RÉSULTAT
Somme dépensée 32, 913 1. » s. 6d.
Somme qui reste à la Trésorerie
nationale 67,086 19 6
Fonds décrété par la loi du 18 août. 100,000 1. » »
Signé Roland.
Note (K) page 68.
Roland, dans l'écrit dont nous ayons cité déjà des passages , pages 23 et 68 , et qui s'est retrouvé dans les mains de ses amis, s'exprime ainsi au sujet de sa démission.
La cause de la sortie de mon ministère n'a été vue par personne : tout le monde l'a attribuée aux hommes sanguinaires et féroces qui s'acharnaient après moi. On a cru que des dénonciations , des menaces de poignard, que les hurlemens que l'on poussait à la commune , dans les sections , dans les clubs, sur les places , à la tribune même de la Convention ; on a cru que toutes ces horreurs , bien faites assurément pour me faire assassiner, m'avaient intimidé, lassé, et que la crainte de ces bourreaux m'avait fait donner ma démission ; à moi , qui les ai dénoncés à la France et à toute ia terre; qui les ai mis à nu ; qui n'ai pas craint de les mon-
trer aussi hideux qu'ils sont ; qui leur ai dit en face , et qui l'ai dit aux nations , qu'il n'était pas au monde d'hommes d'une vilité aussi dégoûtante et d'une barbarie aussi atroce! Non , à force de mépriser cette horde exécrable, gorgée de meurtres et de pillage , je ne la craignais pas. J'aurais continué de les surveiller, de les intimider ; car tous ces scélérats sont des lâches : mais qu'a fait la Convention pour les contenir?
Il est à remarquer qu'à vingt; membres de la députation de Paris , il n'y en a guère que vingt à ajouter de toutes les autres députations, dont l'audace soit à citer; et sur ces quarante il n'en est pas dix qui soient montés à la tribune pour m'accuser. Cependant, l'on perdait des séances entières dans de vaines déclamations : l'on disait des choses absurdes ; l'on faisait des dénonciations barbares ; l'on faisait paraître des gens tarés et flétris pour appuyer ces infamies ; on me mandait , on m'interrogeait sur toutes ces abominations , après m'en avoir laissé abreuver à l'indignation et à la nausée. Eh bien ! pas un seul membre de cette étonnante majorité , dont beaucoup m'aimaient , dont tous m'estimaient, pas un seul n'est monté une seule fois à la tribune pour prendre ma défense ; on semblait même avoir quelque crainte de laisser paraître son indignation. Les uns craignaient les poignards dont j'étais moi-même menacé à chaque instant : les autres se croyant quelque popularité, craignaient de la compromettre : on prétextait quelquefois lanécessité de conserver son influence pour des circonstances importantes ; quelquefois aussi on affectait de dire , ou on le disait de bonne foi : « Qu'importe? il faut les laisser dire „ » il ne faut pas les irriler : ils se font connaître; ils s'usent : » Il n'est pas d'ineptie ou de faiblesse dont je n'aie été témoin et patient.
Cependant il n'était point indifférent au bon parti d'avoir un ministre de l'Intérieur dans la bonne voie , d'y avoir un homme d'honneur intact et ferme. Sans doute, il devait lui-
même en acquérir de la force , y trouver un très-grand appui parle témoignage général et bien prononcé des départemens î mais, il faut le dire , le crime toujours plus ardent et plus actif , une soif de sang , manifestée avec une rage et une férocité dont l'idée seule fait frémir d'horreur, avaient répandu une telle stupeur dans l'Assemblée , que je ne puis la comparer qu'à celle qui exista dans la législature au temps des massacres des premiers jours de septembre.
J'ai honte de le dire , et j'en ai le cœur navré ; je n'ai pas un homme à citer. Tous déplorant le sort des choses, voyant l'avenir sous des couleurs telles que pouvaient les faire peindre ou présager les circonstances, mais trop attérés du présent, ne trouvaient plus dans leur ame aucun ressort. Ce n'était que la pâleur de la frayeur , et l'abandon du désespoir.
Oui, si j'eusse trouvé un seul homme qui eût conservé quelque énergie; qui, pénétré de l'utilité de me soutenir, n'eût pas craint de se montrer, de monter à la tribune, indigné de la voir sans cesse remplie par des hommes infâmes , de l'entendre toujours retentir de mensonges absurdes , d'odieuses dénonciations, las de voir user le temps, flétrir l'opinion, avilir la Convention avec de si grands moyens de faire frémir d'indignation la nation entière, et de s'honorer dans la postérité; si un député, avec la mâle assurance et le poids terrible que donne à l'homme honnête la justice d'une bonne cause , eût dit: Je me présente hardiment , je me mets ici entre la vertu et le crime ; il est temps que le scandale cesse, que la vérité se découvre et que justice se fasse ; si Roland est coupable, qu'on le punisse , que sa tête tombe , j'en fais la motion expresse , et j'adjure quiconque ici a des preuves des délits dont on l'accuse, de les produire, de les déposer sur le bureau. Que si les accusations que l'on fait journellement contre lui soiit sans fondement , il est évident que c'est à son intégrité qu'on en veut, que c'est par un esprit désorganisatcur qu'on lepersécute: je demandeégalement que quiconque
l'accusera sans preuves, soit déclaré un mauvais citoyen, ayant des vues perverses et dangereuses.
