‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 85 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. I o · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. I o

client point un regret ni un soupir; je ne souffre que de ceux de mon pays. Lors des divisions de la cour et des parlemens, en 1771, mon caractère et mes opinions m'attachèrent au parti de ces derniers : je me procurais toutes leurs remontrances , et celles-là me plaisaient davantage dont les vérite's étaient les plus fortes et le style le plus hardi. La sphère de mes idées s'étendait toujours davantage : mon propre bonheur , et les devoirs à l'accomplissement desquels il pouvait être attaché, me préoccupèrent de très-bonne heure : le besoin de connaître me fît ensuite dévorer l'histoire et porter mes regards sur tout ce qui m'environnait ; les rapports de mon espèce avec la Divinité , si diversement présentée , surchargée , dénaturée , excitèrent mon attention ; enfin les intérêts des hommes réunis et l'organisation des sociétés la fixèrent.

Au milieu des doutes, de l'incertitude et des recherches relatives à ces grands objets , je résumai promptement que Yunité du moi personnel, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire, le plus grand accord entre les opinions et la conduite, était nécessaire au bien-être individuel : il faut donc bien examiner ce qui est juste , et , quand il est une fois reconnu, le pratiquer rigoureusement. Or, il est une sorte de justice à observer avec soi-même, quand on vivrait seul au monde : il faut régler ses propres affections, ses habitudes, pour n'être l'esclave d'aucune. Un être est bon en soi , lorsque toutes ses parties concourent à sa conservation , à

sou maintien ou à sa perfection : cela est vrai au moral comme au physique. La justesse de l'organisation, l'équilibre des humeurs constituent la santé; des alimens sains, un exercice modéré la conservent. La proportion des désirs, l'harmonie des passions , forment la constitution morale dont la sagesse peut seule assurer l'excellence et la durée. Ses premiers principes se fondent dans l'intérêt même de l'individu; et, à cet égard, il est vrai de dire que la vertu n*est qu'une justesse d'esprit appliquée aux mœurs. Mais la vertu, proprement dite , ne prend naissance que dans les rapports d'un être avec ses semblables; on est sage pour soi , et vertueux avec autrui. En société, tout devient relatif; il n'est plus de bonheur indépendant ; on est obligé de sacrifier une partie de celui dont on pourrait jouir, pour ne point s'exposer à le perdre entièrement, et s'assurer d'en conserver toujours une bonne portion à l'abri de toute atteinte. Ici le calcul même est encore en faveur de la raison ; quelque laborieuse que soit la vie des gens de bien, elle l'est moins que celle des médians. On est rarement tranquille quand on se met en opposition avec l'intérêt du plus grand nombre ; il est impossible de se dissimuler qu'on est environné d'ennemis ou d'individus prêts à le devenir ; et cette situation est toujours pénible , quelque flatteuses que soient ses apparences. Ajoutez à ces considérations le sublime instinct que la corruption peut égarer , mais qu'une fausse philosophie ne saurait anéantir ,

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