‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 93 sur 151 · CHAPITRE V. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. I

il s'écria avec l'accent du désespoir, le coup est manqué. A l'instant le scélérat s'esquiva.

Je trouve dans mes notes une relation des événemens de cette journée, écrite par un autre témoin oculaire; je crois devoir l'ajouter à celle que je rédigeai moi-même, d'après mes propres observations ( 1 ) . Cette relation est extraite d'une lettre d'un ancien membre des états-généraux. Elle renferme plusieurs faits nouveaux qu'il sera intéressant de connaître.

« Depuis plusieurs jours, une extrême fermen- » tation , qui était évidemment l'effet d'un com- )) plot, annonçait que les factieux allaient frapper » un grand coup. La terreur des jacobins les por- » tait au désespoir et à la fureur. L'expulsion des » trois ministres , leurs favoris ; la lettre de l'exé- » crable (2) Roland, qui était une provocation au

(1) Cette relation se ressent, au moins autant que celle de Weber, de l'esprit dans lequel l'une et l'autre furent rédigées. Quelquefois les deux historiens ne gardent aucune mesure , et n'écoutent alors que leur passion. Aveuglés par elle, ils ne font aucune distinction entre le crime et l'erreur , n'admettent aucune nuance, et prodiguent des épilhètes indignes du style de l'histoire , même quand elles seraient méritées.

(Note des nouv. édii.)

(2) L'occasion de prouver l'observation faite dans la note précédente ne tarde pas à se présenter. Nous invitons les lecteurs à lire, dans les Mémoires de madame Roland, la lettre dont Weber parle comme provoquant au régicide.

(Note des nouv. édit. )

i8o MÉMOIRES DE YVECER.

» régicide, envoyée à tous les départemens ; telle » de M. de La Fayette, arrivée dans l'intervalle, et » à laquelle on a attaché une importance que mal- » heureusement elle n'avait pas; le projet, annoncé » de la part du roi, de refuser sa sanction aux deux » décrets sur la déportation des prêtres et sur le » camp de vingt mille hommes; la démission de » Dumouriez: tout se combinait pour mettre le » trône et le républicanisme en présence, et les for- » cer à un combat. Je vins à Paris le 19 (1); j'allai » aux Tuileries , et je m'y perdis dans les groupes. » La lettre de M. de La Fayette venait d'être lue » à l'Assemblée. J'entendais dire, d'un coté , il est » devenu fou ; de l'autre, c'est un traître: ici, » // va venir avec son armée, et je disais tout, » bas : plût à Dieu! Là, il va partir pour Coblenfz ■ » des femmes s'écriaient : // a violé les droits de » l'homme; des hommes répondaient : il parle en » maître à l'assemblée. Le plus grand nombre ce- )) pendant prétendait que la lettre n'était pas de )) lui; qu'il fallait savoir qui l'avait écrite, et le » traiter comme il le méritait. On arrivait ensuite » au roi. J'ai entendu dire de ce prince , si probe, » si humain, que c'était un coquin, un voleur, » un assassin. On ne peut répéter ce qui se vomis- » sait d'outrages de toutes parts contre la reine.

(1) C'est le 18, puisque 1 événement n'est que le 20, mer f:redi, et que l'auteur du récit parle du dîner du mardi au Jardin B 0}7al . ( Note des nouv. èciit. )

Page 1