CHAPITRE V
gustes prisonniers à six nouveaux généraux nationaux (i). Des membres de l'Assemblée nationale qui avaient présidé à la formation et à la révision de la constitution, il ne resta à Paris que les hommes les plus cupides et les plus déhontés , qui ne cessèrent d'assiéger le château de leurs conseils et de leurs demandes ; le matin à la porte du trésorier de la liste civile, et le soir occupés à perdre au jeu le honteux produit de leurs intrigues, de leurs avis, de leurs menaces. Ce furent eux qui dirigèrent la plupart des choix des ministres qui se succédèrent en foule dans ce court intervalle. Lorsque Louis XVI en nomma quelques-uns de son propre' choix , la faction les mit presque aussitôt en accusation ; lorsque ce prince en prit d'autres sous le bonnet rouge, ce furent ceux-ci qui l'accusèrent. La conspiration contre le trône se montra à découvert dès les premiers jours de la réunion de l'Assemblée législative ; son premier acte fut de vouloir retirer au
(1) C'étaient des chefs de bataillon que M. de La Fayette fit nommer lui-même. Il préféra diviser ce commandement et en diminuer la force , plutôt que d'avoir un successeur qui eût plus d'autorité ou plus de popularité que lui. Cette basse jalousie de sa part compromettait la sûreté de la famille royale. Heureusement ces chefs de bataillon ne furent point de malhonnêtes gens *.
Le fait sur lequel Weber hasarde ces conjectures n'est pas énoncé par lui dune manière exacte , c'e st-à-dire que le général La Fayette ne résigna pas son commandement h six généraux nationaux. Il provoqua un décret d'après lequel le commandement de la garde nationale devait alterner entre les chefs des légions. {Note des nouv. édit.)
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monarque les dénominations de Sire et de Votre Majesté , et de remplacer ces titres antiques et sacrés par l'appellation brusque ( i ) de roi des Français ; mais dès le lendemain le cri de l'indignation publique obligea le corps législatif de révoquer cet odieux arrêté. De fréquentes députations de l'Assemblée se rendaient auprès du roi pour lui porter des décrets à sanctionner ; elles s'étudiaient à se présenter à la cour dans le costume le plus négligé, et quelquefois le plus indécent, et à adresser au roi un langage digne des halles (2).
Cependant les partis étaient balancés dans l'Assemblée. Elle renfermait un grand nombre de gens de bien qui voulaient de bonne foi qu'on fit l'essai de la constitution nouvelle; mais malheu-
(1) A propos de celte dénomination , il estbon de remarquer que Weber tient un autre langage, T. I, p. 234, lorsqu'il rappelle que ce fut le clergé qui donna le premier le titre de roi des Françaisà Louis XVI , dans le mois de juin 1788, avant la convocation des états-généraux. Le décret qui prescrivait ce titre est du 5 octobre 1791. Il fut en effet rapporté le lendemain , après une discussion très-animée. Mais ce qui choqua particulièrement le public , est moins le titre de roi des Français que l'article du décret qui désignait la place de Louis XVI à coté du p résident , sur la même ligne et sur un fauteuil semblable , cérémonial qui n'était pas fait sans intention , et qui blessait toutes les convenances.
( Note des nouu. édit. ) (2) Dans cette effronterie générale, le capucin Chabot, membre de cette Assemblée, osa un jour se plaindre aux jacobins de ce qu'étant arrivé quelque temps après la députation dont il faisait partie, en redingote, en chapeau rond, en bottes, les huissiers de la chambre du Conseil ne lui avaient ouvert qu'un des battans delà porte. W.