le dit dans une autre épigramme. Car la mode des perruques était devenue générale vers les derniers temps de la république, comme on en voit la preuve dans Ovide, TibuUe, Properce : u 11 fallait, pour l'ornement d'une tête romaine, dit l'abbé Nadal, l'académicien, les dépouilles d'une infinité d'autres têtes. Tantôt les cheveux flottaient sur les épaules au gré des vents, tantôt ils s'arrondissaient en boucles sur un sein d'albâtre. Souvent on en tressait des couronnes; quelquefois ils s'élevaient à pic et laissaient à dé-
Mais si les modes françaises ressemblent, sous ce rapport, un peu trop aux modes romaines, nous avons la satisfaction de constater que nous ne nous maquillons pas comme les efféminés de Rome, qui se faisaient épiler, qui portaient des mouches sur la figure et qui se parfumaient comme des courtisanes . Nous savons aussi que les artistes dramatiques et lyriques de Tépoque se faisaient infibuler, non pas par esprit de
couvert l'ivoire d'un joli cou. C'est l'impératrice Plotine, femme de Trajan, qui introduisit les perruques à l'Androinaque, s'élevant par étages au-devant de la tête et formant une espèce de turban à triple rouleau. » {Dissertations sur le luxe deS' dames romaines.)
Adrien Valois a recueilli quatorze médailles d'impératrices romaines et sur chacune de ces médailles on voit une pîrruque différente. D'autres médailles, dit M. H. de Guérie, nous montrent les têtes impériales d'Othon, de Commode, de Poppée, de Julie, de Lucile, ornées de capillamei.ts : c'était le nom générique des perruques romaines. Elles portaient en chenille le galericon : c'était une sorte de petit casque qui donnait à leurs traits, avec un air cavalier, quelque chose de plus piquant. Le corymbion était pour les visites d'étiquette, les promenades et le spectacle. L'empereur Commode portait un corymbion chargé de poudre d'or, Caligula et Othon cachaient leur calvitie sous le galericon. César, quoique chauve, ne portait pas de perruque. Ses soldats plaisantèrent souvent son crâne dénudé, et derrière son char de triomphe ils crièrent souvent : u Voici le chauve adultère; maris cachez vos femmes!» Calvum mœchum duximus ; mariti servate uxores!
C'était surtout les jours de fêles que brillaient les perruques. Aux. calendes de janvier, c'est à-dire aux premiers jours de Tan, l'étrenne la mieux reçue était une perruque. Si les matronales étaient la fête des dames, elles étaient aussi la fête des perruques. (Ovide, Fastes, liv. 111.)
Les chevelures allemandes et gauloises étaient les plus recherchées des perruquiers romains, à cause de leur couleur dorée.
chasteté, mais pour pouvoir coter plus haut leurs faveurs. Ils connaissaient assez le cœur de la femme pour savoir que, sans obstacle, on ne fait pas une passion. Aux ardeurs des nobles patriciennes, ils opposaient l'anneau, mais ils ne défendaient pas de le limer. Voici ce que nous trouvons à ce sujet dans une épigramme : Dis-moi donc un peu à quoi sert cet anneau des comédiens et des chanteurs ? A se vendre plus cher.
Die mihi simpliciter, comœdis et citharœdis Fibula quid praestat? Carius ut fatuant.
On infibulait également les enfants et les gladiateurs, mais c'était pour les forcer à conserver leur santé. Juvénal nous a déjà fait connaître cette coutume.
Ménière pense que les hommes s'épilaient avec un onguent fait avec le suc de la racine de la bryone. Cependant, quelques-uns se faisaient raser, comme Martial. Mais, un jour, celui-ci fut mécontent de son barbier; il prit sa bonne plume de Bilbibis et écrivit ces lignes :
Que celui qui ne veut pas encore faire connaissance avec les rives du St3^x, se préserve, s'il est sage, du barbier Antiochus. Les prêtres de Gybèle se servent pour se mutiler de couteaux moins terribles que les siens. Alcon a la main plus légère que lui pour opérer une hernie intestinale et réduire une fracture.
Alcon devait être un chirurgien mal vu de Martial.