Peut-être la motion eût-elle été appuyée : alors, fort de ma conscience et de l'opinion hautement manifestée d'un homme de bien , j'aurais fait front aux plus grands orages; j'aurais persisté, sans crainte des clameurs, ni de la mort même ; j'aurais poursuivi le crime , je l'aurais fait pâlir jusque dans son audace; j'aurais soutenu la gloire de l'Assemblée en raffermissant son courage: j'aurais donné au bon parti un appui qu'il ignore, qu'il était trop faible pour connaître , que quelques-uns sentiront un jour , mais dont trèspeu voudront jamais convenir.
Il y a aujourd'hui trente jours que j'ai donné ma démission ^19 février i^cp); il y en a quarante que je nourris l'opinion que je viens d'énoncer.
Il était encore une raison bien déterminante, et cette raison tenait à la même cause ; c'était le renvoi nécessaire , indispensable , du ministre de la guerre ; renvoi qui aurait été impossible si je fusse resté : comme tout était désorganisé dans ce ministère ; que les armées, sans vivres, sans vêtemens , dénuées de tout , se débandaient de toutes parts ; mais que le ministre servait en cela les agitateurs , les désorganisateurs , les hommes qui ne veulent que troubles , parce qu'ils vivent de désordre ; et comme ces hommes n'auraient pas consenti au renvoi de cet administrateur , qu'on ne leur eût sacrifié le surveillant ministre de l'Intérieur , les crises auraient continué, augmenté ; il en serait résulté de nouveaux scandales, des délais ruineux pour la chose publique. Je l'avais assurément trop à cœur ; je voyais tout cela ; je l'avais bien observé, bien médité: en ceci, comme en tout le reste , la Convention était jugée : incapable de faire aucune résistance , de soutenir aucun choc , elle aurait vu les ennemis aux portes de Paris ; elle aurait vu un nouveau roi , un dictateur , un tribun , et quiconque se fût présenté pour fouler aux pieds la liberté , et remettre la nation sous le joug , si
4ôO ECLAIRCISSEMEJSS HISTORIQUES
nos vingt tyrans l'eussent voulu : elle aurait gémi en secret , elle aurait déploré le sort de la république; mais personne n'eût osé élever la voix: tous, dans la crainte d'être obligés de présenter la tête , comme Cicéron , ou d'être assommés , d'après les procédés de ces messieurs , se seraient tu.
On sait ce qu'un homme lâche peut faire, ou plutôt ce qu'il est incapable de faire ; mais on n'a aucune idée de ce qui peut résulter sur l'ame, l'esprit et le cœur des individus, de la lâcheté d'une assemblée: elle se propage bien autrement que le courage, quoique celui-ci a toujours l'opinion pour le soutenir d'abord, ensuite pour l'honorer, eût-il des revers, fût-il malheureux; au lieu que celle-là enfonce toujours de plus en plus dans la boue, sans pouvoir jamais espérer aucun succès.
Ajouterai-je à ces hideuses causes , celle qui comble ma détermination? c'est l'état moral affreux , désespérant du conseil exécutif. Il faudrait, pour en bien juger, saisir le caractèrede chacun des membres qui le composaient, et pour cela les avoir entendus discuter, opiner, toujours tremblans sous la verge des opinions des ahoyeurs , et jamais en mesure avec les lois, la justice et la raison.
L'audacieux Danton avait tenu le gouvernail de ce vaisseau : il l'avait jeté dans la mer tempestive des plus horribles passions : il le gouvernail encore par sa voix stentoriale , ses formes rudes, athlétiques, et ses effrayantes menaces ; continuellement il était aux trousses des ministres, leur poussant ses protégés et les forçant de les placer. Tel était le résultat et comme une suite nécessaire de cette terrible prépondérance qu'il s'était acquise sur les esprits étroits et les âmes faibles de ses collègues.
Les conseils de son temps ne présentèrent jamais aucun plan, aucune suite de discussion. Ce n'étaient que des propositions ex abrupto , entre-mêlées de cris, de juremens , d'allées, de venues des membres mêmes, et d'étrangers apostés, comme pétitionnaires, interlocuteurs , et finale-
ET PIÈCES OFFICIELLES. /fil
ment usant et abusant de la liberté , à peu près comme firent ensuite les tribunes à la Convention même. Danton faisait les propositions, les arrêtés, les proclamations, les brevets , etc. : il nommait les commissaires ; il leur donnait des instructions, il réglait leurs dépenses, leur fournissait des fonds. Ainsi de cette manière, ou sous ce prétexte , Danton a disposé, dans son court ministère, de plusieurs millions, dont moi, membre du Conseil, je n'ai jamais connu ni les détails ni les motifs; il gouvernait ou plutôt gourmandait ainsi le conseil exécutif, le département même de chaque ministre , excepté celui de l'Intérieur qu'il n'a jamais pu entamer: inde ira —
Je le demande, dans une telle position, ainsi entouré, dans l'horrible contraction où. nous nous trouvions, au milieu des hurlemens de la rage, des provocations au meurtre, au pillage, entendant continuellement retracer ces scènes sanglantes, pleines d'horreur, les louer avec atrocité et en solliciter le renouvellement avec fureur Voyant la représentation nationale avilie, les lois foulées aux pieds, toutes les autorités constituées vouées au dernier mépris ; des hordes de brigands s'élever un trône sur les cadavres ensanglantés de leurs victimes, étendant de-là leur domination sur toute la France , et voulant forcer partout à les imiter... Je le demande, que devais-je faire? abandonner un vaisseau dont on brisait le gouvernail , dévoiler toute mon administration, en établir l'état, la fixer de manière à ce qu'on y reconnût dans tous les temps , non-seulement la sollicitude imperturbable qu'il m'a fallu employer pour lutter contre les anarchistes, et conserver intactes toutes les parties du vaste département de l'Intérieur ; mais mes vues et mes moyens pour la gloire de la nation , la prospérité et le bonheur des Français. Tout était possible ; tout était facile , et tout serait allé, sans l'audace des Danton, des Robespierre, des Marat, ou plutôt sans la faiblesse de la Convention qui n'a pas su les réprimer.
