AU ROI
Paris, le 19 mai 1792, Tan IV de la liberté'. Sire,
La première chose que vous doivent des ministres honores de votre confiance , c'est la vérité. C'est elle qu'il importe le plus à Votre Majesté de connaître ; c'est elle qui parvient toujours plus difficilement auprès du trône, parce que beaucoup de passions ont intérêt de l'en écarter. L'obligation de vous la dire est chère à des hommes qui se glorifient d'avoir une patrie, et qui reconnaissent, dans votre personne, le roi constitutionnel d'un peuple libre. Nous devons ce témoignage à Votre Majesté , et nous le lui rendons avec effusion de cœur ; tout dans son langage , soit au conseil, soit à chacun de nous en particulier, respire l'amour de la constitution, la volonté de la défendre. C'est cette expression , toujours répétée , qui nous a donné l'espoir de répondre à la confiance de Votre Majesté. Hommes du peuple et citoyens avant tout, nous ne pouvions être et demeurer ministres que du chef suprême du pouvoir exécutif des lois pour lesquelles nous devons vivre et mourir. Mais, Sire, ce langage digne de votre sagesse , et qui vous concilie notre amour avec nos respects, n'est point entendu de la foule immense des citoyens, qui ne voient que les faits , ou n'approchent que vos entours. S'il est quelques faits dont les mécontens puissent se prévaloir , si F on tient dans votre maison des propos repréhensibles , le peuple , qui ne voit que les faits , qui ne connaît que ces propos , s'inquiète , s'agite, et sa confiance s'altère. // remarque , avec peine , que Votre Majesté se sert d'un aumônier qui n'a pas prêté le serinent civique ; que les insermentés s'en prévalent ; qu'ils citent cette conduite pour leur
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justification et pour encourager leurs partisans. Le peuple ne sait que répondre à leurs argumens ; car, ayant vu Votre Majesté se rendre à sa paroisse , dans le temps pascal , il ne peut supposer que votre conscience se trouve intéressée à ne point communiquer avec les prêtres assermentés ; il en conclut que les insermentés ont raison , quand ils disent que Votre Majesté choisit un d'entre eux, par prédilection pour leurs principes et leur résistance.
Votre Majesté nous répète tous les jours qu'elle veut qu'on exécute la constitution , et les raisons qu'elle énonce , et les sentimens qu'elle exprime, nous attestent également cette volonté sincère ; mais le peuple est imbu qu'il se débite souvent autour d'elle des propositions très-inconstitutionnelles ; que ces propositions s'insinuent au prince royal , sur le ton de V intérêt et de la plainte ; que des femmes égarées, dont les principes sont assez connus , et dont les parens sont émigrés , lui représentant l'Assemblée nationale et les patriotes comme les ennemis de sa famille ; il croit voir ainsi semer l'erreur, la crainte et les haines injustes dans cette jeune ame , qui ne devrait s'ouvrir qu'aux grands principes de la justice éternelle. II envisage l'héritier du trône , préparé , par son éducation , à une opposition formelle avec la majorité de la nation, qui pourrait être son appui, mais qui ne saurait jamais l'êlre que d'un prince nourri dans l'amour de la constitution. De là les idées de conseils privés et secrets, de machinations perfides. D'une autre part , il considère la garde de Votre Majesté ; il prétend qu'elle se compose de sujets qui manifestent leur haine pour la constitution ; que ceux d'entre eux qui témoignent les sentimens de bons citoyens , sont exposés aux insultes de leurs camarades , aux vexations de leurs officiers , et bientôt obligés de déserter un corps qu'on veut former d'ennemis de la chose publique. Il cite en preuve récente, le repas de ces gardes où l'on but à la santé du général Beaulieu (général autrichien), en réjouissance de ses avantages sur les Français. Dès-lors , il voit ,
dans nos échecs, une telle correspondance avec les vœux de ceux qui environnent Votre Majesté, qu'il passe rapidement au soupçon que ces échecs furent préparés.
Quant à nous, Sire, témoins et pénétrés des intentions, des désirs de Votre Majesté pour le bonheur de la France , nous ne pouvons nous dissimuler que des hommes pervers cherchent à la tromper par des récits faux ou exagérés , propres à la contrister et à détruire sa confiance dans une nation qu'on lui représente sous des couleurs hideuses. Plusieurs fois déjà nous avons été dans le cas de démentir ces récits infidèles , évidemment fabriqués pour troubler votre tranquillité , pour aigrir votre cœur sensible.
Ainsi, d'un côté , la conduite de vos propres serviteurs , les discours qui se tiennent dans votre maison , répandent la défiance et l'alarme , tandis que de l'autre on vous inspire les mêmes dispositions par d'adroits mensonges. Ainsi, pourraient s'aliéner réciproquement une nation fière et généreuse , un roi juste et bon , qui devraient se chérir , et dont les intentions, les vœux, parfaitement .d'accord, tendent également au bonheur de tous.
