‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 38 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A force de chercher où l'on pourrait sortir du château avec le moins de risque , la reine découvrit qu'une de ses femmes occupait une petite chambre où il y avait une porte qui donnait dans l'appartement de M. le duc de Villequier , situé au rez-de-chaussée, et ayant une issue sur la cour royale des princes , et de l'autre sur la cour royale. M. le duc de Villequier, premier gentilhomme de la chambre , ayant été , comme tous les grands officiers , obligé de cesser ses fonctions , avait émigré à cette époque , et son appartement n'était plus occupé. La chambre de cette femme était à la portée de celle de Madame, fille du roi : sous le prétexte d'agrandir le logement de sa fille , la reine s'empara de cette pièce , en faisant placer ailleurs la femme de service qui l'occupait. Pour mieux détourner les soupçons, elle fit en même temps d'autres changemens, sous le même prétexte. La première femme de chambre fut déplacée , toujours pour agrandir le logement de Madame, et mise au rez-de-chaussée, dans l'appartement de madame la princesse de Chimay, dame d'honneur.

Ces arrangemens faits, on comprend qu'il était aisé de passer sans être aperçu jusque dans l'appartement de M. de Villequier, dont la reine s'était procuré la clef : de là, il ny avait plus de grandes difficultés pour sortir du château, malgré les nombreuses sentinelles qui garnissaient les cours , parce qu'il n'y en avait point dont le poste

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fût à la porte de M. de Villequier; et aussi, parce que, à certaines heures, les sentinelles des cours étaient accoutumées à voir sortir du château beaucoup de monde à la fois , en particulier vers les onze heures du soir , lorsque le service du château était fini.

Il fallait bien mettre quelqu'un dans la confidence, pour faire les préparatifs nécessaires en chevaux et voitures. La reine jeta les yeux pour cela sur le comte de Fersen (i) , jeune seigneur suédois au service de France , dévoué à Sa Majesté depuis long-temps, et sur la fidélité, la discrétion et le courage duquel elle pouvait entièrement compter. M. de Fersen se chargea de faire trouver, auprès de la barrière Saint-Martin, une voiture à six chevaux et à six places pour aller jusqu'à Claye, qui est la deuxième poste sur la route de Châlons ; il se chargea aussi de recevoir

(1) On va voir dans ce récit que le comte de Fersen servit luimême de cocher à la famille royale. M. le duc de Lévis prétend, dans ses Souvenirs , que son rôle ne consista que dans les préparatifs du voyage et dans la direction du départ. « Le comte de Fersen , dit-il, était assez avant dans la confiance du roi et de la reine pour avoir eu , dès l'origine , le secret du mémorable voyage de Yarennes. Ce fut lui qui en dirigea les apprêts; ce fut son cocher qui conduisit la voiture de place dans laquelle Louis XVI et sa famille quittèrent Paris. Le comte les accompagna à cheval jusqu'à la première poste, d'où il regagna la route de Flandre par un chemindetraverse.il était inconvenant, sous plus d'un rapport, que M. de Fersen occupât, dans cette occasion périlleuse, un poste qui -devait appartenir à un grand seigneur français. » Nous pensons que la narration de l'archevêque de Toulouse doit être

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