452 ÉCLAIR GISSEMENS HISTORIQUES
Note (K bis), page 125.
Le i5 octobre 1792, Roland fît insérer dans le Moniteur , sous le titre Mélanges y l'article suivant au bas duquel il mit sa signature.
Pourquoi le mot de citoyen, si généralement employé aujourd'hui , ne se trouve-t-il point ni en vedette , ni à la ligne dans aucune de vos lettres? Cette question m'a été faite plusieurs fois. Aussi long-temps que je l'ai regardée comme oiseuse , je me suis abstenu d'y répondre. L'on insiste : il faut m'expliquer, je le ferai en peu de mots.
i°. Le mot de citoyen, comme apostrophe, est une flatterie ou une injure. C'est une flatterie , si celui qui l'emploie croit au-dessus de lui celui à qui il l'adresse; c'est une injure, s'il le croit au-dessous; caril est évident que celui qui s'en sert, ne se met pas sur une même ligne avec celui à qui il parle ; s'il le croyait son égal, il l'appellerait concitoyen. Je n'ai jamais employé d'autre expression dans mes écrits publics , même en parlant comme ministre: voilà l'expression fraternelle de l'égalité ; celui qui est dans tel état de domesticité , n'est pas citoyen.
20. Celui qui n'a pas l'âge de voter , n'est pas citoyen ; celui qui n'a pas le temps de résidence fixé par la loi , n'est pas citoyen; celui qui a encouru telle peine déterminée par la loi, n'est pas citoyen; celui qui est déclaré en démence ou convaincu de tel crime, n'est pas citoyen; enfin tant de gens par leurs principes, par leurs mœurs, par leur conduite, souillent ce saint nom, qu'il faut beaucoup de sagesse dans son application , et je ne veux jamais risquer de le profaner. J'aime mieux continuer d'user d'une dénomination froide que l'usage a rendue polie et sans conséquence.
Je ne ferai plus qu'une observation sur cet éphémère et
insignifiant enjouement , c'est qu'on peut se servir du mot de citoyen à l'égard d'un Anglais, d'un Suisse et d'un Ragusien , comme on s'en sert à l'égard d'un Français, puisqu'il ne détermine aucun lieu, et qu'il n'identifie avec personne.
Je crois être le premier en France qui ai proposé publiquement dans une assemblée nombreuse, à Lyon, de supprimer les formules basses des requêtes, placets et leitres, en mettant tout uniment aux adresses faites aux représentons du peuple : tels aux représentans du peuple, soumission ; tels aux pouvoirs constitués, quels qu'ils fussent, respect; à tout autre tel ou tels, à tel ou tels, salut, en ajoutant la signature purement et simplement dans tous les cas.
Sur cette proposition , l'on fit et l'on adopta la motion du renvoi de son examen à la quatrième génération. L'opinant fut élu président de l'assemblée , dans laquelle je ne reparus pas depuis cette époque.
Roland.
Note (L) , page 76.
Séance de la Convention nationale , du vendredi 7 décembre 1792.
Chabot. Un citoyen vient demander à nous communiquer en particulier un grand complot dont des membres du comité de surveillance sont les principaux acteurs. ( Grand nombre de membres simultanément : Nommez-les, ou vous êtes un calomniateur.) Oh! je les nommerai tout à l'heure; car j'ai en main le procès-verbal qui le constate. (De nombreux applaudissemens partent tout-à-coup des tribunes.)
Tallien* Cela ne devait pas encore être dit à l'Assemblée.
Chabot. Il faut le dire. Lorsqu'un grand complot s'ourdit et que des membres du comité de surveillance trempent dans 11. 28
ce complot, nous ferez-vous un crime, citoyens, de vouloir ne pas lutter contre le front audacieux de celui qui trempe dans cette abominable conjuration? Lorsqu'elle sera dévoilée me ferez-vous un crime à moi, dépositaire de ce secret, d'avoir appelé chez moi les membres les plus forts en patriotisme.... (On murmure. On entend quelques éclats de rire.) Au moins , dans mon opinion ; car j'ai toléré assez d'opinions sur mon compte pour qu'on puisse me permettre d'en avoir une. J'ai donc appelé plusieurs de mes collègues pour rédiger avec moi un procès-verbal sur des faits qu'un particulier voulait nous dénoncer; le témoin existe, et il pourra comparaître devant vous.