En vain nous répétons à des hommes effrayés , les expressions du dévouement de Votre Majesté à la constitution. Ces expressions, s'écrie-t-on , ce langage, ne se trouvent-ils point dans la lettre qu'écrivit , au nom du roi , le ministre Montmorin , au mois d'avril 1791 ? Qu'est-il arrivé depuis? que doit-on attendre des mêmes expressions? C'est par les faits seuls qu'il est permis de juger ; et tant que les entours du roi respireront la haine de la révolution, tant que sa volonté prononcée n'aura pas fait pâlir et s'éloigner de lui tout ennemi de la constitution , nous le croyons trompé , ou nous doutons de sa volonté même.
Cependant, les rebelles s'agitent au dehors ; les mécontens se rallient dans l'intérieur ; au défaut de raisons, ils s'appuient de prétextés, et tout ce que nous venons de.retracer ne leur en fournit que trop. Que doivent faire, dans cet état
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de choses, les hommes honorés de votre confiance? \ ou.-; représenter, avec autant de simplicité que de courage, l'inquiétude du peuple et les motifs de sa défiance , comme nous lui répéterons en toute circonstance les témoignages touchais que nous donne Votre Majesté de son amour pour la loi. Empressés de remplir celte double tâche , nous ne connaissons ni les calculs, ni la faiblesse , qui empêchent de jamais rien répéter qui ne soit agréable. C'est pour vouloir toujours flatter les rois, par de rians tableaux , qu'on leur a souvent aliéné les peuples. Entièrement à nos devoirs , nous dirons la vérité à Votre Majesté , en lui transmettant les inquiétudes , les réclamations du peuple , en lui retraçant le véritable état des choses.
La France est parvenue à l'époque de sa révolution , qui doit en assurer le triomphe par de prompts succès , ou le préparer par de longs malheurs. Ce triomphe est immanquable ; mais , ou la génération présente en sera le témoin , ou elle l'achètera pour la suivante , d'une partie de son sang. Dans le premier cas , Votre Majesté partagera la jouissance de la victoire et de la paix ; dans le second , elle n'évitera point les malheurs communs ; eh ! qui sait les victimes qu'ils pourraient faire ! Le retour de l'ancien ordre de choses est impossible ; dès qu'une fois les idées de justice , de liberté, d'égalité sont répandues dans la masse active du peuple , elles y germent et se développent toujours de plus en plus. En vain l'habitude des privilèges , l'amour des distinctions feraient tout tenter à certaine classe , pour les étouffer ; ces inutiles efforts les font discuter avec plus de chaleur ; le sentiment au fait s'unit à l'opinion du droit ; il en résulte la passion la plus ardente , la plus lière et la plus puissante , celle de l'indépendance que rien ne saurait aliéner , et qui ne peut être réglée que par la loi. Le rétablissement de la noblesse , sous quelque forme qu'on l'envisage, n'est pas plus possible que celui des états.
La volonté générale s'est prononcée contre elle; la cousu-
ET PIÈCES OFFICIELLES. /p I
iution est faite , la nation s'ensevelirait sous ses ruines, s'il était quelque puissance capable de renverser cette constitution qu'elle veut maintenir.
Vous-même, Sire, en acceptant cette constitution, vous avez lié votre sort au sien , d'une telle manière, que votre bonheur ne peut plus résulter que de sa parfaite observation : l'attaquer, c'est ébranler votre trône, offenser votre personne; c'est supposer que vous avez pu jurer contre votre conscience, ou vouloir vous arracher à vos propres sermens, pour vous livrer (contre le vœu de l'empire ) au soutien d'un parti qui n'est propre qu'à le troubler, et dont les desseins ambitieux ne sauraient avoir d'exécution que par les ravages et la mort.
Nous dirons également la vérité à nos concitoyens , en leur protestant de la sagesse des discours de Votre Majesté, de sa manifestation soutenue des sentimens les plus purs et les plus constitutionnels. Nous la dirons à nous-mêmes en nous répétant qu'il importe peu à l'homme de bien d'occuper tel ou tel poste , pourvu qu'il y soit fidèle à son devoir et qu'il le remplisse jusqu'à la mort.
Le ministre de l'intérieur, Signé Roland.
A M. Roland , par un de ses collègues,
26 mai 1792 , l'an IV de la liberté.
J'aide nouveau médité , mon cher collègue, sur la lettre que vous vous proposez d'écrire au roi. Plus j'y réfléchis, moins je trouve de motifs sumsans en faveur de cette démarche. Le ministère n'échapperait pas au reproche de s'être ligué avec les dénonciateurs de M. Montmorin. Ce reproche, me direz-vous , serait sans fondement ; mais , à quoi bon y donner lieu ? Pourquoi aigrir le roi contre nous ; dès que nous n'avons accepté nos places que pour faire aller la chose publique , dès que nous sommes moralement certains que jus-
qu'au moment où la paix sera établie, nous ne pouvons être remplacés qu'au risque d'augmenter le malheur de ce pays déchiré de tant de manières?
