‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 53 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tourner cette ville au lieu de la traverser, et à gaguer Varennes par le plus court chemin à travers les bois du Clermontois.

La vérité oblige de dire que M. le marquis de Bouille' reproche à M. de Goguelas de n'être pas resté de sa personne, déguisé, pour avertir les autres détachemens en cas d'arrivée du roi , ainsi que ce général dit lui en avoir donné l'ordre secret ; mais la même vérité oblige aussi d'observer que l'objet des détachemens était d'assurer le passage du roi dans le poste où chacun d'eux était placé, que le roi a traversé Pont- de- Sommes elle confié à MM. de Choiseul et de Goguelas , Sainte-Ménehould confié à M. Dandoins, Clermont confié à M. de Damas , et qu'il n'a été arrêté qu'à Varennes.

Il y avait environ une heure que le détachement de Pont~de-Sommevelle s'était mis en marche , lorsque la voiture du roi y arriva presque en même temps que son courrier, qui, dans toute la route, ne le précéda jamais déplus de cinq minutes, faute capitale; le roi relaya paisiblement et gagna Sainte- Ménehould.

Le courrier, toujours si tardif, arriva trop tôt dans cette dernière ville; car pendant les cinq minutes qu'il y fut avant le roi , il se trompa sur le lieu de la poste ; fut obligé de revenir sur ses pas dans la ville, questionna de coté et d'autre pour apprendre son chemin, et excita l'attention publique déjà trop éveillée.

Le peuple de Sainte-Ménehould était très-mau-

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vais. Les dragons de M, Dandoins, en succédant .immédiatement, dans ce poste, aux hussards de M. de Goguelas, avaient perpétué et augmenté les ombrages. On ne les perdait pas de vue une minute. M. Dandoins, pour éteindre un peu la chaleur des esprits, avait pris le parti de ne point tenir sa troupe sous les armes. Il se promenait dans la rue avec plusieurs de ses dragons , lorsque la voiture qui renfermait la famille royale vint à passer; les dragons portèrent la main a la visière de leur casque pour saluer les personnes qui étaient dans la voiture , et la reine leur rendit ce salut avec >son air de grâce et de bonté ordinaires. Etait-ce politesse de la part des dragons? Etait-ce quelque chose de plus , et commençaient-ils à pénétrer le secret? On ne leur avait point dit quelles étaient les personnes qu'ils saluaient ? Quoi qu'il en soit , cet ensemble de circonstances irrita l'inquiétude populaire qui commençait à se manifester fortement. Quelques momens de plus , et le roi eût eu de la peine à sortir de cette ville ; mais la présence des dragons en imposait encore; les relais étaient attelés, la voiture partit .

Ce fut pendant qu'elle était arrêtée , que le roi , mettant trop fréquemment la tête à la portière , fut aperçu par le fils du maître de poste , trèschaud patriote, nommé Drouet. Ce Drouet avait vu le roi à la fédération , l'année précédente ; pour mieux s'assurer qu'il ne se trompait pas, il prit un assignat où la ligure de Louis XVI était assez res-

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