On demande que Chabot lise son procès-verbal.
Chabot. Je puis le lire si l'Assemblée le juge absolument nécessaire. ( Oui , oui , s'écrie une grande partie de l'Assemblée. )
Tallien. Je demande qu'on ne le publie pas tout de auite.
(Murmures.)
Lindon. Il faut connaître ce grand secret.
Chabot. Si la Convention me l'ordonne je lirai
L'Assemblée décide que le procès-verbal sera lu.
On demande qu'il le soit par un secrétaire.
Fermont monte à la tribune, et lit : « Le citoyen Achille Viard nous avait remis le journal de sa mission à Londres. J'avais cru nécessaire de ne lui faire aucune question, jusqu'à ce qu'enfin j'eusse rassemblé un certain nombre de mes collègues du comité de surveillance , et que cette assemblée se tînt ailleurs que dans le lieu des séances du comité. Enfin, aujourd'hui, 7 décembre, à 11 heures du matin , Achille Yiard a comparu en présence de Jngrand , Roverre , la Vicomterie, Ruamps, Tallien, Montaut et François Chabot ; nous avons lu son journal , sur lequel la discussion s'est ouverte. Interrogé comment il avait été envoyé à Londres , il a répondu que Lebrun , ministre des affaires étrangères , l'avait mandé chez lui, et lui avait dit qu'il allait lui donner
une mission à Londres , mais qu'il fallait qu'il allât trouver l'abbé Fauchet ; celui-ci lui dit qu'il devait aller à Londres pour chercher des paquets qu'il devait lui remettre. Il lui remit ensuite une lettre cachetée, adressée à Lebrun , sans lui donner d'autres explications. Viard se rendit avec cette lettre chez Lebrun, pour lui demander un passeport. Le ministre lui recommanda d'aller trouver à Londres le nommé IVlasselin, agent de d'Aiguillon, et ajouta qu'il devait feindre d'être de leur parti, et le charger des paquets qu'ils lui donneraient. Arrivé à Londres, il vit Masselin , qui le présenta au ci-devant duc d'Aiguillon, et celui-ci lui remit une lettre pour Narbonne, qui demeurait alors chez madame Boulogne , à environ quinze milles de Londres. Narbonne l'accueillit favorablement, et lui donna une lettre pour l'évêque de Saint-Pol-de-Léon ; il se rendit chez ce dernier , où il vit les évéques de Lisieux , d'Angoulême, de Poitiers, d'Amiens, et autres émigrés, tant prêtres que ci-devant seigneurs; là, il les entendit discuter entre eux sur les affaires présentes, et sur l'état de la France ; ils s'attendaient à un autre ordre de choses, et à rétablir le roi dans son ancienne autorité, assurant qu'ils avaient des amis dans la Convention nationale, et qu'ils comptaientsurtout sur Fauchet et sur Roland.» (Des rumeurs , quelques éclats de rire, quelques exclamations se font entendre.) — Chabot. Continuez la lecture, vous allez entendre d'autres choses. — «Qu'ils comptaient surtout sur Fauchet et sur Roland au sujet du procès du roi ; qu'ils étaient sûrs que leurs amis à la Convention trouveraient des moyens dilatoires ou évasifs pour retarder ou empêcher sou jugement.
» Il a vu ces évêques avec Talleyrand, ci-devant évêque d'Autun, et c'est dans le sein de ce dernier qu'il les a vus déposer leurs regrets à l'époque de son départ. Celui-ci les assura que le roi serait sauvé , et qu'il comptait sur Fauchet et sur ses autres amis à la Convention. Il dit ensuite au déclarant qu'il lui remettrait deux lettres pour Fauchet ; mais
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qu'il attendait une décision de Calonne , et le retour de l'abbé de Lasalle , que Calonne avait envoyé à Naples. Achille Viard fut voir ensuite le ci-devant comte de Noailles; il trouva chez lui Narbonne, Chauvelin, ministre de France , madame Dubarri , et Dubut de Long-Champ. Les liaisons qu'il avait autrefois entretenues avec ce dernier , lui donnèrent une consistance dans cette société. Narbonne le tira en particulier , et lui dit que les choses n'étaient pas prêtes ; qu'il venait de recevoir un paquet du ministre de l'Intérieur, par l'entremise de Dubut de Long-Champ ; que ce paquet le forçait à attendre ; que l'ordre des choses était changé au moyen d'un changement dans le mot du guet ; qu'il était sûr que l'Angleterre n'attendait que le moment où l'on attaquerait la Hollande, pour s'expliquer et prendre parti pour le roi; qu'au surplus, elle faisait des préparatifs. Narbonne lui a dit ensuite , qu'un membre de l'Assemblée lui avait prêté son passeport, au moyen duquel il allait s'embarquer pour Calais et pour le Havre, et rentrer en France. 11 eut ensuite ordre de repartir par la voie de Dubut de Long- Champ. Il partit en effet , sans avoir reçu , pendant son séjour à Londres, aucune réponse du ministre des affaires étrangères, il revint rendre compte de sa mission à Lebrun , et il lui dit que Narbonne et Talleyrand lui avaient recommandé de retourner au plutôt à Londres pour chercher des paquets. Achille Yiard a déclaré ensuite depuis son arrivée r que quoiqu'il ne connaisse ni monsieur ni madame Roland, il avait reçu de madame Roland une invitation pour un rendez-vous depuis dix heures jusqu'à l'heure du dîner, mais qu'il ne s'y est pas rendu. Il a signé le présent procès-verbal après l'avoir lu , et approuvé, et nous l'avons clôturé et signé comme ci-dessus, etc. , etc »
(Quelques ris et des murmures suivent la lecture de cette pièce.)