Laissons de côté les discours des aristocrates; mais ceux des gens modérés et de bonne foi méritent des égards, ne fût-ce qu'à cause de la nuance insensible qui les confond avec les patriotes les plus prononcés. Or, je ne doute pas que ces modérés ne trouvassent cette démarche assez extraordinaire dans ce moment-ci, pour suspecter nos intentions. On peut dire, qu'importe ! Mais alors , on oublie que , s'il y a du déshonneur à être ministre lorsqu'on ne peut plus faire le bien , il y a du patriotisme à ne pas provoquer des orages sans une véritable utilité, et à se maintenir , autant que notre devoir nous le permet, dans des rapports personnels avec le roi, qui, prévenant toute aversion de sa part, laissent à sa confiance , pour des ministres honnêtes gens , le moyen de naître ou de se fortifier.
Je pense, et je ne m'en cache pas, qu'il serait heureux , nécessaire même , autant pour la sûreté publique que pour le roi , qu'il ne s'entourât que de patriotes sûrs et zélés pour la constitution ; mais , si le changement qu'il aurait à faire, quelque heureux qu'il fût, ne vient pas naturellement, tant des propres réflexions du roi sur les événemens , que de celles que nous faisons en sa présence , il ne fera que jouer un rôle, plus ou moins adroitement; car, pensez-vous que , d'après votre lettre, il veuille de bonne foi renoncer à toutes ses anciennes liaisons, s'isoler absolument dans son château , et passer ainsi une triste vie, au milieu de figures étrangères à ses habitudes comme à ses goûts? Ou le roi ne le fera pas d'après ses propres réflexions , et votre lettre ne pourrait certainement pas le déterminer sincèrement à ces privations ; ou s'il cède , il n'est que trop probable qu'il conserverait au fond de l'aine beaucoup de ressentiment de la contrainte qu'on lui imposerait. Ainsi la démarche, ou serait inutile, ou, quand elle ne !e serait pas, elle pourrait être
dangereuse dans ses effets; et peut-être même serait-elle inutile et dangereuse tout à (a fois.
Je le répète , notre position nous l'interdit. Obligés à faire agréer au roi les résolutions que le bien public semble exiger, les préventions sourdes, les indispositions concentrées , sont autant d'obstacles que nous ne devons pas provoquer, à moins que la certitude de détourner un grand péril , pour l'Etat ou sa personne , ne nous oblige à passer sur ces considérations.
Je crois aussi, mon cher collègue , que cette démarche, qui deviendrait certainement publique , quand même ce ne serait pas par notre fait, aurait le grand inconvénient de donner de la notoriété à des choses qu'une grande partie du public ignore encore; et de la consistance à ces mêmes choses, dont une autre partie du public n'a qu'une idée vague , ce qui, vu l'impossibilité de changer l'intérieur de la maison du roi , ne ferait que l'exposer aux souîèvemens populaires, que nous désirons prévenir. Enfin, le rôle des ministres du roi, dans lequel nous croyons reconnaître de bonnes intentions, n'est point de fortifier dans l'esprit du peuple des opinions contraires à la confiance que nous devons contribuer à rétablir entre lui et la nation.
Voilà , mon cher collègue , ce que votre bon esprit sentira certainement. D'après cela, je souhaite que la lettre ne s'écrive pas. Mais si la majorité des ministres pense autrement, je m'y soumets ; car, l'essentiel est que nous marchions ensemble , et que nous ne nous montrions jamais divisés pour des choses importantes. Vous pensiez à envoyer seul votre lettre , si nous refusions de nous joindre à vous; et moi, je me joins à tous , plutôt que de persister seul dans mon avis. Mais, au cas que l'envoi vînt à réunir en sa faveur la pluralité , je me réserverais toujours quelques remarques importantes sur plus d'une phrase de votre projet.
Je me résume dans ces deux mots : ne pas persuader le i. 28
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roi , et l'aigrir , ne conviennent nullement à clés ministres dans la gestion desquels le public montre de la confiance.
Signé *(i).
(Extrait d'un Recueil intitulé: Lettres et Pièces intéressantes pour servir à l'histoire du ministère de Roland , Servan et Clavïere. — Paris, 1792.)
Note (C) , page 376.
Lettre écrite au Roi, par Roland, ministre de V intérieur.
Sire,
L'état actuel de la France ne peut subsister long-temps : c'est un état de crise dont la violence a atteint le plus haut degré ; il faut qu'il se termine par un éclat qui doit intéresser Votre Majesté, autant qu'il importe à tout l'empire.
Honoré de votre confiance , et placé dans un poste où je vous dois la vérité , j'oserai vous la dire ; c'est une obligation qui m'est imposée par vous-même.
Les Français se sont donné une constitution ; elle a fait des mécontens et des rebelles ; la majorité de la nation la veut maintenir; elle a juré de la défendre au prix de son sang , et elle a vu avec joie la guerre , qui lui offrait un grand moyen de l'assurer. Cependant, la minorité, soutenue par des espérances , a réuni tous ses efforts pour emporter l'avantage. De là , cette lutte intestine contre les lois ; cette anarchie, dont gémissent les bons citoyens , et dont les malveillans ont bien soin de se prévaloir pour calomnier le nou-
(1) Les éditeurs du Recueil où se trouve cette pièce font publiée sans signature : nous pouvons assurer qu'elle est de Duranthon, ministre de ia justice à cette époque. (Note des nouveaux éditeurs.}
veau régime. De là , cette division , partout excitée , car nulle part il n'existe d'indifférens; on veut, ou le triomphe , ou le changement de la constitution ; on agit pour la soutenir , ou pour l'altérer. Je m'abstiendrai d'examiner ce qu'elle est en elle-même , pour considérer seulement ce que les circonstances exigent , et , me rendant étranger à la chose, autant qu'il est possible, je chercherai ce que l'on peut attendre , et ce qu'il convient de favoriser.
