CHAPITRE IV
» pect et d'amour de ses habitans. La ville s'ap- » plaudit de vous voir dans l'ancien palais de nos » rois; elle désire que le roi et Votre Majesté leur » fassent la grâce d'y établir leur résidence habi- » tuelle ; et lorsque le roi accorde cette grâce , » lorsqu'il daigne lui en donner l'assurance , elle » est heureuse de penser que Votre Majesté a con- » tribué à la lui faire obtenir. » — La reine fît à M. Bailly cette courte réponse.
(( Je reçois avec plaisir les hommages de la ville » de Paris. Je suivrai le roi avec satisfaction par- » tout où il ira , et surtout ici. »
M. le dauphin, en voyant les meubles et les tapisseries antiques du château , étonné de l'obscurité qui régnait dans ces appartemens , inhabités depuis long-temps et tout délabrés, dit à sa mère : {( Tout est ici bien laid , maman . — ■ Mon fils , » lui répondit sa mère , Louis XIV y logeait bien : » nous ne devons pas être plus difficiles que lui . » Un grand nombre de députés quittèrent à cette époque l'Assemblée nationale , et même la France. Parmi ces derniers, on compta M. Mounier et M. de Lally-Tollendal , qui exprimèrent par la suite, d'une manière fort énergique, leur indignation sur les forfaits du 6 octobre. M. Bergasse se retira aussi (i).
(i) Yoici l'extrait d'une lettre que M. de Lally-Tollendal écrivait de Suisse , où il s'était réfugié après le 5 octobre. L'indignation qu'il excita dans tous les cœurs contre les forfaits de cette
M. de La Fayette était responsable alors à la France et à l'Europe de la sécurité de la famille royale qui s'était remise entre ses mains. Cependant il ne se dissimulait pas qu'aussi long-temps que le duc d'Orléans résiderait dans la capitale , la
journée , fit oublier que c'était lui qui avait fait le rapport dans lequel on proposait à la noblesse française un sénat à vie.
« Ni cette ville coupable (Paris), ni cette Assemblée, encore » plus coupable, ne méritent que je les justifie. Il a été au-dessus » de mes forces de supporter plus long-temps l'horreur que me » causaient mes fonctions. Ce sang , ces têtes , cette reine presque » égorgée , et ce roi amené esclave en triomphe à Paris , au milieu » des assassins , et précédé des tôles de ses malheureux gardes- » du-corps; ces perfides janissaires , ces femmes cannibales, ces » cris : Tous les évéques à la lanterne ! dans le moment où le roi » est entré dans sa capitale avec deux archevêques de son conseil » dans sa voiture de suite ; un coup de fusil que j'ai vu tirer dans ■» les voitures de la reine , M. Bailly appelant cela un beau jour ; » l'Assemblée ayant déclaré froidement, le matin, qu'il n'était pas » de sa dignité d'aller tout entière environner le roi; M. le comte » de Mirabeau disant impunément dans cette Assemblée que le » vaisseau de l'État , loin d'être arrêté dans sa marche , s'élançait » avec plus de rapidité que jamais vers la régénération ; M. Bar- » nave riant avec lui , quand des flots de sang coulaient autour î) de nous : le vertueux Mounier échappant par miracle à dix- 5) neuf assassins , qui voulaient faire de sa tête un trophée de plus » voilà ce qui me fait jurer de ne plus remettre le pied dans cette » caverne d'anthropophages, moi et tous les honnêtes gens qui ont » vu que le dernier effort à faire pour le bien était d'en sortir. On » brave une seule mort ; on en brave plusieurs quand elles peu- » vent être utiles; mais aucune puissance sous le ciel , mais au- » cune opinion publique ou privée n'a le droit de me condamner » à souffrir mille supplices par minute, et à périr de désespoir et » de rage au milieu du triomphe du crime. Ils me proscriront, ils » confisqueront mon bien. Je labourerai la terre , et je ne les verv rai plus. » ™