‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 90 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. Il · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. Il

et de communication ; l'amitié' me les présentait y je la nourrissais avec délices. Ma façon d'être avec ma mère , si douce qu'elle fût , ne m'aurait pas tenu lieu de cette affection ; elle conservait quelque chose de cette gravité qu'emportait le respect dune part et l'autorité de l'autre. Ma mère pouvait tout savoir, je n'avais rien à lui cacher ; mais je ne pouvais pas tout lui dire : une mère reçoit des aveux, on ne fait de confidence qu'à son égal.

Aussi sans me demander à lire les lettres que j'écrivais à Sophie , ma mère était bien aise que

tions réfléchies que j'ai faites sur la fausseté, la légèreté des hommes, en général, pour me Vendre réservée; encore ne le suis-je jamais qu'avec effort. C'est :.e caractère qui m'a fait éprouver si violemment le besoin d'uae amie; mon cœur se sentit à peine, qu'il fut pressé de se répandre; j'étais oppressée de mes sensations, je voulais me soulager en les partageant. Je n'avais pas encore douze ans; habitante d'un nouvel univers, j'étais transportée à chaque scène qui s'offrait à mes regards ; je sentais le bonheur avant de savoir le définir; je ne cherchais pas à communiquer des idées, mais à verser des sentimens dont je ine trouvais remplie. Us acquéraient une nouvelle force en moi-même où j'étais obligée de les concentrer par le peu de ressources que je voyais dans les personnes de mon âge; j'étais seule au milieu d'elles , et je soupirais après vue compagne. Je la trouvai enfin. Un caractère liant et paisible, une humeur égale et facile, un esprit refléchi la rapprochèrent de moi et me la rendirent précieuse; douce, aimable, raisonnante, froide et tranquille, elle se suffisait à elle-même et n'avait pas besoin d'amie; mais elle était toute propre à eu faire une excel-

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je les lui laissasse voir ; et notre arrangement à cet égard avait quelque chose de plaisant ; nous nous étions entendues sans nous rien dire. Lorsqu'il m arrivait des nouvelles de ma bonne amie , régulièrement toutes les semaines , je lisais quelques phrases de sa lettre , mais je ne la communiquais point. Lorsque je lui avais écrit , je laissais sur ma table , durant un jour , ma lettre pliée et suscrite sans être cachetée : ma mère ne manquait guère de saisir un instant pour y jeter les yeux , rarement en ma présence ; ou s'il lui arrivait de le

lente. Elle raisonnait avec moi; je sentais pour elle; sa franchise et sa droiture me la faisaient estimer et chérir avec excès : mon activité brûlante jetait dans notre commerce la vivacité de la tendresse, et fit enfin germer dans son ame un sentiment, une attache, dont elle ne se croyait même pas capable. Elle m'aimait d'abord par complaisance , puis par reconnaissance et nécessité; elle m'aima ensuite par choix , par goût et par plaisir. Cette union dont les principes , les degrés et la forme attestent la durée , répandit sur mes jours un charme inexprimable. Une sensibilité profonde m'en donna le besoin, des circonstances heureuses la favorisèrent; l'estime, le bonheur, la réflexion, la nourrirent et la fortifièrent. Rien ne peut plus l'ébranler : elle adoucit aujourd'hui mes peines et console ma douleur. Amitié sainte! il n'y avait que toi qui JDÛt verser encore le plaisir dans un cœur déchiré par les plus cruelles épreuves! »

Ces dernières phrases que madame Roland écrivait peu de temps après la mort de sa mère , portent l'empreinte des sentimens douloureux dont elle était affectée.

(Note des nouveaux éditeurs.)

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