Votre Majesté jouissait de grandes prérogatives, qu'elle croyait appartenir à la royauté. Élevée dans l'idée de les conserver , elle n'a pu se les voir enlever avec plaisir ; le désir de se les faire rendre était aussi naturel que le regret de les voir anéantir. Ces sentimens , qui tiennent à la nature du cœur humain , ont dû entier dans le calcul des ennemis de la révolution. Ils ont donc compté sur une faveur secrète , jusqu'à ce que les circonstances permissent une protection déclarée. Ces dispositions ne pouvaient échapper à la nation elle-même , et elles ont dû la tenir en défiance. Votre Majesté a donc été constamment dans l'alternative de céder à ses premières habitudes , à ses affections particulières , ou de faire des sacrifices dictés par la philosophie , exigés par la nécessité : par conséquent , d'enhardir les rebelles , en inquiétant la nation , ou d'apaiser celle-ci, en vous unissant avec elle. Tout a son terme , et celui de l'incertitude est enfin arrivé.
Votre Majesté peut -elle aujourd'hui s'allier ouvertement avec ceux qui prétendent réformer la constitution? ou doit-elle généreusement se dévouer, sans réserve , à la faire triompher ? Telle est la véritable question , dont l'état actuel des choses rend la solution inévitable.
Quant à celle , très-métaphysique , de savoir si les Français sont mûrs pour la liberté , sa discussion ne fait rien ici ; car il ne s'agit point de juger ce que nous serons devenue daus un siècle , mais de voir ce dont est capable la génération présente.
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La déclaration des droits est devenue un évangile politique ; et la constitution française, une religion pour laquelle le peuple est prêt à périr. Aussi, l'emportement a-t-il été déjà quelquefois jusqu'à suppléer à la loi ; et lorsque celle-ci n'était pas assez réprimante pour contenir les perturbateurs , les citoyens se sont permis de les punir eux-mêmes. C'est ainsi que des propriétés d'émigrés , ou de personnes reconnues pour être de leur parti , ont été exposées aux ravages qu'inspirait la vengeance ; c'est pourquoi tant de déparlemens ont été forcés de sévir contre les prêtres que l'opinion avait proscrits , et dont elle aurait fait des victimes.
Dans ce choc des intérêts, tons les sentimens ont pris l'accent de la passion. La pairie n'est point un mot que l'imagination se «soit complue d'embellir: c'est un être auquel on a fait des sacrifices , à qui l'on s'attache chaque jour davantage, par les sollicitudes qu'il cause ; qu'on a créé par de grands efforts , qui s'élève au milieu des inquiétudes , et qu'on aime par ce qu'il coûte , autant que par ce qu'on en espère. Toutes les atteintes qu'on lui porte, sont des moyens d'enflammer l'enthousiasme pour elle.
A quel point cet enthousiasme va-t-il monter , à l'instant où les forces ennemies réunies au dehors, se concertent avec les intrigues intérieures , pour porter les coups les plus funestes?
La fermentation est extrême dans toutes les parties de l'empire : elle éclatera d'une manière terrible, à moins qu'une confiance raisonnée dans les intentions de Votre Majesté , ne puisse enfin la calmer. Mais cette confiance ne s'établira pas sur ries protestations; elle ne saurait plus avoir pour bases que des faits.
Il est évident pour la nation française , que sa constitution peut marcher ; que le gouvernement aura toute la force qui lui est nécessaire , du moment où Votre Majesté, voulant absolument le triomphe de cette constitution, soutiendra le corps législatif de toute la puissance de l'exécution,
ètera tout prétexte aux inquiétudes du peuple, et tout espoir aux raécontens.
Par exemple , deux décrets importans ont été rendus ; tous deux intéressent essentiellement la tranquillité publique et le salut de l'État. Le retard de leur sanction inspire des défiances : s'il est prolongé, il causera des mécontens ; et , je dois le dire , dans V effervescence actuelle des esprits , les mécontentemens peuvent mener à tout.
Il n'est plus temps de reculer, il n'y a même plus moyen de temporiser. La révolution est faite dans les esprits ; elle s'achèvera au prix du sang et sera cimentée par lui , si la sagesse ne prévient pas des malheurs qu'il est encore possible d'éviter.
Je sais qu'on peut imaginer tout opérer et tout contenir par des mesures extrêmes : mais, quand on aurait déployé la force , pour contraindre l'Assemblée ; quand on aurait répandu l'effroi dans Paris, la division et la stupeur dans ses environs, toute la France se lèverait avec indignation , et, se déchirant elle-même dans les horreurs d'une guerre civile , développerait cette sombre énergie, mère des vertus et des crimes , toujours funeste à ceux qui l'ont provoquée.
