CHAPITRE IV. g
berté, aurait donné le moyen de corriger ce qu'il y avait de plus vicieux dans la constitution. Le troisième parti du côté gauche était composé de tous ceux qui, ne voyant pas si loin , n'envisageaient que la crainte que pouvait inspirer le roi libre à la frontière , et entouré d'une armée , et les dangers personnels que cet événement pouvait leur faire courir au milieu de la populace de Paris , alors en grande fermentation , parce que tout ce qui tenait à la révolution cherchait à l'animer contre le roi. A la tête de ce parti était M. de La Fayette à qui l'on s'en prenait principalement de la fuite du roi , ou pour l'avoir favorisée ou pour ne l'avoir pas empêchée , et qui , dans le premier moment , faillit à être la victime de la fureur aveugle du peuple .
Tout son parti dans l'Assemblée , qui était alors nombreux, se joignit sincèrement à lui, ainsi que tous les membres du côté gauche , que la peur , le défaut de lumières et l'habitude de se laisser mener réunissaient toujours au parti dominant. Quoique ce parti fût réellement le moins nombreux , du moins quant aux membres influens , ce fut cependant celui qui donna l'impulsion à toutes les mesures qui furent prises par l'Assemblée , et cela sans presque éprouver de contradiction.
La raison en est que l'opinion de la populace de Paris était si bien prononcée contre la fuite du roi , et sur la nécessité de le ramener à Paris , que tout ce qui n'était pas du côté droit, accoutumé à se laisser dominer par la populace, n'osa manifester
gê MÉMOIRES DE WEBER.
ses sentimens, ni contrarier en quoi que ce fût tout ce qui tendait à suivre les mouvemens qu'elle donnait.
A la première nouvelle de la fuite du roi, M. de La Fayette , de concert avec les membres de l'Assemblée qui étaient venus l'en instruire , établit la fiction que le roi et la famille royale étaient enlevés par les ennemis du bien public. Ce premier point convenu , il crut ou parut croire que le roi allait à Valenciennes , et il dépêcha sur la route un de ses aides-de-camp de confiance , qu'il avait particulièrement attaché au service de la reine , et que Sa Majesté avait comblé de bontés. En lui remettant son ordre , il lui dit : Ils ont trop d'avance sur nous pour que nous puissions les atteindre , mais il faut que nous fassions quelque chose. Du reste, l'ordre était conçu en ces termes : M. de Romeuf , mon aide-de-camp , est chargé d'apprendre partout sur sa route que les ennemis de la patrie ont emmené le roi , et d'ordonner à tous les amis du bien public de mettre obstacle à son passage. Je prends sur moi toute la responsabilité de cet avis. La Fayette (i).
(i) C'est avec M. Bailly , maire de Paris, et M. Alexandre de Beauharnais , président de l'Assemblée , que M. de La Fayette prit les premières mesures. Non-seulement on expédia M. de Romeuf , mais on envoya des officiers sur toutes les routes. Les paroles que l'auteur pi ête plus bas à M. de Romeuf n'ont rien d'authentique , et , dans une pareille mission , le jeune officier devait dire à la reine ce qui pouvait le moins déplaire à cette princesse. Quant à l'ordre rapporté dans ce paragraphe , il est exact. Le général l'avait pris