QUI FAUT-IL CROIRE
Les hommes simples et crédules qui chérissent de bonne foi la patrie et la vérité demandent naïvement qui sont les défenseurs de Tune et de l'autre. D'un côté , des citoyens obscurs leur prêchent l'obéissance aux lois , le respect pour l'Assemblée nationale, la confiance aux magistrats qu'ils ont nommés, l'amour de l'ordre, de la constitution et de la paix ; de l'autre côté , des écrivains trop fameux, Carra, Marat, Martel, Brissot , Destnoulins , Audouin , et tant d'autres , leur disent que les lois sont détestables , l'Assemblée corrompue, les magistrats perfides , la constitution violée et la guerre civile imminente. Marat les excite, au nom de la patrie , à la révolte et à l'assassinat.
Qui faut-il croire? disent des hommes faibles et naïfs : Citoyens , pouvez-vous hésiter ? Éloignons des soupçons trop fondés de perfidie ; supposons que ces journalistes incendiaires ne soient payés par personne et qu'ils écrivent d'après leur cœur , quel serait le résultat de leurs abominables conseils? le meurtre, le pillage et la destruction de tous les pouvoirs établis.
Écoutez le sanguinaire Marat , faisant l'apologie du crime, et criant d'une voix atroce: Peuple, que faites-vous? Tous vos chefs vous trahissent ; armez vos mains de poignards; égorgez le perfide Mottié (i), le lâche Bailly : courez ensuite au Sénat , arrachez-en les pères conscrits ,
(r) M. deLafayetfce.
42Ô ÉCLAIR CISSEME^S HISTORIQUES
empalez ces représentons vendus à la Cour, et que leurs membres sanglans, attachés aux créneaux de la salle, épouvantent à jamais ceux qui viendront les remplacer. Et c'est à des Français que ce discours abominable s'adresse ! et c'est un peuple doux, sensible , qui veut être libre et respecté, qui souffre que le monstre que nous citons prenne le nom glorieux de son ami ! A cette lecture infernale, n'avez-vous pas déjà vu qui sont ceux qu'il faut croire et chérir, et qui sont ceux dont il faut purger la société outragée ! Mais celui qui vous dévoile sans rougir la férocité de son caractère, n'est pas le plus dangereux pour vous ; ce sont ceux qui , sous le manteau du patriotisme , cherchent à vous inspirer des alarmes sur l'avenir; qui, par des raisonnemens hors de votre portée, attaquent les décrets de l'Assemblée nationale, el surtout ceux qui vous disent, avec un air de candeur et de vérité, qu'elle a trompé le vœu des départemens.
Eh ! bien, Citoyens, soyez donc instruits : apprenez que le décret que ces hommes pervers attaquent est reçu parles provinces comme un véritable bienfait. Déjà les départemens d'Eure-et-Loire (Chartres), des Deux-Sèvres ( Niort), de la Seine-Inférieure (Piouen) et trente autres ont exprimé leur contentement. Avant quinze jours , tous les autres auront fait passer à l'Assemblée nationale les gages authentiques de leur respect et de leur approbation.
Ecoutez la garde citoyenne et le département de Rouen : Le roi, disent-ils , doit se repentir profondément de sa démarche imprudente ; mais sa personne est sacrée : on peut blâmer sa conduite et non pas inculper sa personne. Nous savons qu un petit nombre de factieux a osé protester contre le décret que vous avez rendu , et appeler des lois faites par le corps constituant à des assemblées tumultueuses. Loin de nous Vidée de soumettre notre immortelle constitution à la sanction de quelques factieux soudoyés. Voilà le langage des provinces, leurs principes et leurs vœux.
Rappelez-vous à présent ce que des hommes perfides vous ont dit, et voyez qui vous devez croire , qui vous devez estimer.
Note (B) , page ^"S.