Le salut de l'État et le bonheur de Votre Majesté sont intimement liés ; aucune puissance n'est capable de les séparer: de cruelles angoisses et des malheurs certains environneront votre trône, s'il n'est appuyé par vous-même sur les bases de la constitution , et affermi dans la paix que son maintien doit enfin nous procurer.
Ainsi , la disposition des esprits , le cours des choses , les raisons de la politique, l'intérêt de Votre Majesté rendent indispensable l'obligation de s'unir au corps législatif et de répondre au vœu de la nation ; ils font une nécessité de ce que \os principes présentent comme devoir ; mais la sensibilité naturelle à ce peuple affectueux , est prête à y trouver un motif de reconnaissance. On vous a cruellement trompé , Sire , quand on vous a inspiré de l'éloignement ou de la méfiance de ce peuple facile à toucher ; c'est en vous inquiétant
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perpétuellement , qu'on vous a porté à une conduite propre à l'alarmer lui-même. Qu'il voie que vous êtes résolu à faire marcher cette constitution à laquelle il a attaché sa félicité ; et bientôt vous deviendrez le sujet de ses actions de grâces.
La conduite des prêtres en beaucoup d'endroits , les prétextes que fournissait le fanatisme aux mécontens , ont fait porter une loi sage contre les perturbateurs : que Votre Majesté lui donne sa sanction ! la tranquillité publique la réclame, et le salut des prêtres la sollicite. Si cette loi n'est en vigueur, les départemens seront forcés de lui substituer , comme ils font de toutes parts , des mesures violentes; et le peuple irrité y suppléera par des excès.
Les tentatives de nos ennemis, les agitations qui se sont manifestées dans la capitale , l'extrême inquiétude qu'avait excitée la conduite de votre garde , et qu'entretiennent encore les témoignages de satisfaction qu'on lui a fait donner, par Votre Majesté , par une proclamation vraiment impolitique dans la circonstance ; la situation de Paris , sa proximité des frontières , ont fait sentir le besoin d'un camp dans son voisinage. Cette mesure dont la sagesse et l'urgence ont frappé tous les bons esprits , n'attend encore que la sanction de Votre Majesté. Pourquoi faut-il que des retards lui donnent l'air du regret, lorsque la célérité lui gagnerait tous les cœurs ! Déjà , les tentatives de l'état-major de la garde nationale parisienne contre cette mesure, ont fait soupçonner qu'il agissait par une inspiration supérieure ; déjà les déclamations de quelques démagogistes outrés , réveillent les soupçons de leurs rapports avec les intéressés au renversement de la constitution; déjà l'opinion compromet les intentions de Votre Majesté ; encore quelque délai , et le peuple contristé verra dans son roi l'ami et le complice des conspirateurs I
Juste ciel ! auriez -vous frappé d'aveuglement les puissances de la terre ! et n'auront-elles jamais que des conseils qui les entrnînent à leur ruine !
Je sais que le langage austère de la vérité' est rarement accueilli près du trône ; je sais aussi, que c'est parce qu'il ne s'y fait presque jamais' entendre , que les révolutions deviennent nécessaires : je saist surtout , que je dois le tenir à Votre Majesté, non-seulement comme citoyen soumis aux lois , mais comme ministre , honoré de sa confiance , ou revêtu de fonctions qui la supposent : et je ne connais rien qui puisse m'empêcher de remplir un devoir dont j'ai la conscience.
C'est dans le même esprit que je réitérerai mes représentations à Votre Majesté , sur l'obligation et l'utilité d'exécuter la loi qui prescrit d'avoir un secrétaire au Conseil. La seule existence de la loi parle si puissamment, que l'exécution semblerait devoir suivre sans retardement'; mais il importe d'employer tous les moyens de conserver aux délibérations la gravité , la sagesse et la maturité nécessaires : et pour des ministres responsables, il faut un moyen de constater leurs opinions ; si celui-là eut existé , je ne m'adresserais pas par écrit en ce moment à Votre Majesté.
La vie n'est rien pour l'homme qui estime ses devoirs au-dessus de tout : mais après le bonheur de les avoir remplis , le bien auquel il soit encore sensible est celui de prouver qu'il l'a fait avec fidélité ; et cela même est une obligation pour l'homme public.
Le 10 juin 1792, Pan IV de la liberté. Signé Roland.
Note (D), page 377.
Détails intéressans sur le changement du ministère, par un témoin des faits.
Le renvoi du ministre de la guerre, M. Servan, opéré le 12 juin , à huit heures du soir, annonçant que le roi re-
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jetait absolument les mesures que le patriotisme de ce ministre lui avait fait proposer, ceux des autres ministres qui partageaient son opinion sur ces mesures , parce qu'ils étaient animés des mêmes principes , se rassemblèrent le soir même, vers dix heures, pour examiner ce que leur imposaient les circonstances.
L'examen des causes de cet événement devait les porter à celui de la conduite de M. Dumouriez, qui avait critiqué dans le public , et au Conseil , les mesures proposées par M. Servan ; qui avait opéré son renvoi pour le remplacer; et dont ils avaient eu déjà plus d'une fois sujet de s'entretenir.
