CHAPITRE IV. j
tous les voyageurs près des Tuileries, et de les conduire jusqu'à la voiture. Comme il fallait que cette voiture fût grande , commode et sûre , il prit le parti d'en faire faire une neuve, comme pour lui, qui réunît tous ces avantages.
Ces dispositions préliminaires faites, le départ fut fixé à la nuit du dimanche au lundi, 19 et 20 juin. M. de Bouille en fut instruit assez à temps pour qu'il pût faire ses dispositions, depuis Châlons jusqu'à Montmédy,et avoir le temps d'en instruire la reine avant le départ de Paris. Sous le prétexte d'arrangemens militaires, M. de Bouille fit placer, à portée de Montmécly, les régimens sur lesquels il pouvait le plus compter.
Il fut contrarié dans ces arrangemens par un ordre du ministre de la guerre. Ce n'était plus ce brave et loyal comte de La Tour-du-Pin , duquel
préférée à celle-là , puisque le prélat tenait de la reine les détails qu'il donne. Quant à la convenance dont parle M. de Lévis, l'essentiel était de sauver la jamille royale, et un postillon qui eût bien connu les chemins eût mieux valu qu'un grand seigneur qui, comme M. de Fersen , n'aurait pas connu les rues de Paris. Le général suédois prit par les boulevards , ce qui retarda beaucoup , et l'on verra que le succès ne manqua que par les délais. Si l'on eût été plus exact et plus diligent, le roi accomplissait son projet, et les destinées de la France dépendirent de quelques heures de retard ! Le comte de Fersen sut échapper aux orages delà révolution française; mais il fut victime en 1810 d'une fermentation qui s'éleva a Stockholm à lu mort de Charles-Auguste. Pendant le convoi de ce prince, le peuple assaillit le comte à coups de pierres, et lui donna la mort au milieu de traitemens barbares.
( Note des nouv. édit. )
y 6 MÉMOIRES DE WEBER.
les Mémoires de M. de Bouille ont rendu un témoignage si honorable, et dont le fils eût encore été , dans cette occasion , comme dans l'affaire de Nancy , combattre à côté de ce général. Au lieu de cela, M. de Bouille se vit ôter successivement les carabiniers y royal-liégeois , et Vigiers. Un nouvel ordre , encore plus douloureux , vint éloigner de lui saxe-hussards et rojal-normandie , dont il était très-sûr, et qu'il comptait employer. Il fut contraint de se servir d'autres moins bons; il ne faut cependant pas comprendre dans ces derniers , royal-allemand , le plus brave et le plus sûr de l'armée , et qui heureusement était en garnison à Stenay, et y resta.
M. de Bouille annonça d'avance une tournée dans son commandement , pour pouvoir, sans être soupçonné, sortir de Metz, et se rendre du côté où le roi devait arriver. Il fit en même temps répandre le bruit de l'arrivée d'un convoi d'argent pour la solde des troupes ; il se servit de ce prétexte , pour envoyer quelques détachemens sur la route que le roi devait prendre, et il colora l'arrivée des autres , dt as les points dont il voulut s'assurer , en ordonnant quelques mouvemens de troupes , et en combinant leur marche et leur séjour dans ces points avec le jour où le roi devait passer.
Sous le prétexte de la sûreté de la frontière , il fit tracer un camp sous Montmédy , et donner des ordres pour y faire arriver, le 20, le 21 et le 22