CHAPITRE IV
dres de M. Deslon, furent place's à Dun , sur la Meuse , passage très-important , à cause du pont et de la rue étroite qui y conduit.
A Mouza , petit village entre Dun et Stenaj , M. de Bouille envoya cinquante cavaliers de royalallemand , qui devaient escorter le roi jusqu'à Montmédj en laissant à gauche Stenaj , ville trèsrévolutionnaire .
Enfin , le général lui-même devait se tenir entre Stenaj et Dun , à peu près au centre de ses cantonnemens, pour être promptement informé et donner ordre à tout.
Tous ces différens commandans n'étaient pas instruits du véritable but de ces préparatifs. M. de Goguelas fut chargé de reconnaître toute la route d'une manière spéciale , d'aller à Paris en rendre compte au roi et à la reine , ainsi que de toutes les dispositions de M. de Bouille , et d'en rapporter les ordres de Sa Majesté par écrit pour les troupes, au moment où il faudrait leur faire connaître le roi. A ces ordres furent joints des blancs-seings du roi, pour que M. de Bouille pût s'en servir dans les cas imprévus.
M. de Choiseul, qui faisait souvent des voyages à Paris, se chargea d'y aller vers le temps du départ ; il fut convenu qu'il précéderait le roi de quelques heures , et l'attendrait à Pont-de-Sommevelle avec M. de Goguelas. L'un ou l'autre devait en partir dès que le roi y serait arrivé , après avoir pris ses derniers ordres, pour les donner successi-
vement à tous les clétachemens suivans; l'autre restant pour accompagner le roi et prendre le commandement de l'escorte , jusqu'à ce qu'il eût trouvé M. de Bouille'. Le secret fut aussi confié à MM. de Damas , d'Hoffelize , de Klinglin et Hejman au moment de l'exécution; les autres commandans surent seulement qu'il s'agissait d'escorter un trésor.
Varennes est une petite ville sur une rivière profonde, divisée par un pont en haute et basse ville ; elle n'est pas sur la ligne des postes. On avait prévu que les chevaux de poste qui y conduiraient, pourraient ne pas aller plus loin ; pour parer à cet inconvénient, il fut convenu que M. le duc de Clioiseul y ferait trouver un relais de six chevaux, qui attendrait le roi dans une maison fort apparente du côté de Clermont. Comme les chemins étaient mauvais du côté de Dun , M. de Bouille eut encore la précaution de faire tenir un autre relais de ses propres chevaux à Dun.
Quoique tout fût prêt pour la nuit du 19 au 20, fixée pour le départ , un événement imprévu le fît retarder de vingt-quatre heures. L'usage était que le service des femmes de quartier changeât tous les dimanches matin : quoique la reine n'eût confié son secret qu'à la seule madame Thibaut , sa première femme de confiance, qui devait partir par une autre route en même temps qu'elle, il était difficile que, le jour même du départ, il n'y eût pas des mouvemens dans l'intérieur, qui don-