Lors de leur arrivée au ministère , ils avaient vu, dans M. Dumouriez, un homme dont la légèreté de caractère, Je peu de moralité dans la conduite, et l'habitude de l'intrigue, pouvaient inspirer des inquiétudes. Mais la franchise avec laquelle ii paraissait professer le plus vigoureux patriotisme, la manière décidée dont il s'était prononcé à cet égard , la liberté qui régnait dans ses expressions au Conseil , lorsqu'il s'agissait du maintien de la constitution en général , annonçaient qu'il s'était dévoué à marcher dans le sens de la révolution , et que du moins ses intérêts et une sorte de gloire l'attachaient à la bonne cause.
Lorsqu'il avait été question de la guerre, M. Dumouriez avait manifesté le zèle , la chaleur et l'indignation qui animaient les bons Français : il avait répondu à toutes les objections faites dans le Conseil sur notre état et nos préparatifs , par les assurances réitérées de la meilleure disposition des choses, et de toutes les probabilités de succès. Le ministre de la guerre, M De Grave, justifiait ces assurances par son témoignage; et les autres ministres, non juges dans relie partie, n'avaient plus eu à se déferminerque par les raisons de politique et de morale qui établissaient l'utilité , la nécessité de la déclaration de guerre.
Après que les échecs de Mons et de Tournay , les p7amtes de l'année, el. diverses réclamations, eurent éveillé la défiance,
M. Duraouriez lui-même fut alors de l'avis d'un camp ; il est vrai qu'il projetait de le former de troupes de ligne , et qu'il montrait le désir de le commander. Lorsque l'activité de M. Servan , parvenu au ministère, sa loyauté, son patriotisme et sa fermeté eurent fait prendre une nouvelle face aux bureaux de la guerre, et à l'état de l'armée, M. Dumouriez avait paru se lier plus particulièrement avec M. Lacoste; ils avaient souvent des conférences particulières, et tous deux se permettaient de parler fort mal de l'Assemblée nationale. Cependant le jour du licenciement de la garde de Sa Majesté, M. Dumouriez, qui avait été mandé chez le roi, et y avait passé une heure entière, tandis que ses collègues attendaient pour le Conseil dans la salle où iJ s'assemble, leur avait rendu le soir même un compte si singulier de ce qui s'était passé chez le roi, que ses discours semblaient être une nouvelle preuve qu'il n'avait nulle intelligence avec la cour. Il leur avait peint le courroux de la reine, qu'il avait trouvée près de son auguste époux , à qui elle reprochait de s'être laissé enlever sa garde, de tout perdre par la faiblesse de son caractère , et sa lenteur à prendre de grandes mesures. Il est impossible de rendre en même temps, avec plus de force , de légèreté et de ridicule que l'avait fait M. Dumouriez, les transports et les pleurs de la reine; il avait relevé ce qui lui était échappé , qu'elle s'était aperçue que depuis trois jours on avait retourné la garde nationale. Il avait appuyé sur l'embarras dans lequel il s'était trouvé, et répété à ses collègues ce qu'il avait cru devoir dire au roi et à la reine , sur la nécessité de faire marcher la constitution, et de la vouloir sincèrement.
La conduite de M. Dumouriez , à l'occasion de cette étrange scène , vint encore balancer les craintes qu'il inspirait quelquefois ; on attribuait à sa légèreté ce qu'il offrait de repréhensibîe, et ce caractère même semblait exclure la dissimulation qu'il fallait lui supposer, s'il ne travaillait pas réellement au maintien de la constitution.
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D'un autre côté, et presque en même temps, M. Dumouriez avait fort mal reçu les avis qui lui avaient été donnés sur M. Bonne-Carrère (i), dont l'agence était loin d'honorer son ministère, et auquel on reprochait une affaire honteuse , dont effectivement il n'y avait pas de preuves juridiques, mais sur laquelle étaient rassemblées assez de preuves morales , pour obliger un ministre honnête à renvoyer un pareil agent. Au contraire, M. Dumouriez s'était éloigné des amis respectables qui lui avaient donné cet avis, il avait cherché à éloigner d'eux ses collègues.
Enfin, lors du décret sur la fédération , M. Dumouriez s'était élevé avec force contre sa sanction au Conseil ; il avait soutenu, justifié l'opposition du roi, et ses déclamations contre l'Assemblée nationale étaient devenues plus indécentes que jamais. M. Lacoste, toujours d'accord avec lui dans les déclamations de ce genre, s'était contenté du silence le plus absolu sur la sanction du décret de la fédération. Le renvoi de M. Servan devait donc achever d'expliquer ces circonstances et de démasquer M. Dumouriez. Il était donc vrai qu'il n'y avait rien à attendre que contradictions, intrigues et bassesses d'un ministre qui gardait sans pudeur Bonne-Carrère pour son agent, qui avait chez lui la sœur d'un Rivarol, vivait publiquement avec elle, et par elle était environné de la fange de l'aristocratie ; il était donc vrai que des patriotes ne pouvaient espérer de faire le bien avec un tel collègue , et ne devaient plus le regarder comme tel. Il fallait donc, ou donner sa démission , ou demander au roi le renvoi de M. Dumouriez? Ce dernier parti était le plus convenable, c'était un dernier effort pour le salut public. M. Roland se chargea de rédiger une lettre en conséquence, et voici celle qu'il proposa à MM. Clavière et Duranthon, qui s'ajournèrent au lendemain matin pourrevenir chez lui, avec quelques amis.
