SUR LA VIE DE BAILLY. XI
de la main qu'il n'en prend point. Cette muette entrevue dura environ deux heures : enfin , Bailly se lève , Franklin le reconduit , lui serre la main en répétant ces seuls mots : fort bien. Telle fut l'origine des relations de ces deux hommes célèbres. Bailly aimait à raconter cette anecdote , et disait souvent que ybri bien étaient les seuls mots qu'il eût jamais obtenus de Franklin , lorsqu'il se trouvait tête à tète avec lui.
En 1786, l'Académie des sciences désigna des commissaires pour l'examen d'un projet relatif à la construction d'un nouvel Hôtel -Dieu. Bailly, nommé l'un des commissaires , fut encore chargé du rapport. Il déploya, dans cette nouvelle tâche , autant de lumières et de connaissances que de philanthropie (i). Ses vues, dictées par l'hmnanité la plus pure et la plus éclairée, avaient obtenu l'approbation du gouvernement , lorsque la révolution vint en arrêter l'accomplissement.
Déjà s'avançait cette révolution qui lui préparait une si vaste carrière de gloire et d'infortune. Depuis le règne de Louis XIV, la société avait fait un progrès immense ; étranger à la marche du siècle , le gouvernement seul était resté immobile , et ce désaccord des moeurs et des institutions , de l'esprit public et de l'administration , présageait une secousse violente , à moins que l'autorité elle-m^e ne se hâtât de prévenir les exigences de l'opinion. Turgot et Malesherbes , ministres trop peu de temps , avaient ouvert la route des réformes sans pouvoir la parcourir toute entière \ leurs faibles successeurs , un seul excepté , avaient abandonné leurs traces. Enfin les besoins de l'Etat , la rivalité des pou-
(i) Le Rapport sur l'Hôtel-Dieu parut imprimé en 1787.