LES DEUX SAINT DENIS
biles, qui suppose qu'il y a eu un Jean VIII, car il voulut luimôme être appelé Jean XXI, et il le fut en effet (voyez Lenfarit, page 95). Aussi ce pape, quisiégeoit en 1276, n'est-il appelé par Bellarmin que Jean XX. Sur quoi ce cardinal, qui n'a pas voulu reconnaître la papesse, fait cette réflexion : // est surprenant, dit-il, que ce pape ait voulu être appelé Jeain XXI, puisqu'il n'y a point eu de Jean XX avant lui. A quoi l'on peut répondre qu'il est encore plus surprenant que Bellarmin luimême prétende savoir mieux le nombre des papes qui ont porté le nom de Jean, que ni toute l'Eglise qui appela Jean XXI le pape dont il s'agit, ni que ce pape-là lui-même, qui, comme on l'a dit, voulut être appelé ainsi.
Sur les deux Denis,
l'akéopagite et le parisien (1).
[An de J.-C. 91.] — Saint Denis l'Aréopagite, premier évoque d'Athènes, est martyrisé cette année, selon le plus vraisemblable calcul, quoique Baronius diffère cette mort jusqu'en 119, ce que lui et les autres auteurs de sa communion ont été obligés de controuver, pour soutenir, comme ils font, que les écrits qui portent le nom de Denis l'Aréopagite sont véritablement de lui, parce qu'il y est nommément parlé du martyre de saint Ignace, qui n'arriva que vers la 12e année de Trajan, c'est-à-dire la 108e ou la 109e de J.-C, de sorte que, selon leur présupposition, il faut de nécessité que saint Denis ait vécu quelque temps depuis cela.
[An de J.-C. 250.] — ■ Saint Denis, premier évêque de Paris, arrive en France, suivant le témoignage de Grégoire de Tours (1. Ier, ch. XXYIII), lequel s'appuie lui-même de celui de l'auteur de la Passion de saint Saturnin, ce qui est authentique et irréfragable contre ceux qui veulent à toute force que le saint
(I) Voir T. ).](, 107 et 108.
L AIŒ0PAG11Ë El LE PARISIEN.
Denis, évèque de Paris, soit l' Aréopagite saint Denis que nous avons dit ci-dessus, et allons encore invinciblement prouver ci-après être mort, tout au plus tard, en Tan 91. Cette fable n'a été imaginée que dans la vue de faire plus d'honneur à l'Eglise de Paris. Le premier qui a eu cette pensée et qui, dans la vue que nous disons, a confondu tout exprès les deux Denis, a été Hilduin, abbé de Saint-Denis, lequel ne vivoit que plus de 600 ans depuis le temps où nous nous trouvons ici, et c'està-dire dans l'obscurité des siècles d'ignorance; car je ne compte point Paschase Katbert, parce qu'outre qu'il ne vivoit que dans ces mêmes temps ténébreux, il n'a fait, en tout cas, que suivre Hilduin, et n'est que son copiste. Ainsi c'est un témoignage bien faible que celui d' Hilduin. Et contre cette fragile autorité, on a, outre l'alléguée de Grégoire de Tours, la décision des plus illustres et des plus sincères docteurs de la communion romaine même, comme Laurent Valle, Erasme, le cardinal Ca'îétan, le jésuite Sirmond, Morin, prêtre de l'Oratoire, M. Hubert, évêque de Yabres, et M. de Lannoy, docteur de Sorbonnc, dont la plupart vont jusqu'à prouver par les vieux martyrologes de Paris (lesquels distinguent deux Denis, fêtant Denis le Parisien au 3e jour d'octobre, et F Aréopagite au 9e du même mois) que les deux Denis ne doivent pas être confondus en un. En un mot, c'est une chose qui a été tenue pour constante, depuis la fin du premier siècle jusqu'au milieu du neuvième (car Hilduin étoit abbé vers 842), que Denis l' Aréopagite a été martyrisé sous Donatien. Nous ne mettons sa mort qu'à la dixième année de cet empereur, mais il y a des auteurs qui la mettent dès la deuxième, c'est-à-dire en l'an 83. Qu'on voie pour preuve les Actes de saint Ruiin dans Ratbert.
Saplio,
Sapho, illustre fdle native de Mitylène, en l'île de Lesbos. surnommée la 10e 3Iuse, à cause de ses inimitables versadmin 16
*2k*l SAPHO.
résde toute l'antiquité. Mais avant que d'aller plus loin, il est bon d'avertir que quand on parle de Sapho, on ne sait pas proprement de qui on parle ; car on prétend qu'il y en a eu deux, également beaux esprits, également grandes friponnes, toutes deux d'un même temps, toutes deux d'un même pays, et qui ont laissé également des ouvrages d'une grande réputation. Ainsi l'on ne peut guère déterminer si le peu de pièces qui nous sont restées sous ce nom de Sapho, sont d'une seule et même Sapho, ou si chacune des deux y a seulement quelque portion qui lui soit particulière; et en ce cas, on ne sauroit dire s'il ne seroit point d'elles comme des Heures que le célèbre Acanthe a si galamment décrites, et dont le discernement est si malaisé à faire que bien souvent
Tel pense appeler Ortésic, Qu'on lui répond : Je suis Marie.