[) Voyez plus haut, page 38a.
« Sire,
» Appelés par vous dans un poste honorable , mais périlleux , des hommes dévoués à la constitution ne pouvaient s'y rendre que dans l'espérance de concourir à son triomphe. ils croyaient à la conformité des principes entre tous les membres de votre Conseil. Cette conformité n'était qu'apparente , et la suite des faits a prouvé qu'elle n'existe pas ; le bien n'est donc plus possible pour les personnes qui , destinées à l'opérer ensemble , ne tendent pas au même but. II faut donc des changemens dans le Conseil. C'est à Votre Majesté de choisir les objets de sa confiance. Quant à nous qui , déjà depuis quelque temps , avons senti les différences, nous devons lui déclarer qu'il ne nous est plus possible de nous asseoir au Conseil avec M. Dumouriez. Les principes qu'il a manifestés dans ses discours et ses actions ; sa conduite politique , dont l'inconsidération , la légèreté , la versatilité ont compromis les intérêts de la France ; son caractère d'intrigue , la protection quil accorde aux hommes corrompus , nous interdisent toute communication avec lui.
» Le salut public , auquel nous devons être dévoués sans réserve, et la vérité , dont nous sommes religieux observateurs , nous obligent à cette déclaration.
» Après avoir ainsi satisfait au vœu de notre conscience, il ne nous reste plus qu'à attendre les ordres de Votre Ma- ]< tite. »
MM. Clavière et Duranthon, d'accord sur les principes de la lettre et la vérité de ce qu'elle exposait, ne furent pas d'avis de son envoi. Le premier préférait de se rendre en personne chez le roi , et de lui dire de vive voix ce qu'on lui aurait écrit ; M. Duranthon penchait pour attendre son renvoi , plutôt que de le demander d'aucune manière. M. Roland insistait sur la nécessité de se prononcer, sans délai , parce que la chose publique l'exigeait; sans détour, parce que la franchise la plus entière doit, accompagner la profes-
sion des bons principes ; par écrit , parce qu'il n'y avait pas de certitude d'être écoutés ou bien entendus , autremeut. La discussion fut longue , et son récit ne prouverait ici que ce que savent les personnes qui ont observé le monde , c'est que rien n'est plus rare que la force de caractère, en même temps que c'est la chose la plus indispensable pour la bonne conduite des grandes affaires.
Les conciliateurs, dont les petits moyens sont toujours démontrés mauvais , s'arrêtèrent à la démarche d'aller chez le roi , et de se rendre, en passant , chez M. Lacoste , pour l'inviter à s'y joindre. Celui-ci , bien plus encore que M. Du ranthon , répugnait non-seulement à se prononcer avec vigueur , mais à provoquer le roi à quelque mesure que ce fût. Durant la discussion, M. Duranthon reçut l'or îred'aller trouver le roi, toute affaire cessante. Alors, MM. Roland et Clavière le chargèrent d'exprimer à Sa Majesté tout ce qu'ils se proposaient de lui dire , en le priant d'y mettre pour eux toute la fermeté qu'ils lui avaient montrée, et ils ajoutèrent qu'ils se rendaient à son hôîel pour y attendre le résultat de sa double mission. M. Duranthon revint chargé du congé de ses deux collègues , et bientôt contre-signe la lettre , par laquelle le roi notifie à l'Assemblée le renvoi de ses minist es.
Si je regrette quelque chose , ajoute l'auteur de ce détails , c'est de n'avoir pas profité de la facilité que j'aurais eue à me procurer copie de nombre de pièces dont la publication serait intéressante aujourd'hui, et achèverait de jeter le plus grand jour sur les différentes parties du ministère. Mais ce que piésente ce recueil, suffira pour faire juger à l'Europe entière et à la postérité, des hommes également haïs et calomniés par la cour et ses partisans, par les prétendus modérés Feuillans, dont l'esprit de secte repousse quelquefois la justice même, quand elle se présente avec des noms de Jacobins, et par les démagogistcs outrés , classe de patriotes égarés par leur propre zèle, et quelques ambitieux dont les ennemis de la liberté ont, partout et de tout temps.
su faire les instrumens de leurs complots perfides , pour étouffer la liberté dans sa naissance, (/est le sort de !a raison de n'être accueillie d'abord d'aucun parti, parce qu'elle n'appartient qu'à elle-même, et de finir par léunir tous les suffrages et tous les regrets.
