CHAPITRE V. l
puis l'époque de sa naissance auprès du trône de Marie-Thérèse , jusqu'à celle qui la vit s'asseoir sur celui *de son auguste époux , au milieu des regrets de l'Autriche , des cris de joie de la France , des bénédictions et des vœux portés à l'envi jusqu'au ciel, par les peuples réunis de ces deux grands empires ! Ces souvenirs, plus près de ma pensée et de ma plume qui devait d'abord les retracer , ranimaient mes forces au commencement de cette pénible et honorable carrière! Tout m'abat , tout me décourage , tout m'anéantit aujourd'hui. J'ai déjà parcouru trois années d'injustices , de privations , de sacrifices , d'insultes , d'infortunes , et cependant, tous ces malheurs ensemble disparaissent et s'effacent, en quelque sorte, auprès de ceux dont l'effrayant aspect me presse , me menace , et qu'il est cependant encore commandé à mes pieux efforts de retracer et de ressentir , pour ainsi dire , une seconde fois en les décrivant.
L'Assemblée nationale avait paru vouloir s'arrêter , effrayée de ses propres excès ; et repoussant de toutes ses craintes et de ses trop faibles efforts ce monstre de républicanisme, déjà trop excité par d'imprudentes clameurs , et par l'anéantissement successif de tous les droits et de tous les appuis de la couronne On voulait cependant relever sur ce sable mouvant le trône ébranlé de Louis XVI. Les plus furieux jacobins avaient payé de leurs têtes, au Champ-de-Mars , l'erreur qui
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leur faisait méconnaître, quand ils ordonnaient l'obéissance aux lois, les signaux de ces mêmes hommes qui les avaient trouves si dociles aiAfcconseils de révolte et de destruction. Le fantôme d'une constitution s'était élevé à côté du trône, et loin de se soutenir, ils s'affaiblissaient mutuellement. La nouvelle Assemblée commença , par des outrages envers la royauté , cette prétendue mission de conservation , de restauration, d'affermissement, qui lui était transmise par ses devanciers; les tempêtes se formaient déjà sourdement, et grondaient de temps en temps pendant l'hiver, pour éclater pendant l'été avec la plus épouvantable fureur.
Cette partie de mon ouvrage commence au premier octobre 1791 et s'arrête au 20 septembre 1 792 . Les dix premiers mois de cette époque semblent n'être que les préliminaires du 10 août, et les quarante jours suivans le prélude du triple régicide qu'ils enfantèrent.
v L'Assemblée constituante avait renversé le roi du trône de ses pères, qu'elle avait abattu; l'Assemblée législative le renversa du trône constitutionnel où l'Assemblée constituante venait de l'asseoir avec si peu de précaution.
M. Bailly avait cédé la surveillance et l'administration de la capitale au factieux et républicain Pétion. Le commandant de la garde nationale , fatigué de sa longue insurrection, et honteux d'avoir été pendant deux ans le geôlier de ses maîtres , avait résigné son commandement et remis les au-