Mais une tout autre chose embarrasse encore bien des gens au sujet de Sapho ; c'est que, et anciens et modernes poussent l'encensoir au plus haut, quand ils parlent des vers de Sapho. Il nij eut jamais rien de si admirable, disent Denys d'Halicari\asse, Strabois et Longin, que ce qu'a fait cette merveilleuse jille; en un mot, ces grands maîtres n'avoient encore rien remarqué dans tout le sexe qui méritât d'être comparé à ses écrits. M. le Févre, madame Dacier, sa fille, et M. de Loisgepïerre ont fait sonner bien haut ce qu'en sa faveur on avoit augmenté le nombre des muses, et que tout un genre de poésie (les vers saphiques) avoit tiré son nom du sien. Cependant, à moins que le goût de beauté n'ait souffert de terribles changements, quantité de gens ont bien de la peine à remarquer où est ce si merveilleux beau des poésies de la 10e muse, et ils sont tentés de dire que c'est par un esprit de vanité et pour se donner de grands airs qu'on se jette si à corps perdu dans les exclamations; car outre qu'à proprement parler, on n'a que deux pièces entières de cette fameuse Grecque, c'est que, comme
SAPliO.
on Ta fort bien remarqué, ces deux pièces môme ont trop souffert de l'ignorance des copistes et du faux goût des critiques par les mains de qui elles ont passé, pour n'avoir pas reçu de là de très grandes altérations. Aussi demeure-t-on d'accord qu'il n'est pas si facile de juger avantageusement de Sapho par les ouvrages que nous avons d'elle que par les glorieux témoignages que quelques illustres anciens lui ont rendus. D'ailleurs, Catulle, Ovide et M. Dépréaux ont tant mis du leur dans ce qu'ils ont publié sous le nom de Sapho, que, encore une fois, ce n'est plus Sapho que ce qui paraît être Sapho. Ne trouvant donc pas lieu d'entrer en aucun raisonnement sur les talents et les écrits de cette personne si vantée, nous nous bornerons à ces deux ou trois caractères qui lui sont particuliers, outre ceux que nous avons déjà touchés, savoir, que sa dialecte [sic] étoit éolique; qu'elle avoit pris Archilocus pour le modèle de son style; qu'elle avoit été mariée à un nommé Cercola, riche citoyen de l'île d'Ai\DR0S, de qui elle eut une fdle nommée Cléis, et qu'elle étoit petite et laide. Si l'on veut qu'à la faveur de quelque enveloppe, nous expliquions un peu plus en quoi consistoit ce qu'il y avoit de si outré dans sa galanterie, c'est que ne se bornant pas aux Phaoks, elle avoit transporté dans son sexe le même dérèglement qui fit autrefois changer quatre ou cinq villes en un lac de soufre et de bitume. Sapho eut encore ceci de singulier qu'elle ne put trouver d'autre remède contre son terrible penchant à l'amour qu'en se précipitant du haut d'un rocher (Lcacade).
Aitaercon.
Anacréon, poëte lyrique, qui ne pouvant garder sans inquiétude 9 ou 10,000 francs qu'il avoit reçus de Polycrate, souverain de Samos, les rendit à ce prince, et mourut d'un
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pépin de raisin qui l'étrangla. Il étoit de Téios, ville d'Ionie. Ce que nous avons de ce poète si adonné aux plaisirs ne roule que sur le vin et sur l'amour. Sapho et lui avoient cela de commun, chacun en son temps, qu'ils ne songeoient qu'à satisfaire leur penchant. Tonte la différence est que Sapho n'en avoit qu'un, au lieu qu'Anacréon en avoit deux, et que bien plus il s'y abandonnoit tout entier ; si bien que selon un assez bon critique moderne (Longepierre), mais qui n'a fait que suivre les principaux des anciens, de tous les témoignages qui ont jamais été rendus de lui, il n'y en a presque pas un où l'on n'ait remarqué cette étrange pente qui l'entraînoit dans l'une ou dans l'autre des deux espèces de débauche dont on vient de parler. Encore si Anacréon, dans celle de ces deux passions, qui étoit principalement son péché mignon, n'eût fait, comme Saijnt-Amaint, que borner sa régénération à trente pintes par jour ; et cela encore uniquement pour boire à la santé de sa falotte maîtresse (Saint-Amant, dans Y Enamoure) ; ou que par rapport à son tempérament enflammé, il eût pu alléguer pour excuse comme ce fameux évéquc (Pontus de Thiard), qu'il avoit un estomac capable de tarir les plus grandes cuves ; on ne tourneroit ses reproches que contre la subtilité du feu de ses entrailles ; mais ce que les oreilles chastes ne peuvent pardonner à Anacréon, nonobstant la douceur et les naïvetés de sa poésie, c'est qu'il a souillé les mignardises semées çà et là dans ses Odes bachiques par des saletés qui le rendent insupportable aux honnêtes gens (voyez l'Ode 18) ; comme en effet Horace (Epod. Y, 14, 9) reproche à sa mémoire d'avoir déshonoré les Muses en chantant sur sa lyre les infâmes amours oit il étoit engagé contre les sentiments de la nature. Tous ces reproches faits si souvent à Anacréon et par anciens et par modernes, n'empêchent pas qu'on ne puisse avouer en sa faveur qu'il y a dans la plupart de ses pièces une douceur admirable, et que ses Odes, comme dit le P. Rapin, ne sont rien que fleurs, que beautés et que grâces perpétuelles, et qu'à la réserve de quel