On demande qu'Achille Viard soit mandé sur-lechamp.
Lindon. Je propose qui! soit interrogé par ta commission des douze.
Merlin. Je demande, moi, le plus grand calme , et que l'on entende la lecture des autres pièces que Chabot a entre les mains.
Legendre. Cela Vie vaut rien, Merlin , elles ne doivent pas être lues.
La lecture est vivement réclamée.
Fauchet demande à être préalablement entendu.
Chambon. Je demande le renvoi à la commission des douze.
Marat. Non pas , Monsieur, c'est du ressort du comité de surveillance (A part) Ah ! ces petits messieurs veulent exclure des affaires les membres patriotes I (On rit.)
Ferro. Je demande que Viard soit traduit à la barre. C'est au milieu de l'Assemblée que cette intrigue ténébreuse doit être dévoilée.
Marat (se précipitant à la tribune) : Cela n'a pas le sens commun. Comment! cet homme vient vous faire une dénonciation officielle, une révélation civique, et vous voulez le faire arrêter comme un scélérat !
La proposition de Ferro est adoptée.
Ducos. Je demande que le ministre de l'Intérieur soit mandé à l'instant pour répondre à la partie de la dénonciation qui le concerne.
Ruamps et Thuriot appuient cette proposition , en l'étendant au ministre des affaires étrangères ; elle est adoptée avec l'amendement.
On renouvelle la demande de la lecture des autres pièces annoncées par Chabot.
Fermont. Chabot m'avait remis une lettre entre les mains pour la lire; actuellement il ne veut plus qu'elle soit lue.
Lacase. Je demande à exposer un fait , c'est que des personnes sûres m'ont attesté que, depuis huit jours, une partie des membres du comité de sûreté générale préparaient une
dénonciation contre Roland. Je ne suis donc pas étonne de cette trame ; je sais seulement surpris que ce procès-verbal ne soit signé que d'aujourd'hui.
Marat. Quelle folie ! peut-on direqu'une dénonciation se trame!
Plusieurs voix. Président, faites donc taire ce Marat qui interrompt perpétuellement.
Garnier. Rappelez donc à l'ordre ce côté qui interrompt saris cesse C'est absolument un côté droit.
Montaut. Faites regarder dans ce côté là si Ramond n'y est point encore. (On murmure.)
Louvet. Je m'engage à prouver que Catilina est dans le vôtre. (Les murmures, le tumulte et l'agitation recommencent et se prolongent.)
Le président. Je prie les membres de s'interdire toute espèce de personnalité.
Fermont. J'observe que les dénonciations ayant été faites, l'Assemblée ne peut se dispenser d'entendre les réponses. J'ajoute que Roland ayant été mandé, ne peut se retirer qu'en vertu d'un décret. Je propose que Roland soit entendu d'abord, et- Viard ensuite.
Cette proposition est adoptée.
Roland. Je déclare n'avoir jamais vu ni connu aucune des personnes avec lesquelles on prétend que je suis en correspondance. Talleyrand est le seul que j'aie vu. Il est venu chez moi depuis son retour d'Angleterre, me demander ma voix pour une mission qu'il sollicitait pour Londres ; mais elle lui a été refusée par le conseil exécutif à l'unanimité des voix. (Une très-grande partie de l'Assemblée applaudit.) Si ma femme est impliquée dans celte affaire, je demande qu'elle soit mandée , et qu'il me soit permis de rester ici- (Mêmes applaudissemens.)
L'Assemblée décide que la citoyenne Roland se rendra à ia barre.
Achille Viard est à la barre.
Le président. L'Assemblée m'autorise- t-elle à faire les questions? (Un grand nombre de voix : Oui, oui.) En ce cas je vais procéder à l'interrogatoire.
Citoyen , l'Assemblée a décrété que vous seriez traduit à la barre pour être entendu sur les questions suivantes :
Quel est votre nom? — Achille Viard. — D'où êtes-vous?
— Des environs de Bordeaux, de Mauriac, près Libcurne ; j'y suis marié et établi. — Quel est votre état? — Je n'en ai point.
Bazire , interrompant d'un ton animé. Je demande à faire une motion d'ordre extrêmement essentielle. Je remarque que dans cette affaire on a totalement interverti l'ordre naturel des choses; on trausforme le dénonciateur en accusé, et on lui fait subir un interrogatoire. (Murmures.) Le président va lui faire des questions à sou gré , pour détourner le cours des dénonciations....
(On demande que Bazire soit rappelé à l'ordre. Quelques voix : Il craint la lumière.)
Le président reprend l'interrogatoire.
Avez-vous été dans quelqu'autre pays? — J'ai passé en Amérique avec ma femme pour affaires. — Avez-vous servi?
— J'ai servi dans la Maison du roi. (Un murmure subit se renouvelle dans l'une des extrémités.)
Bazire. Il est indigne de questionner comme cela.