La cour s'était flattée de discréditer les Jacobins , en prenant des ministres qui tinssent à leur société ; Yaristo— cratie souriait à leur choix dans cette espérance. Mais , au lieu d'énergumènes ineptes , qu'elle attendait et qu'elle eût tant aimé de livrer au mépris, elle a reconnu , avec dépit, des hommes à caractère, dont les vues, la sagesse et l'inîégrité soutiend raient efhcacement la constitution, qu'elle veut altérer ou renverser ; elle n'a plus songé qu'à s'en défaire assez tôt pour qu'ils n'eussent pas le temps d'assurer cet < tat de choses constant , trop difficile à changer. Les Feuillans qui prêchent la constitution sans aimer l'égalité , n'ont pu goûter des hommes austères qui en professa le- t la doctrine et sauraient en conserver les droits. Les démagogistes ou exagérés , dont la foule se porte impétueusement vers des changemens qu'il faut attendre du progrès des luniières et de la marche du temps , et dont quelques chefs paraissent tendre aux révolutions, pour y trouver des places qui leur conviennent, ne pouvaient mieux s'accommoder de ia conduite sage de ministres qui allaient maintenir l'état des choses, faire exécuter, avec indépendance et l'exactitude 'a plus rigoureuse les lois sous lesquelles l'usage paisible de la constitution pouvait seul amener les réformes dont l'expérience démontrerait la nécessité, et qui seraient d'autant meilleures et plus sûres, que la nation entière aurait le temps de les juger, de les préparer, et de les faire de la manière la plus authentique et la plus légale.
Les principes répandus dans les circulaires des minisires patriotes , leur bon effet sur les sociétés et le bien de l'administration , ont fait sentir et redouter l'empire de la raison. On a vu tout ce dont deviendrait capable une nation dont les-
individus se réunissent et confèrent sur leurs intérêts, pour les défendre et les conserver avec la démonstration du droit, l'autorité des lumières, et la force d'une réunion fraternelle, universelle. Dès-lors , tous les efforts de l'aristocratie ont du tendre à discréditer, avilir et contrarier les sociétés patriotiques; elle n'a rien épargné, elle ne négligea rien pour les écraser par la force , ou les dissoudre par l'anarchie. C'est aux bons citoyens de les maintenir par la justesse de leurs principes , la modération de leur conduite et la constance de leur courage. Toujours la loi à la main et la déclaration des droits devant les yeux, toujours sages, mais toujours fermes , qu'ils sachent qu'ils peuvent et doivent s'unir , s'éclairer et se soutenir mutuellement; ils finiront par déjouer tous les tyrans.
La réunion de tous les citoyens dans les sociétés patriotiques , si elle eût été fortifiée par ceux-là mêmes qui n'ont travaillé que pour lui nuire , serait actuellement perfectionnée ; au lieu de quelques désordres que ceux-là mêmes qui les nourrissent et les excitent, ont l'infamie de nous reprocher, ces sociétés offriraient le tableau journalier de l'exercice de toutes les vertus qui caractérisent un peuple libre, et qui ne peuvent naître et se nourrir que dans ses assemblées.
(Extrait du Recueil dont il est parlé à la page 4^4)
Note (E), page 3:9.
Extrait du procès-verbal de l'Assemblée nationale , du mardi i3 juin 1792, Van IV de la liberté.
Lettre de M. Roland qui annonce à l'Assemblée l'ordre que le roi lui a donné de remettre le portefeuille du département à M. Mourgues , et qui lui communique uue lettre qu'il a adressée au roi lundi dernier.
ET PIÈCES OFFICIELLES. <\,\j
Lecture est faite de la copie de cette lettre au roi ; on en demande l'impression , l'insertion au procès-verbal et l'envoi aux 83 départemens : ces trois propositions , mises successivement aux voix , sont décrétées.
On demande qu'il soit décrété que M. Roland emporte les regrels de la nation ; cette proposition est adoptée.
En conséquence , l'Assemblée nationale , après avoir décrété l'urgence , décrète que MM. Roland , Servan et Clavière, sortant du ministère, emportent les regrets de la nation , et que le présent décret sera envoyé aux 83 départemens.
Collationné à l'original par nous secrétaires de l'Assemblée nationale.
A Paris, le 19 juin 1792, l'an IVe de la liberté.
Signés, Qui nette , De Launay. d'Angers, Merle, secrétaires.
Note (F) , page 385.
Réponse du général Dumouriez au ministre Roland.
Sainte-Menehould , le 5 octobre, l'an 1er de la république.
Je reçois, dans le moment , votre lettre du 4 ? mon cher et ancien collègue , et je suis fort aise de vous voir disposé à m'aimer, parce que l'attachement d'un honnête homme est la meilleure des récompenses que je puisse obtenir.
Je lève demain le camp célèbre de Sainte-Menehould, pour suivre les Prussiens , Hessois , Autrichiens et émigrés: je pense comme vous sur l'utilité qu'il y aurait à séparer les premiers, et j'y travaillerai en temps et lieu. Ce n'est pas encore le moment; il faut, avant tout, châtier l'orgueil du despote Bulgare, mais je vous assure que, d'après mes conférences avec son confident Manstein , cela n'est pas trèséloigné ; et je profiterai des occasions qui s'en présenteront pour renouer avec dignité.