AGRICULTURE, MANUFACTURES, ARTS, COMMERCE
Le mouvement terrible communiqué par les circonstances
à tous les esprits, ne saurait être moins grand dans les choses. Sans doute, les facultés de l'homme mises en action pour recouvrer ses droits , les défendre et les assurer, se porteront avec la même énergie sur l'agriculture et les arts; mais ce ne peut être qu'à la paix. En attendant cette paix si désirée , sans laquelle il n'est pas de bonheur sur la terre, on ne peut se dissimuler que l'agriculture et les arts ne soient en souffrance. J'invoque, pour les favoriser, l'ordre intérieur, l'obéissance aux lois , ce respect des propriétés , qui seul permet de les cultiver et de les faire fleurir. J'invoque la paix au-dedans pour pouvoir faire la guerre au dehors. Je l'invoque comme moyen nécessaire de cultiver les champs, de propager les subsistances, de faire vivre les défenseurs mêmes de la liberté. Je l'invoque pour que chacun ne soit pas tremblant dans ses foyers, en crainte de voir dévaster ses propriétés , ou de périr au milieu d'elles. Je l'invoque enfin pour le salut du peuple et celui de ses représentans.
Si les autorités constituées ne luttent avec succès contre des mou vemens irréfléchis, nous demeurerons tous en proie à de grands malheurs : il faut à la fois développer une grande énergie, et la régler avec une grande sagesse. Déjà Ton arrache trop inconsidérément aux champs, et les hommes et les bestiaux nécessaires pour leur culture ; on enlève les percepteurs des impôts, les courriers, les chevaux de postes, les meuniers, les boulangers, les ouvriers en fer : que deviendraient l'agriculture , les arts et le commerce , si la prudence ne dirigeait mieux nos actions? Ne nous alarmons pas trop du ralentissement que peuvent souffrir ces objets importans ; mais fixons sur eux l'attention publique, et que la sagesse de la puissance législative leur prépare les secours et l'appui dont ils auront besoin.
l'esprit public.
La volonté des Français est prononcée : la liberté et Yéga-
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//té sont leurs biens suprêmes; ils sacrifieront tout pour les conserver.
Ils ont en horreur les crimes des nobles , l'hypocrisie des prêtres, la tyrannie des rois: des rois ! ils n'en veulent plus ; ils savent que , hors de la république, il n'est point de liberté. La seule idée d'un fonctionnaire public héréditaire leur rappelle le danger de son influence corruptrice. Un être aussi différent des autres , ne peut exister parmi des hommes dont les devoirs sont égaux.
Toute la France court aux armes; il s'agit de combattre des rois conspirateurs.
L'énergie du peuple est extrême ; avec elle on peut tout faire ; la patrie est sauvée si cette énergie se dirige vers le même but, si les forces se réunissent : cette réunion semble difficile à l'instant ; une multitude de traîtres cachés et soudoyés soufflent la discorde en semant les défiances ; ils trompent les citoyens et les déterminent à des actes qui nuisent à la chose publique, lorsque ceux qui les font, croient la servir. J'ai employé de grands moyens pour déjouer ces manœuvres ; j'ai multiplié les lettres circulaires; j'ai favorisé la distribution des écrits qui m'ont paru les plus propres à. éclairer mes concitoyens sur la situation des choses, sur leurs vrais intérêts. J'ai peut-être eu quelque succès ; mais le grand moyen pour réunir tous les esprits , celui qui va produire le plus grand effet, parce que les intentions du peuple sont pures, la Convention nationale l'a saisi, en proclamant la république: ce mot sera le signal d'alliance des amis de la patrie , la terreur de tous les traîtres.
Lassé d'une suite de trahisons, le peuple répugne à donner sa confiance; cependant, s'il continue à méconnaître les autorités qu'il a érigées lui-même, j'ose lui dire la vérité tout entière, ii se perd, et l'Etat périt. Un ennemi puissant est sur notre territoire ; ses efforts sont concertés , ses vues profondes, ses plans désastreux ; les Français ne doivent voir
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que lui , ne songer qu'à lui pour le vaincre , et le repousser loin de la terre des hommes libres.