Le président. Comment avez-vous servi? — En qualité de page. (Mêmes murmures.)
Deperet. Oh! Messieurs, le mot est lâché.
Osselin. le parie que c'est un émigré.
L'agitation continue dans l'une des extrémités. On rit dans une grande partie de l'Assemblée.
44° ECLAIRCISSEMENS HISTORIQUES
Le président veut continuer l'interrogatoire , les mêmes membres interrompent.
Le pré.^i irnt J'observe à l'Assemblée que le vœu de la grande majorité m'a paru être que j'interrogeasse Viard. J'ai d'ailleurs consulté Je bureau , pour savoir ce qu'il y avait à faire ; il m'a remis une série de questions.
Saint-Jus t. Je n'ai pas pris part à cela.
Saint- André. J\i Pelletier, ni moi, n'avons fait aucune question. (Quelques membres app'audissent.)
Il s'élève un murmure presque général. On entend une voix : Vous avez donc peur des Jacobins !
Chabot. Rappelez do îcà l'ordre ces interrupteurs. (Bruit.) Je demande la parole pour une motion d'ordre — Je demande que — que l'on se borne à recevoir la dénonciation de Viard (le tumulte continue) , et qu'on en dresse procès- verbal. ( On observe que Chabot n'a pas la parole : il parle au milieu des cris. Une voix à Chabot: Taisez-vous donc , vous nous compromettez.) Chabot quitte la tribune.
Ferrnont. Dès l'instant où. le jury fut décrété pour la nation française, toutes les formes n'ont tendu qu'à faire connaître la vérité. La dénonciation civique est honorée ; mais elle doit être faite avec mesure et sagesse. L'homme qui dénonce doit commencer par signer, en donnant son nom , sa qualité et sa demeure. (On applaudit.) C'est moi qui ai préparé les questions sur le procès-verbal, je les ai crues nécessaires pour parvenir à connaître la vérité ; c'est Bellegarde qui m'a dit qu'il croyait reconnaître cet homme pour avoir servi. ( Applaudissemens. Aux voix l'interrogatoire î s'écrie une grande partie de l'Assemblée. )
L'opposition tumultueuse d'un petit nombre de membres continue. Le trouble se prolonge. Le président veut en vain consulter l'Assemblée. Les cris non-interrompus qui partent de l'une des extrémités , couvrent sa voix. On remarque qu'un étranger s'introduit dans la salle , et qu'il s'approche de Viard. Le président le fait arrêter.
Après trois quarts d'heure d'agitation , les efforts du président parviennent à remettre le calme.
Il consulte l'Assemblée sur la proposition de continuer l'interrogatoire. Une cinquantaine de membres seulement se lèvent pour la négative. Il est en conséquence autorisé à continuer les questions.
Le président , à Viard. N'avez-vous pas servi? — J'ai servi dans les gendarmes de la garde, jusqu'à la réforme de ce corps.
On me donna pour retraite le grade de capitaine. Dégoûté du service, je voyageai en Amérique et en Angleterre. J'eus occasion de connaître le factotum du ci-devant duc d'Aiguillon. Ayant appris plusieurs langues , je vins proposer mes services aux- ministres de France. Je m'adressai au citoyen Fauchet; il me donna une lettre cachetée pour le ministre Lebrun, et j'obtins de ce minisire une mission pour l'Angleterre. Arrivé à Londres, je fus bien accueilli par M. d'Aiguillon ; il m'envoya chez M. Narbonne ; j'y trouvai madame Dubarri, M. Talleyrand , des ci-devant évêques et des ci-devant seigneurs. Je feignis de partager leurs opinions pour obtenir leur confiance. Bientôt je leur annonçai mon départ; alors M. Talleyrand me dit: Je vous chargerai d'un paquet pour M. Fauchet. M. Narbonne me dit: Je vous chargerai de remettre un paquet à M. Roland, car il m'a écrit par Dubut de Long-Champ. Mais ces messieurs changèrent apparemment de résolution, et ne me confièrent pas leurs paquets. De retour à Paris , je rendis compte de ma mission au citoyen Lebrun ; il en parut content. Après quelques jours de repos , j'offris au ministre de me charger d'une nouvelle mission ; mais je le trouvai très-tiède; il me dit : Nous verrons ; il faut encore attendre ; je vous ferai prévenir quand j'aurai besoin de vous. Surpris et inquiet de cette tiédeur du ministre, ayant affaire en Angleterre, et persuadé qu'on y tramait quelque complot contre la France, je m'adressai au citoyen Chabot. Je lui donnai copie du
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journal de ma dernière mission. — N'avez-vous pas rempli d'autres missions? — J'avais déjà rempli des missions pour l'Angleterre, le 7 juillet, le 10 et le 2.3. J'en reçus des ministres Chambouas et Dubouchage; je les ai fait voir au citoyen Chabot; je les ai encore chez moi. Madame Roland m'invita par un billet à la voir. — Qu'avez-vous fait de ce billet? — Ah ! un moment, je ne sais pas le motif du billet de madame Roland. Mon intention était de lui parler , pour voir si l'on pourrait tirer parti de ce qui se tramait en Angleterre , car j'étais ennuyé de la tiédeur du ministre Lebrun. Madame Roland m'écrivit qu'elle était visible depuis dix heures jusqu'à onze. — Pendant que vous étiez à Londres, avez-vous reçu des lettres de France? — Je n'ai reçu qu'une seule lettre de France pendant ma mission en Angleterre ; elle était de mon épouse, qui ne connaissait point l'objet de cette mission. — N'avez-vous rendu aucun compte pendant votre séjour en Angleterre? — Je m'en serais bien gardé, très-certainement. Je craignais trop d'être découvert par les émigrés. Je m'étais mis à l'unisson de ces messieurs, et j'étais obligé de rester depuis le matin jusqu'au soir avec les enragés.