Mitior implicitas Alcon secat enterocol3<ï, Fractaque fabrili dedolat ossa manu.
Qu'il rase de pauvres cyniques et des mentons stoïciens et qu'il se contente de tondre la crinière poudreuse des chevaux. Il raserait le malheureux Prométhée sur son roc glacé que celui-ci préférerait le vautour qui lui déchirait la poitrine. Penthée se sauverait vers sa mère et Orphée vers les Ménades, au bruit atroce que fait le rasoir d'Antiochus. Tous ces stigmates que vous voyez sur mon menton,
ll^c quaecumque meo numeratis stigmenta mento,
aussi nombreux que ceux qui sillonnent le front d'un vieil athlète, ne sont pas le jeu des ongles d'une femme irascible, je les dois au rasoir d'Antiochus, à sa m.ain meurtrière. De tous les animaux, un seul, le bouc, a le sens commun : il vit avec sa barbe, de peur d être rasé par Antiochus.
?>Iartial oublie de nous dire une chose, c'est qu'il avait la mentagra. Il l'avoue à Phiiénis, qu'il ne veut pas embrasser :
Tu me demandes, lui dit-il, pourquoi j'ai un emplâtre au menton, pourquoi la céruse blanchit mes lèvres...
Cur splentato ssepe prodeam mentOt Albave pictus sana labra cerussa.
Or, quelle était la cause de cette meiiiagra^ qu'il nous a dépeinte comme un ulcère contagieux ? Rosenbaum l'attribue, comme les fies et
les condylômes des organes génitaux, au cunnilingere. Et Martial était un ardent adepte de la chose.
Juvénal a parlé des marisques que les médecins coupaient, en se moquant de leurs clients. Catulle a dit que César et Mamurra, tous deux flétris de stigmates indélébiles, portaient les hideuses cicatrices de la débauche. Martial nous décrit une famille atteinte de fies. Voici le morceau :
La femme a des fies, le mari a des fies, la fille a des fies, et le gendre et le petit-fils en ont également.
Ficosa est uxor, ficosus et ipse maritus, Filia ficosa est, et gêner atque nepos.
Intendant, métayer, journalier, laboureur, tous sont dévorés de ce honteux ulcère. Jeunes et vieux, tous ont des fies.
Nec dispensator, nec villicus ulcère turpi, Nec rigidus fossor, sed nec arator eget. Quum sint ficosi pariter juvenesque senesque.
Il y a donc lieu de supposer que c'était une maladie contagieuse. Les fies étaient des excroissances charnues, ayant la forme d'une petite figue, qui se développaient à Tanus et aux parties sexuelles, des végétations analogues aux crêtes de coq. Il est certain que ces fies avaient pour cause un coït impur, et que s'ils n'étaient pas syphilitiques, ils avaient au moins un carac* tère vénérien.
Rosenbaum * a commenté cette épigramme : De familia ficosa. Les mots ulcère turpi montrent, que ficus, ainsi que les mots grecs <7u-/,oç et CU7WC71Ç, ne signifient pas seulement une excroissance ayant la forme d'une figue, mais aussi un ulcère à surface granuleuse, semblable à Tun de ces fruits coupé en deux. Peut-être serait-il mieux de prendre ces ulcères pour des condylômes entrés en suppuration.
Dans une autre épigramme, nous trouvons ce conseil à Hédilus :
Si tu ne cesses de te faire porter par des chèvres, de figuier que tu étais, tu deviendras figuier sauvage.
Qu'il faut interpréter ainsi, en comprenant les jeux de mots si fréquents dans Martial :
Si tu ne cesses de cohabiter avec des prostituées, de ficus (\nQ. tu étais, tu deviendras j^c/^5 à l'état sauvage (caprificus).
Gestari junctis nisi desinis, Hedyle, capris Qui modo ficus eras, jam capriticus ens.
Ces condylômes se gagnaient donc par le coït impur avec des filles publiques.
On trouve une autre preuve plus positive encore du caractère contagieux de ces fies, par les rapports vénériens ^.
Une jeune fille, très infectée de fies, refuse de cohabiter avec son amant. Celui-ci n'insiste pas