Paris a donné le signal de l'action au reste de l'empire dans toutes les grandes circonstances; ses liabitans ont abattu le despotisme , prévenu ses fureurs , déjoué tous ses plans ; leur agitation a brisé sa force; elle doit finir avec lui. Si l'agitation survit à cet ennemi intérieur, elle prend sa place pour produire des effets non moins funestes. La France se déchire, tout se désorganise: le danger est extrême ; Paris qui a tant fait pour le bien de l'empire , pourrait-il devenir la cause de ses malheurs ! Non : la Convention nationale va faire prendre à l'état des choses , une face nouvelle; les membres qui y siègent connaissent comme moi les dangers que je viens d'exposer: il me serait inutile de m'étendre davantage sur un sujet qui répugne à mon cœur. Mais j'ai cru devoir dire de grandes vérités. Elles intéressent le salut de mon pays; et jamais la crainte ne m'a arrêté quand j'ai cru mes discours ou mes actions capables de le servir.
La loi actuelle est bien la loi du peuple ; il doit , au moins provisoirement , reconnaître son propre ouvrage dans les décretsqui émanerontde la Convention nationale. Nulle crainte ne peut plus éloigner son obéissance à la loi. Le pouvoir exécutif doit donc être revêtu d'une grande force: les ministres ne peuvent plus être suspects ; leur cause est commune avec celle de leurs concitoyens.
Quiconque refusera son obéissance à la loi , sera un homme perfide ou égaré. Dans les deux cas , sa résistance peut perdre l'État: il faudra donc le réprimer et le punir. La raison dirigera certainement la grande majorité des Français, et c'est à sa force que devra céder la minorité.
Ce n'est qu'avec un gouvernement vigoureux que les États
libres se soutiennent : cette vérité est surtout applicable à un
peuple de vingt-cinq millions d'hommes , à un temps de
dangers publics et à une époque où toutes les ressources na-
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tionales doivent se déployer, pour terrasser à la fois la fureur de l'anarchie et la coalition des despotes.
Cette idée me conduit à une autre, et dont je crois devoir l'expression à l'Assemblée nationale. Investie de la confiance du peuple , elle peut tout sans doute ; il n'est rien qu'elle ne doive attendre de ce ressort , le plus puissant de tous les ressorts politiques , le seul qui doive agir sur un peuple libre dans les temps ordinaires; mais celui où nous sommes n'est pas de cette classe. Autour de la Convention nationale, Brunswick étend son influence ; il produit des mouvemens Sur lesquels la confiance est impuissante. Il faut là de la force : elle seule peut confondre les trahisons. Je crois donc que la Convention nationale doit s'environner d'une force armée et imposante ; je crois que cette force doit être composée d'hommes qui n'aient d'autre destination que le service militaire , et qui le fassent avec une constante régularité : une troupe soldée peut seule atteindre à ce but. La Convention nationale pèsera mon observation dans sa sagesse: la considération de sa sûreté est le grand motif qui me Ta fait concevoir.
C'est par cette observation que je termine le compte rapide, mais fidèle, que je viens de vous rendre, Messieurs, de la situation de la France eu ce qui concerne l'administration qui m'était confiée. Je vous ai remis le tribut de mon expérience : en cela, j'ai satisfait à mon devoir. Je l'ai fait avec courage ; et ce sentiment ne me quittera jamais tant que je pourrai quelque chose pour servir la cause de l'égalité , pour le bien de mes concitoyens, et pour la prospérité de la république.
Signé Roland.
Note (I) , page 62.
J.-M. Roland , à ses Concitoyens.
Les ministres de la république, responsables de tous leurs devoirs, le sont spécialement de l'exactitude et de la fidélité de leurs comptes de dépenses.
Chaque individu payant ses contributions , a droit de connaître l'emploi de leurs produits. Le ministre qui , autorisé à disposer des deniers publics , oserait avancer que l'on peut faire certaines dépenses pour le bien général, sans être tenu d'en rendre compte, et que la nation peut n'en pas connaître quand il s'agit d'opérer son salut , ressemblerait au bourreau de Don Carlos, qui , par une ironie atroce, disait à cette infortunée victime : « Soyez tranquille , ce qu on fait est pour votre bien. »
Chaque mois j'ai donné un compte à la Convention. Je viens de lui en présenter un général , à remonter du 10 août au Ier janvier. Il est en entier sur une affiche semblable à celle-ci.
On affecte de répandre que j'ai rendu des comptes simulés. Cette insinuation n'est que le produit de la mauvaise foi. Ses auteurs, quels qu'ils soient, savent bien qu'il est impossible à un ministre de l'Intérieur d'en imposer sur cette matière. Les dépenses qu'il ordonne, sont impérieusement déterminées par des décrets. Tous les fonds mis à sa disposition ont une destination désignée qui doit avoir lieu : autrement la publicité de ses comptes dévoilerait bientôt sa fraude.