Robespierre monte à la tribune ( quelques spectateurs applaudissent). Tout ce qui me paraît résulter de ces réponses, dit-il , et de l'affaire tout entière, c'est que l'un des coupables, c'est l'homme qui vient de répondre. ( Une voix : Oui , car c'est un émigré. )
Achille Viard rit et salue Robespierre.
Fermçnt reprend. Pourquoi des paquets vous ayant été offerts pour Roland connue pour Fauchet , avez-vous cherché à être admis chez ce premier, tandis que vous ne voulûtes pas retourner chez Fauchet?
Viard. J'ai chez moi toutes les pièces de ma correspon-
dance avec le ministre Lebrun. On y trouvera les preuves de tout ce que je viens de dire. Lors de mon retour à Paris , j'allai chez Lebrun , et je lui rendis compte de ma mission. Il en écouta le détail avec tant de froideur, que je résolus de me présenter chez M. Roland , dont la réputation de civisme m'enhardissait, pour l'intéresser à la surveillance dans une circonstance aussi critique. Mais jugeant que M. Roland devait avoir peu de temps à me donner , et désirant me présenter à lui dans un moment opportun , je m'adressai à madame Roland, et luiécrivis pour la prier de me ménager un instant d'entrevue avec son mari. Elle me répondit qu'on la trouvait depuis dix jusqu'à onze heures. Je ne me rendis pas chez elle le lendemain de la réception de ce billet ; mais le surlendemain j'y allai , et je lui fis part des motifs de l'entrevue que je sollicitais. Madame Roland me répondit qu'elle s'en tenait à son rôle de femme; qu'elle n'était qu'à côté des affaires , et que si j'avais à communiquer à son mari quelque chose d'important, je pouvais m'adresser à lui-même.
On observe que cette dernière réponse est entièrement contradictoire avec la déclaration écrite; lue, au commencement de la séance , par Chabot. — Un mouvement presque général d'indignation se manifeste dans l'Assemblée. — Un grand nombre de membres se lèvent et demandent que Viard soit mis en arrestation.
On entend au milieu du tumulte les cris de Chabot, de Tallien, de Marat.
Ruamps. J'atteste que notre procès -verbal a cependant été relu par Viard , et qu'il s'est offert le premier à le signer.
Viard. Dans la multitude de questions qui m'ont été faites ce matin par Chabot, il est possible qu'il se soit trompé en écrivant.
Ferinont fait quelques autres questions à Viard : celui-ci ne répond plus que par des paroles entrecoupées et contradictoires.
Tallien interrompt en demandant à faire une motion d'ordre.
On demande que la citoyenne Roland soit sur-le-champ introduite, pour donner des explications sur cette partie de la déclaration de Yiard. — Décrété.
Un grand nombre de voix. Oui ! oui.
Chambon. 11 faut qu'elle soit entendue pendant que Viard est à la barre.
L'admission est ordonnée.
La citoyenne Roland paraît à la barre. (Il s'élève de nombreux applaudissemens. )
Le président. Citoyenne , la Convention a désiré vous entendre, sur un objet dont il va vous être donné connaissance. Quel est votre nom?
La citoyenne. Roland ; nom dont je m'honore , parce qu'il est celui d'un homme de bien. (On applaudit. )
Le président. Connaissez-vous le citoyen Achille Viard?
La citoyenne Roland. Je ne le connais pas ; mais je reçus, il y a huit jours, une lettre, où le citoyen qui signait ce nom , m'annonçait qu'ayant la confiance du citoyen Lebrun, ministre des affaires étrangères, etétant sur le point de partir pour l'Angleterre, où il avait découvert une grande conspiration contre la république , il avait à communiquer au citoyen Roland des choses très-intéressantes pour lui et pour le citoyen Lebrun , mais qu'il n'avait pu lui en faire part à cause de la multiplicité de ses affaires. Je lui répondis par un billet non-signe , que s'il s'agissait d'affaires publiques, je m'en tenais à monVôle de femme, et qu'il fallait s'adresser au citoyen Roland : que si la chose intéressait sa personne, je serais visible le lendemain depuis 10 heures jusqu'à ri. Je reçus une seconde lettre par laquelle on m'informait qu'invité parle citoyen Lebrun à un rendezvous très-important, on ne viendrait pas le lendemain, mais le surlendemain. Le surlendemain je vis le citoyen Viard , que je reconnais. 11 me raconta ce qu'il avait vu à Londres ;
je le laissai parler autant qu'il voulut. Je lui témoignai mon étonnement, sur ce qu'ayant des choses inte'ressantes à communiquer au ministre , c'était à moi qu'il s'adressait plutôt qu'à lui. Je lui dis qu'apparemment il était dans une erreur que partageaient plusieurs personnes. Il me dit que le ministre était si surchargé d'affaires, qu'il ne pourrait lui indiquer qu'un rendez-vous fort éloigné ; que mon intervention pourrait en rapprocher le terme. Je lui répondis que je n'étais qu'à côté des affaires , que ce n'était pas à moi de disposer du temps du citoyen Roland ; qu'il savait trop bien diriger l'emploi de ses momens , j>our que je pusse m'en mêler ; que d'ailleurs , comme fonctionnaire public , il s'en tenait à l'usage de n'entendre les personnes qui ont des affaires à lui communiquer , que dans l'ordre de la date de leur présentation. Il se retira.
