TROISIEME PARTIE. 2 I I
peut-être, il établissait quelque projet; il avait soin de disposer les choses de manière que nous nous trouvassions en partie carrée , les deux pères et les deux enfans. Ce fut ainsi qu'il mefît assister à la séance publique de l'Académie française de la Saint-Louis suivante. Ces séances était alors le rendez-vous de la belle compagnie , et elles présentaient tous les contrastes que nos mœurs et nos folies ne pouvaient manquer de produire. Le matin du jour de Saint-Louis (iyy5) , on célébrait, dans la chapelle de l'Académie, une messe que chantaient les acteurs de FOpéra , à la suite de laquelle un orateur du beau monde prononçait le panégyrique du saint roi. L'abbé de Besplas remplit cette fonction ; je l'écoutai avec grand plaisir , malgré la trivialité dun sujet aussi rebattu : il avait semé son discours de traits hardis de philosophie , et de satires indirectes du gouvernement y qu'il fut obligé de retrancher (i) , quand il livra le discours à l'impression.
(i) D'après les Mémoires du temps, le discours de l'abbé Besplas fit en effet grand bruit, excita de vives réclamations à cette époque. La cour lui reprocha d'avoir trouvé, dans les ordonnances de saint Louis, les premiers principes d'un système de gouvernement qui limitait le pouvoir de la noblesse, et favorisait les droits du peuple. Le clergé ne lui pardonna pas, dit Eachaumont , de parler dans une chaire chrétienne le langage de la philosophie moderne, et de considérer, dans la vie de Louis IX, plutôt le législateur d'un
M. de Boismorel, qui avait des relations avec lui, espéra vainement d'obtenir une copie fidèle dont il m'aurait fait part ; l'abbé de Besplas , attaché à la cour comme aumônier de Monsieur , fut trop heureux d'acheter le pardon de sa hardiesse , par le sacrifice absolu des traits qu'elle lui avait dictés. Le soir, la séance de l'Académie ouvrait la carrière aux beaux-esprits les premiers en titre du royaume; aux grands seigneurs qui aimaient à mettre leurs noms sur leur liste , à se montrer dans le fauteuil aux yeux du public; enfin, aux amateurs qui venaient écouter les uns , voir les autres , se montrer à tous; et aux jolies femmes qui étaient sûres de s'en faire remarquer.
J'observai d' Alembert, dont le nom, les Mélanges et les Discours encyclopédiques excitaient ma curiosité ; sa petite figure et sa voix grêle me firent penser que les écrits d'un philosophe étaient meilleurs à connaître que son masque. L'abbé Delille confirma la remarque pour les gens de lettres ; il
grand État, que le saint honoré dans l'Église. « Les docteurs » en Sorbonne refusent, continue Bachauniont, d'approuver » un discours où l'on s'élève contre le despotisme du cardi- » nal de Richelieu , l'un des bienfaiteurs de leur institution. » Tel est l'état des choses , qui donne beaucoup de sollici- » tude au prédicateur , d'autant qu'il est aumônier de » Monsieur (*) , et que les dévots s'efforcent de le perdre > auprès de ce prince. » { Noie des nouveaux éditeurs .)
(*) Aujourd'hui S. M. Louis XVIIT.