‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 137 sur 165 · TROISIÈME PARTIE. ZOJ · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. ZOJ

je ne l'avais pas vu depuis ses visites chez ma bonne -maman. Je m'aperçus de l'impression que lui firent les changemens qui s'étaient opérés dans ma personne depuis ce temps-là. Il revint en mon absence ; il entretint longuement mon père, qui lui parla sans doute de mes goûts , montra la petite retraite où je passais mes jours : on jeta les yeux sur mes livres ; mes œuvres étaient sur ma table, elles excitèrent sa curiosité : mon père le mit à même de la satisfaire en livrant mes cahiers. Grand déplaisir et grandes plaintes de ma part, lorsqu'à mon retour je trouvai qu'on avait violé mon asile : mon père prétendait qu il n'eût rien fait de pareil à l'égard de toute autre personne moins grave et moins digne de considération que M. de Boismorel. Sa raison ne me fit point goûter son entreprise , elle attentait à la liberté, à la propriété; elle disposait, sans mon aveu, de ce dont la confiance seule devait avoir l'usage , mais enfin c'était fait. Je reçus, dès le lendemain, une belle lettre de M. de Boismorel, trop bien tournée pour qu'elle ne lui valût pas le pardon d'avoir profité de l'indiscrétion de mon père ; et j'y gagnai 1 offre de tout ce que pouvait contenir sa bibliothèque. Je ne la reçus pas avec indifférence ; de ce moment , nous entrâmes en correspondance; je goûtais, pour la première fois , avec réflexion , le plaisir très-doux que la sensibilité , l'amour-propre , nous font trouver à être appréciés par ceux au jugement desquels nous mettons du prix.

M. de Boismorel ne demeurait plus dans l'enceinte de Paris; son goût pour la campagne et le soin de ne pas trop éloigner sa mère du séjour de la capitale , lui avaient fait acheter , au-dessous de Charenton, le Petit-Bercy, belle maison dont le jardin s'étendait jusques sur les bords de la Seine. Il nous invita beaucoup à en faire un but de promenade, témoignant le plus grand empressement à nous y recevoir. Je me rappelais l'ancien accueil de sa mère; je n'étais nullement tentée de l'affronter de nouveau, et je résistai long-temps à mon père. Il insista, et comme je ne voulais pourtant pas m'opposer aux parties qu il prenait fantaisie de faire avec moi, nous allâmes un jour à Bercy. Mesdames de Boismorel étaient ensemble dans le salon d'été : la présence de la bru, dont j'avais entendu vanter l'amabilité, m'inspira toutà-coup l'espèce d'aise dont j'avais besoin pour ne pas altérer la mienne. La mère, dont on se rappelle le ton, que les années n'avaient pas rendu plus humble, parut cependant bieu plus honnête , avec une jeune personne qui avait l'air de se sentir, quelle n'avait été avec l'enfant qu'elle jugeait sans conséquence. « Comme elle est bien, votre chère fille, M. Phlipon! mais savez-vous que mon fils en est enchanté? Dites -moi donc, Mademoiselle , ne voulez -vous point vous marier? — D'autres y ont déjà songé pour moi, Madame, mais je n'ai pas encore trouvé de raison de me déterminer. — Vous êtes difficile, je le crois! N'auriez -vous point de

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