SUR LE BARON DE BESENVAL. XYIÏ
Jettes , son héroïsme bouffon , sa grossièreté qu'il croyait un ton militaire , le corps-de-garde et l'étude mêlés dans son langage , sa valeur dont il parlait sans cesse , comme un fripon parle de sa probité , sa raison gâtée par des livres qu'il n'entendait pas, son ignorance acquise et sa sottise naturelle, furent pour M. de Besenval une véritable jouissance. La douceur de se moquer de M. Bourdon était une consolation de tous les momens.
Le baron de Besenval fut transféré , le 7 novembre 1789, dans la chambre de l'aumônier du Châtelet j et sur le compte qu'en rendirent les journaux , les préventions excitées contre lui se ranimèrent. Une foule immense entourait sa prison , soir et matin. Le peuple demandait , à grands cris , qu'il fût jugé ; la populace , plus pressée , demandait sa tête. Ceux qui n'ont pas lu notre histoire , ne reconnaissaient plus la nation française.
M. de Besenval raconte qu'au milieu de ces hurlemens , un petit billet lui fut apporté par un geôlier. Il était ainsi conçu : « Ils viendront} mais j'y serai. » M. de
ne monta jamais à la tribune, que pour opprimer l'innocence, combattre la justice, faire taire la pitié'. Deux mots le peindront mieux que tout ce qu'on pourrait dire : Le'onard Bourdon en fut jaloux.
Nommé membre du Conseil des Cinq-Cents , il inquiéta le pouvoir ombrageux du Directoire ; et , quoiqu'il fût trop méprisé pour être dangereux , les triumvirs de fructidor l'envoyèrent pourir dans les fanges de Sinamari. Bourdon eut l'honneur de partager l'exil des Barthélémy 7 des Pichegru, des Barbé-Marbois , et de quelques autres hommes non moins estimés. On assure qu'il leur dit , dans le cours de la traversée : «Partout où le sort vous mènera, vous trouverez intérêt et j) considération ; mais , Bourdon de l'Oise ! ! »
H mourut, presque en arrivant, d'une fièvre putride, compliquée de remords et de honte.