SUR MADAME ROLAND. XXIII
la raison et de la liberté. Les hommes , qui avaient parlé , souffert, ou combattu pour elle, à quelque peuple, à quelque siècle qu'ils appartinssent, avaient des droits à l'admiration de madame Roland : elle désirait connaître les traits de leur histoire , les lieux qu'ils avaient illustrés 5 elle aurait voulu voir, en Angleterre, la tribune où parlait Hampden , en Suisse, le rocher sur lequel s'élança Guillaume-Tell. Mais, qu'était-il besoin désormais de parcourir des contrées étrangères ? Sa patrie allait connaître , à son tour, les prodiges de l'éloquence populaire, l'enthousiasme de la liberté , les efforts du patriotisme. Malheureusement l'éclat des taiens , des vertus , le souvenir des hauts faits et des belles actions, disparaîtraient quelquefois, au milieu des orages politiques et des fureurs de l'anarchie. Peut-être , s'ils avaient pu prévoir par quels excès serait marqué ce grand changement, ceux qui l'appelaient de tous leurs vœux , l'auraient repoussé de tous leurs efforts*, mais les générations qui suivent , lorsqu'elles jouissent d'une institution qui place les droits du peuple à côté des prérogatives du trône , ne s'informent point de quel prix leurs aïeux ont payé cet inestimable bienfait.
Madame Roland , qui avait vu la fin d'un règne avili , vit les commencemens d'un règne malheureux. Une cour remarquable encore par la politesse de l'esprit et par l'é~ îégance des manières , mais qui présentait déjà l'image de la frivolité et les signes trop certains delà corruption, avait , par de folles dépenses , accru le fardeau de la dette publique. Turgot demandait à la cour de l'économie, à la noblesse , au clergé , des sacrifices : Turgot n'obtint que l'honneur d'une disgrâce. Il serait affligeant de croire que parce qu'on ne voulut point adopter une réforme salu-