De plus, chaque article de dépense doit avoir à côté de lui la citation de la loi qui l'a autorisé.
Mon compte affiché est aussi détaillé que ce mode peut le comporter. Il cadre parfaitement , pour les résultats, avec les comptes de mois que j'ai rendus, et qui sont plus détaillés. Les registres que je laisse dans les bureaux , et que
tout le monde peut consulter, sont dans un tel ordre , qu'un instant suffit pour vérifier chaque dépense.
Ces registres sont contrôlés par ceux de la trésorerie nationale, qui a sa comptabilité entièrement distincte de celle de tous les ministres? Il résulte de cette seule circonstance , que pour commettre une infidélité (du moment qu'il n'est pas question de marchés) , il faudrait une collusion entre le ministre , la trésorerie nationale , et une multitude d'employés qui ont les registres dans les mains, et dont les yeux sont ouverts à tout ce qui se fait.
Ceux qui veulent abuser les citoyens sur mon compte , savent tout cela ; mais la calomnie est aussi audacieuse que perfide.
Ce n'est pas après soixante années d'une vie intègre et sans reproches , qu'un homme habitué par goût à la vie la plus simple, songe à devenir un fripon.
Le 4 décembre, j'ai rendu un compte exact de mes opérations sur les subsistances.
C'est sur cet objet que l'on a cherché à propager les plus alarmantes inculpations ; en conséquence , c'est sur cet objet que j'invite la Convention et tous mes concitoyens à rechercher spécialement ma conduite. Que l'on parcoure tous les registres , que l'on examine sévèrement ma correspondance jusqu'au dernier moment de mon ministère ; j'invoque, j'appelle une critique inexorable. Je ne demande aucune confiance dans la moralité du comptable. C'est à l'ombre, non pas de cette moralité , mais de la fidélité matérielle et certaine de ses comptes , qu'il doit s'abriter de la censure.
Indépendamment des fonds pour les subsistances, j'ai eu à ma disposition un autre fonds dont l'emploi était laissé à ma volonté. C'est celui de 100,000 livres, décrété par la loi du 18 août, pour frais de correspondances et d'impression des écrits propres à éclairer sur les trames criminelles des ennemis de VEtat. J'en ai dépensé 32,gi3 livres 6 den. , en objets dont voici l'état. J'ai toutes les quittances dans les
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mains. Les 67,086 liv. 19 sous 6 den. restans , sont encore à la trésorerie nationale.
Ce fonds a causé de grandes inquiétudes ; on va voir si elles étaient fondées ; on va voir à quoi se réduisent les millions dont on a prétendu que je disposais à mon gré.
1. Observations de Favier sur l'Autriche ; ouvrage qui expose ce que l'alliance avec cette maison a coûté à la France. (Quittance du 3 septembre.) 571 liv.
2. Influence de la liberté sur la santé , la morale et le bonheur. (Quittance du 3 septembre.) 352 liv.
3. Affiche sur la révolution de 1792. (Quittance du 27 août.) 106 liv.
4. Plan de rotation pour le service militaire. (Quittance du 3 septembre.) 629 liv.
5. Placard intitulé la Dernière, Heure, invitant les citoyens à se lever , lors de l'invasion des Prussiens. (Quittance du 3i août.) i351iv.
6. Supplément au Manifeste des princes ; ouvrage qui ridiculisait d'une manière frappante ce Manifeste. (Quittance du 3 septembre.) 91 liv.
7. Tableau comparatif des appels nominaux qui ont eu lieu sur différentes questions. (Quittance du 3i août ) /Joo liv.
8. Au citoyen Reynier, imprimeur, pour impressions et ports de la Sentinelle. (Quittance du 26 août.) 5,o^2 liv.
9. Au même, pour même objet. (Quittance du 5 septembre.) i,456 liv.
10. Au même, pour même objet. (Quittance du i5 septembre.) 847 liv. 10 s.
11. Dans le mois de septembre, le citoyen Gonchon fut envoyé dans les départemens envahis par les Prussiens, sous le déguisement d'un colporteur de livres. Dans cette vue on lui fournit un petit assortiment de livres qu'il a donnés dans le cours de sa mission , et dont l'état quittancé du citoyen Reynier, sous le n° 1 1 , se monte à 4^7 liv. i5 s.