SUR LE BARON DE BESENVAL. XXVII
Le baron de Besenval était irascible et violent. Il prétendait que tous ses efforts pour triompher de ce naturel impétueux avaient été vains. Au moins n'oubliait-il rien de ce qui pouvait faire pardonner ses emportemens.
Un vieux serviteur , qui l'avait vu naître , occupait un appartement dans sa maison. Il y passait tranquillement les derniers jours de sa vie, nourri, soigné, servi même avec des égards recommandés à tous les domestiques. On laissait à Blanchard ( c'était son nom) quelques petits détails, pour éloigner de lui la pensée qu'il était inutile. Un jour , il eut le malheur de laisser tomber un vase du Japon , où M. de Besenval élevait avec soin un arbuste sorti de la serre de Trianon. La plante , couverte de ses fleurs , fut brisée. Le baron furieux maltraita de paroles le pauvre vieillard qui , désespéré de sa maladresse et des reproches de son maître , lui demanda le lendemain la permission de se retirer : « Vous me quit- » teriez ! lui dit le baron ému : vous , Blanchard ! il n'en » sera rien, mon vieil ami. » Blanchard insiste. % En » ce cas , Monsieur, lui dit son maître , voilà la clef. Vous » êtes plus ancien que moi dans la maison \ c'est à moi » de m'en aller. »
Blanchard attendri , couvert de larmes , voulut se jeter aux pieds du baron : celui-ci le serra dans ses bras.
Ce trait manque à la charmante comédie du Bourru bienfaisant.
Le mal qui termina les jours du baron de Besenval n'était pas douloureux , mais les apparences en étaient enrayantes. De longues défaillances interrompaient absolument sa vie quatre ou cinq fois par jour, et cet état durait deux, trois et même quatre minutes. Las de remèdes impuissans , et résolu de n'en plus faire , il