CHAPITRE V. l8ï
m Des injures on passait aux menaces; il fallait, n disait-on , créer un autre pouvoir executif. Il m fallait faire un exemple terrible de celui qui , en )) ayant été revêtu par la bonté de la nation, en » avait fait un abus si coupable. On annonçait le » mercredi suivant comme le jour décisif où le » faubourg Saint -Antoine et le faubourg Saint- » Marceau auraient raison de la perfidie de cet » homme et de cette femme. Tel était l'état des » choses le lundi au soir.
» Le mardi , les symptômes se multiplièrent )) avec un caractère plus aggravant encore. Le roi » se hâta d'envoyer son veto sur les deux décrets , » afin que ce fut une chose faite pour le lendemain. » Une partie du bataillon de Saint-Marceau alla » trouver son chef, le comédien Saint-Prix , et le » requit de marcher a sa tête pour accompagner » avec armes et canons les citoyens que ceux du » faubourg Saint- Antoine devaient venir chercher » le lendemain avec leurs armes , leurs carions , leur » commandant Santerre , et le projet d'aller tous » ensemble présenter une pétition au roi, et une à » l'Assemblée nationale. Saint-Prix répondit qu'il » ne marchait que quand il était requis ; que la » loi défendait les attroupemens en armes; et que, » quant aux canons, il se coucherait dessus , s'en- » velopperait du drapeau, et attendrait ainsi qu'ils » le fusillassent.
» 11 y eut ce même jour un dîner solennel à une ;; auberge appelée le Jardin-Boy al. 11 consistait eri
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» quatre à cinq cents couverts; les principaux » convives étaient Condor cet > Bris sot, Gensonné » et les trois ministres populaires renvoyés. Les » sans-culottes y reçurent ( i ) du pain , de la viande, » du vin , de l'argent et des ordres pour le lende- » main. On alla du diner à la séance du soir de )) l'Assemblée.
» Un secrétaire fît lecture d'une lettre écrite » aux législateurs par l'année marseillaise (2). » Voici plusieurs phrases de cette lettre : Les » hommes du Midi sont armés pour la liberté —
» Le jour de la colère du peuple est arrivé. Le
» peuple est las de parer les coups > il veut en por- » ter.... employez la force populaire*... Plus de » quartier — Quuit décret nous autorise à mar-
(1) Jamais on ne fit à cette époque de semblables distributions ; le narrateur est le seul qui en ait parlé. Son témoignage a besoin, dans cette circonstance, de confirmation.
(Note des nouu. èdlt. )
(2) Ce ne fut point une leltre , mais bien un discours qui fut prononcé à la barre par une députation de Marseillais. Ce discours n'est pas assez étendu pour qu'on ne puisse en faire l'insertion dans une note. Le voici textuellement: « La liberté française est en péril : les hommes libres du Midi sont prêts à marcher pour la défendre ; le jour de la colère du peuple est enfin arrivé. Ce peuple > que Ton a toujours voulu égorger ou combattre , est las de parer les coups ; il veut en porter, et anéantir les conspirateurs. 11 est temps que le peuple se lève. Ce lion généreux , mais trop courroucé, va sortir de son repos pour s'élancer sur la meute des conspirateurs. La force populaire fait votre force; employez-la. Point de quartier, puisque vous n'en avez point à espérer. Le peuple français vous demande un décret qui l'autorise à marcher avec des forces plus