‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 50 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'Assemblée réunie commença par adopter la fiction de l'enlèvement. Aussitôt un décret ordonne aux corps administratifs, aux gardes nationales, aux troupes de ligne , d'arrêter ou de faire arrêter toute personne sortant du royaume , d'intercepter tout convoi d'armes et de munitions ou argent , espèces et effets quelconques ; en un mot de prendre toutes les mesures possibles pour mettre obstacle à l'enlèvement du roi : il fut enjoint au ministre de l'intérieur d'expédier à l'instant même des courriers chargés de porter ce décret dans tous les départemens.

Comme cette première délibération finissait, on annonça qu'un aide-de-camp de M. de La Fayette, envoyé par lui pour découvrir la route que le roi avait prise , venait d'être amené par le peuple à la porte de l'Assemblée , qu'il demandait à entrer et à être entendu. C'était le jeune Romeuf qu'une populace furieuse avait arrêté , comme il partait de Paris. Elle l'avait tiré à bas de son cheval, l'avait d'abord traîné à la section des Feuillans , puis à l'Assemblée nationale pour rendre compte de sa

sur sa responsabilité ; et il fut approuvé par l'Assemblée. Le commandant de bataillon, M. Bâillon, avait été chargé de suivre la route de Sainte-Ménehould. M. de Romeuf, indiqué pour parcourir une autre route, fut arrêté à la barrière , et ramené à l'Assemblée qui le chargea de son décret. Il ne prit cette direction que parce que plusieurs avis firent soupçonner que le roi l'avait prise. Il fut accompagne de Bâillon. Voyez le parallèle entre cette narration et celle des deux gardes-du-corps à la fin du volume ( Note E ).

( Note des noup. èdit. )

g8 MÉMOIRES DE WEBER .

conduite. Entendre ce jeune officier, l'applaudir, lui remettre le décret que venait de rendre l'Assemblée, pour qu'il le joignît à l'ordre de son général, nommer deux commissaires et un huissier pour délivrer un de ses camarades qui était en proie aux insultes et aux menaces du peuple , et pour assurer leur sortie de Paris, tout cela, quoique rapidement exécuté, consuma encore plus d'une heure ; en approchant de la barrière, les deux officiers furent encore entourés par le peuple. Une clameur publique annonçait que, la nuit, deux voitures à six chevaux avaient traversé la ville de Meaux. On demandait que M. de Romeuf prît la route de cette ville. Il se rendit à ce vœu populaire.

Cependant le roi et la famille royale continuaient leur route vers Ghâlons , sans obstacle et sans s'arrêter même pour manger , ayant emporté dans la voiture ce qui suffisait pour cela. On ne leur demanda leurs passe -ports nulle part, on ne leur fit nulle difficulté pour leur fournir des chevaux; ils arrivèrent ainsi à Châlons vers les quatre ou cinq heures de l'après midi du 2 1 . Là un homme de la ville , qui se trouva par hasard à la poste lorsque la voiture changeait de chevaux, crut reconnaître le roi : tourmenté de cette idée , il va trouver le maire avec qui il a quelque liaison, lui communique sa découverte, et lui propose de faire arrêter la voiture. Le maire, qui était très-peu révolutionnaire, eut l'air de donner entièrement dans le sens de cet homme ; mais il mit tant d'adresse à l'effrayer sur les consé-

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