‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 3 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

populace, que la faction de ce prince était toujours prête à mettre en mouvement, tiendrait la ville dans un ëtat d'agitation perpétuelle , et la famille royale dans des inquiétudes toujours croissantes. D'ailleurs , il ne pouvait laisser ce prince à Paris , sans partager en quelque sorte l'autorité avec lui , ou voir continuellement la garde nationale aux prises avec la populace et les brigands. Il y eut à ce sujet une négociation entre eux; la chronique du temps a cite plusieurs détails de cette négociation, que je ne répéterai point, ne les trouvant point suffisamment avérés. Le duc d'Orléans hésitait à céder aux désirs , ou , si l'on veut , aux menaces de M. de La Fayette ; le roi le décida , eu lui disant qu'il était impossible que M. de La Fayette et lui restassent en même temps à Paris ; que les événemens qui venaient de se passer , et la confiance qu'inspirait ce général, rendaient sa présence nécessaire à la tranquillité de la capitale et à celle de la famille royale ; qu'il était indispensable que l'un des deux se retirât; et que c'était en conséquence à lui à céder.

M. de Montmorin écrivit à l'Assemblée nationale, que le roi avait donné à M. le duc d'Orléans une mission pour l'Angleterre, et que ce prince, prêt à partir , n'attendait qu'un passe-port des représentans de la nation . On ne se méprit pas à l'importance de cette mission ; le passe-port fut accordé , non sans beaucoup de remarques de la part de ses amis de la veille , et notamment sur le

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peu d'énergie qu'il témoignait dans cette occasion critique; et Philippe d'Orléans partit le 14 octobre, se jugeant lui-même indigne des crimes qu'il payait , renonçant au succès à cause de la peine, et mettant, comme on le dit alors , conjuration à bas. Il se fit accompagner du sieur Choderlos-Laclos et de madame de Buffon ; et par-là , il fît voir à l'Angleterre et à toute l'Europe , le mépris qu'il faisait de l'opinion publique.

Dès ce moment, plusieurs amis du duc d'Orléans , voyant combien il y avait peu de sûreté à compter sur lui , voulurent se retourner vers la cour. Mirabeau ne fut pas des derniers à exprimer le désir d'être utile au roi , moyennant des arrangemens pécuniaires et honorifiques. Cette négociation, entre Mirabeau et la cour, aurait été conclue beaucoup plus tôt qu'elle ne le fat, si l'Assemblée nationale n'eût pas rejeté avec obstination toutes les mesures que Mirabeau proposait, lorsqu'on soupçonnait qu'elles tendaient à l'introduire dans les conseils du roi.

La reine ayant vu Mirabeau abandonner le duc d'Orléans après son départ pour l'Angleterre, pensa , avec raison , qu'il ne fallait rien négliger pour s'assurer de cet homme énergique et influent , et l'empêcher de se livrer aux partis qui allaient se former des débris du parti orléanique. M. de La Fayette , qui connaissait fort bien la très-mince opinion que Mirabeau avait de lui , ainsi que de M. Wecker, s'y opposa constamment à cette

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