Sans avoir l'œil très-exercé, j'ai cru voir dans Monsieur un homme qui venait pour observer ce qu'on pensait , plus que pour autre chose. (On applaudit à plusieurs reprises. ) Quelques rumeurs se font entendre dans une extrémité de la salle.
On demande que les honneurs de la séance soient accordés à la citoyenne Roland.
Le président. Citoyenne , la Convention nationale , satisfaite des éclaircissemens que vous venez de lui donner, vous invite aux honneurs de la séance.
La citoyenne Roland traverse la salle au milieu des applaudisseinens de la grande majorité de l'Assemblée.
Marat , près la tribune. Voyez le silence du public ; il est plus sage que nous.
Note (M) , page 1 29.
Le 4 juillet 1793.
La citoyenne Roland , à la section de Beaurepaire.
L'intérêt que la section m'a témoigné en qualité d'habi-
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tante de son arrondissement et d'opprimée, me fait une loi de l'instruire de ce qui me concerne , dans l'affaire dont elle s'est mêlée.
Le ministre de l'Intérieur s'est adressé au comité de sûreté générale pour réclamer la loi qui exige que les détenus soient informés du délit dont ils sont prévenus et interrogés dans le plus court délai. Le comité a fait une réponse, dont je joins ici la copie : il expose ses motifs et ses griefs contre moi : c'est cette réponse même que j'offrirais aux personnes impartiales pour ma justification, si elle était nécessaire. Elle établit mon arrestation sur l'absence de mon mari , comme s'il était des lois qui permissent jamais de prendre une personne pour une autre; elle l'établit encore sur une complicité du prétendu projet de pervertir l'opinion publique , comme si la responsabilité d'un ministre s'étendait sur son épouse : elle porte dars tous ses points sur de fausses accusations contre un autre individu que celui pour lequel il était fait des réclamations. Roland n'est point à Lyon ; il ne souffle nulle part le feu de la guerre civile : il pourra le prouver quand il en sera temps ; et je défie ceux qui le calomnient de justifier leur dire imposteur. Roland a sollicité , durant cinq mois, l'apurement de ses comptes , le jugement de sa conduite publique et privée; toutes les pièces nécessaires étaient entre les mains des commissaires de la Convention : cette justice lui a été obstinément refusée ; on voulait donc le retenir pour l'arrêter dans un moment prévu ? Il a donc dû se soustraire à cette inique arrestation , et il ne l'a fait qu'à la dernière extrémité. Roland , loin de corrompre l'esprit public, n'a cessé d'obéir au décret qui ordonnait de concourir à l'éclairer par des écrits tous connus et avoués. Que l'on cite une seule ligne qui ne contienne pas les principes de la plus pure morale et de la plus saine politique?
Roland a exigé des comptes de ceux à qui il devait en demander, parce qu'il en rendait lui-même de très-rigoureux :
Roland s'est élevé contre tous les actes de violence qui offensaient les lois ou blessaient l'humanité, parce qu'il a cru qu'après le renversement de la tyrannie, rien n'était plus pressant que de faire chérir la liberté par un régime équitable , et d'appuyer la république sur des vertus. Dès-lors , Roland parut redoutable aux brigands, qui profitent des révolutions pour s'enrichir, aux ambitieux qui les perpétuent, pour augmenter leur puissance , et aux hommes turbulens, ou égarés , qui n'ont d'activité que pour détruire , et qui sont toujours prêts à croire à la perfidie des sages qui peuvent édifier.
Voilà les crimes de Roland ; les miens sont de m'honorer des principes qu'il professe, et d'avoir un courage égal au sien. Je n'ai point été effrayée des dangers que son caractère et sa probité lui faisaient courir; de même que je n'avais pas été séduite par l'espèce d'éclat qui environne une place difficile, de même je ne suis point abattue dans les fers où l'on m'a jetée.
Femme d'un ministre honoré , ou prisonnière à Sainte- Pélagie, ici comme là, je vaux, j'existe par les sentimens dont mon cœur est animé ; aujourd'hui comme alors, indignée contre l'injustice, mais également ferme et paisible dans la bonne ou mauvaise fortune, digne de la première , et supérieure à la seconde , je ne mets de prix à la vie que pour pratiquer ce qui est juste, et rendre hommage à la vérité.
Mes concitoyens voudront bien accueillir cette profession de foi que je n'eusse jamais songé à faire, si un abus d'autorité ne m'inculpait d'une manière publique : ceux qui me connaissent y retrouveront une expression abrégée de ce que je suis en effet; j'en appelle à leur témoignage pour venger ma personne ou ma mémoire des atteintes delà calomnie.
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Note (N),jjage i45.