‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 52 sur 151 · CHAPITRE IV. IOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. IOI

était en arrière de quatre à cinq , et on ne pouvait plus l'attendre qu'à huit. MM. de Choiseul et de Goguelas étaient non-seulement dans les plus vives inquiétudes, mais dans la plus terrible position. La vue de ces hussards attendant si long-temps à poste fixe, avait causé un attroupement à Pont-de-Sommevelle. On murmurait hautement que l'arrivée du prétendu trésor qu'il s'agissait d'escorter, n'était qu'un prétexte. Châlons , qui était au-dessous de Pont-de-Sommevelle , envoya des gardes nationales demander la cause de ces détachemens. Sainte-Ménehould , qui était au-dessus , et où la fermentation s'était, depuis la veille, accrue d'heure en heure, envoya de son côté une députation. On parla de sonner le tocsin pour appeler les campagnes , et déjà quelques cloches avaient frappé les premiers coups. MM. de Choiseul et de Goguelas consultèrent ensemble, à demi-voix, en présence de la multitude qui épiait tous leurs mouvemens. Le roi qui , déjà une première fois, avait différé de vingtquatre heures son départ de Paris, s'était-il porté à un nouveau délai? Etait-il parti, et avait-il été arrêté en route? Alors il ne fallait pas en pure perte exciter une sédition et sacrifier un détachement. Etait-il possible que le roi arrivât encore dans la soirée? Alors c'était rendre son arrestation certaine, c'était le livrer au lieu de l'escorter , que d'attirer sur son passage toutes les communes des environs appelées par le tocsin et armées par la méfiance qui dégénérerait bientôt en fureur. Comme les deux

chefs étaient frappés de cette idée, un homme appartenant à la foule qui touchait à leurs chevaux , observe que le matin il a passé une diligence qui paraissait bien pesante et lourdement chargée; un autre répond qu'elle portait beaucoup d'argent : M. de Choiseul s'empare de cette parole et demande à celui qui vient de la proférer s'il est sûr de ce qu'il dit ? Celui-ci répond à l'affirmative. Plusieurs témoins vrais ou faux se présentent pour garantir l'assertion. « Que ne me disiez-vous cela depuis trois heures, » réplique M. de Choiseul; puis s'adressant à M. de Goguelas, toujours à haute voix : « Il est » clair, » lui dit-il, « que la diligence nous a de- » vancés. L'argent que nous devions escorter est » passé , nous n'avons plus rien à faire ici. » Ces mots ont un effet magique ; les esprits se calment , le tocsin cesse, l'attroupement se dissipe; MM. de Choiseul et de Goguelas sortent paisiblement de Pont-deSommevelle avec leur troupe.

Ils s'éloignent au plus petit pas possible et en faisant des haltes, pour conserver toutes leurs chances jusqu'au dernier moment. Enfin, ayant marché ainsi pendant un assez long temps sans être atteints ni par la voiture du roi, ni par son courrier, ils ne doutent pas que le projet ne soit au moins renvoyé à un autre jour. Alors, craignant de renouveler le tumulte que leur présence avait excité la veille à à Sainte-Ménehould , sachant d'ailleurs ce poste et celui de Clermont suffisamment gardés s'il ne survient pas de crise extraordinaire , ils se décident à

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