‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 33 sur 165 · SUR MADAME ROLAND, XLVII · texte numérisé non relu

SUR MADAME ROLAND, XLVII

en elle à l'élévation de lame. On s'étonnait qu'elle sût allier, aux grâces d'une Française, les idées républicaines d'une femme de Lacédémone ou d'Athènes. L'amour de la république avait, chez Roland, l'austérité , et même un peu la rudesse des mœurs romaines -, le même sentiment , chez sa femme, rappelait mieux l'enthousiasme des peuples de la Grèce : il semblait qu'elle eût reçu leurs idées d'indépendance avec leur imagination brillante et leur vive sensibilité. Elle portait la même chaleur dans l'amitié que dans le patriotisme. Ses amis lui vouaient un attachement religieux ; de vieux serviteurs perdirent la vie pour lui prouver leur dévouement (i) *, ses ennemis , qui pouvaient la craindre, mais non pas la haïr, furent souvent réduits à l'admirer. Elevée, pour ainsi dire, à l'école des anciens , l'exemple de leurs grands hommes , les leçons de leurs philosophes avaient disposé son ame aux plus généreux sacrifices. Ce penchant vers tout ce qui est noble et grand, lui inspira la résolution de ne point survivre à l'oppression de son pays , et la résolution plus étonnante encore de mourir sur l'échafaud. Il y a des noms si imposans, qu'on n'ose les citer à côté du nom d'une femme , même quand ses actions rappellent l'héroïsme des plus hautes vertus -, mais placez-vous à la dislance de quelques siècles , laissez taire les passions , ne considérez que la cause et le dévouement qu'elle inspire, et voyez si l'histoire offre beaucoup d'exemples d'un pareil sacrifice fait à la patrie , d'un aussi grand hommage rendu à la liberté.

Sa mort n'avait point satisfait la vengeance de ses per-

(i) Lecoq, son domestique, fut condamne' à mort pour avoir déposé en sa faveur.

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sécuteurs*, ils outragèrent leur victime après l'avoir immolée (i). Nous ne reverrons plus, il le faut espérer, ces temps où l'esprit de parti poursuit encore ceux qui sont dans la tombe. On ne fera point un crime à madame Roland d'avoir aimé, servi la liberté, parce que ses oppresseurs en ont souillé l'image. Le deuil, la ruine et la douleur de sa famille ont assez expié la célébrité de sa vie et la gloire de sa mort. Vingt-sept ans écoulés ont refroidi sa cendre : la publication de ses Mémoires ne fournira point, sans doute , une occasion nouvelle de troubler son repos. Les écrivains qui ne partagent point ses opinions , en condamnant ce qu'elle a pensé , n'oublieront pas ce qu'elle a souffert; auprès de tous les hommes qui portent un cœur généreux , ses vertus, ses malheurs protégeront sa mémoire.

F. Barrière.

(i) Voyez, à la fin du second volume, dans les Pièces officielles, sous la lettre R, page 517, l'article qui parut dans le Moniteur, peu de jours après la mort de madame Roland.

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