‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 16 sur 165 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

taire, on eut une révolution, sanglante. A des conseillers prévoyans succédèrent des hommes présomptueux et des ministres ineptes. La Cour se vit placée entre le déshonneur de la banqueroute ou le secours dangereux des étatsgénéraux : les parlemens, le clergé, la noblesse, les demandaient à grands cris ; ils s'assemblèrent au profit du tiers-élat.

La Cour, en les réunissant, s'était donné des censeurs, des réformateurs et des maîtres. Incertaine dans sa marche, présomptueuse dans ses projets , timide dans leur exécution, elle ne put jamais établir, dans tout le cours de leur durée, l'idée de sa force ou de sa bonne foi. L'Assemblée constituante profita de la faiblesse du pouvoir et de l'appui qu'elle trouvait dans la nation , pour étendre ses entreprises. Cette assemblée , qui réunissait tant de lumières et de bonnes intentions , mêla de grandes erreurs à de grands bienfaits. En admirant ses travaux dans l'ordre administratif, ses réformes dans l'ordre judiciaire , on est forcé de regretter ses fautes dans l'ordre politique. Laisser le pouvoir aux prises avec la représentation nationale, sans intermédiaire et sans arbitre , c'était préparer une lutte qui devait entraîner la chute du trône ou l'asservissement de la nation. L'autorité royale était comme un vaisseau de ligne qui , lancé en mer sans agrès et sans artillerie, ne pouvait ni résister aux orages, ni faire respecter son pavillon. Une défiance impoîilique autant qu'injurieuse , sous prétexte d'ôter au pouvoir souverain tout moyen de nuire, l'avait réduit à l'impuissance d'être utile. C'était trop peu pour une monarchie ; c'était trop pour une république; mais elle existait déjà dans la pensée de quelques hommes.

Du fond de la retraite où elle vivait aux environs de

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